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Les Jeux de l'amour et de la mort

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Les Jeux de l'amour et de la mort
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— C’est impossible. Mais j’irai voir Louis. Il doit savoir des choses sur la vie de Gaylor en Amérique.

— Alors ainsi c’était Louis, le garçon de Frisco dont tu m’as parlé ? Celui qui l’accompagnait la nuit ?

— Oui, dit Jeremy. Quand Louis s’est lancé dans la photo, il a voulu dévorer le monde. Il est parti là-bas pendant quelques mois en emmenant Jeanne. Et sur sa route, il a croisé Gaylor. Ça lui a tourné la tête. Tu sais, toujours la vieille histoire des ailes d’Icare.

— Ah, fit Tom. Pourquoi ne me l’avais-tu jamais dit ?

— On ne peut pas tout répéter.

— Bien sûr.

Tom se leva et chercha sa veste.

— Tu peux dormir ici si tu le souhaites.

— Non, je vais bien maintenant. Tout à fait je t’assure. Je vais rentrer chez moi.

Il les embrassa tous les deux.

Sur le chemin, Tom n’avait absolument plus peur. C’était fini. Il n’avait plus peur d’être coupable et il ne craignait plus Galtier, ni son regard sombre, ni sa voix fragile. Demain il mettrait sa chemise rouge et l’inspecteur comprendrait.

Avec de la chance il attraperait la séance de nuit au festival du film noir, et c’était exactement ce qu’il lui fallait pour le remettre tout à fait en selle.

VIII

Et malgré une nuit brève, il fut à l’heure au commissariat.

— On ne pleure plus ce matin ? interrogea Galtier à voix presque basse.

Il finissait la rédaction d’une note et ne leva qu’un instant les yeux vers Tom en lui faisant signe de la main de s’asseoir. Mais Tom s’était déjà assis.

— On ne pleure plus, répondit Tom en étendant ses jambes. On est même devenu un coupable de rêve, conciliant, résigné, comme tout inspecteur souhaite un jour d’en rencontrer, c’est normal.

— Ne jouez pas trop fort, Soler. Vous travaillez un nouveau rôle ?

Tom rougit.

— Parce que très franchement, il n’y a aucun motif pour être d’aussi bonne humeur, reprit Galtier. Vous êtes loin d’être tiré de là, mais si ça vous amuse après tout, c’est votre droit.

— Faut-il donc que je pleure à nouveau ? Qu’est-ce que vous voulez à la fin ? Vous n’êtes jamais satisfait. Et vous me vouvoyez à présent. Que faut-il en conclure ? Mon cas s’est-il aggravé ou amélioré ?

— Ni l’un ni l’autre. Rien ne bouge en ce qui vous concerne. Et je le regrette car j’aime le changement. Savez-vous que la piste Saldon ne débouche sur rien d’important ? Ce n’est pas bon pour vous.

— Justement, j’ai quelque chose à vous dire à ce propos, qui ne m’est revenu qu’hier soir. Je préfère vous prévenir tout de suite que vous n’y croirez certainement pas. Cependant, il n’y a pas plus pure vérité. C’est de la vérité à l’état natif.

Galtier écouta, bras croisés, le récit de Tom au sujet de l’affolement brutal de Saldon.

— Tu imagines que je vais avaler ça ?

— Pas du tout. Je vous avais prévenu d’ailleurs.

— C’est un peu grossier, tu t’en rends bien compte.

— Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? On ne peut pas sans cesse être fin.

— Ces deux femmes, décrivez-les.

Tom s’appliqua, et Galtier admira ses capacités d’observation. Sur ce point au moins, il n’avait pas menti et les deux femmes existaient. Galtier ne mit pas longtemps à les repérer sur sa liste.

— Elles sont en effet américaines toutes les deux. Mrs Walton et Mrs Henders. D’après leurs dépositions — Galtier parcourut rapidement ses notes —, elles ne savent rien de Saldon. Mais peut-être pourraient-elles se rappeler ceux qui les entouraient à ce moment précis de la soirée.

Galtier donna l’ordre qu’on les contacte toutes les deux. Il ne pouvait se permettre de négliger cette nouvelle indication, aussi truquée pouvait-elle être.

— Qu’avez-vous vu d’autre ?

— Presque rien.

— Pourquoi spécialement cette femme ?

— Je me suis figuré qu’elle devait être l’ancien amour de Saldon et qu’en la rencontrant si…

— Ça suffit, je vois. Ne te donne pas la peine d’aller plus loin. Qu’est-ce que tu as vu d’autre ?

— Vous savez, je ne me suis tout de même pas attardé outre mesure sur la question. Une ou deux minutes, pas plus. Mais j’ai l’impression que vers mon œil droit, il y avait un homme massif, plutôt roux, je n’ai pas vu exactement son visage, mais il avait des chaussures noires à lacets.

— Comment peux-tu être si précis ?

— J’ai l’habitude de regarder les chaussures. Je ne m’en rends même plus compte. J’aime bien voir de quelle façon elles se…

— Arrête. Ce n’est pas ce qui m’intéresse.

— Dommage, soupira Tom. Cela faisait déjà longtemps qu’il avait remarqué que les chaussures de Galtier étaient en discordance avec le reste de son habillement.

— Des roux massifs qui étaient arrivés dès 9 heures, il y en a au moins neuf. Il va falloir tous les contacter.

Galtier attrapa le téléphone et congédia Tom d’un geste en lui disant simplement de rester à sa disposition dans le couloir.

Deux heures plus tard, il fallut réveiller Tom qui s’était endormi pour passer le temps. Galtier le redemandait. Il l’avait bien dit, cela ne finirait jamais.

On avait reconstitué le groupe qui figurait à l’entrée de la salle vers 9 heures :

— Baguelon, antiquaire, petit, brun. (Galtier sortait les photos correspondantes les unes après les autres et les lançait à Tom :) Merlin, banquier, René Cousin, le roux à droite, import-export, il est dans la chaussure si cela peut vous faire plaisir, martela-t-il.

Tom sourit et remercia.

— Une Anglaise, Mrs Barett, sans profession, discutant avec Adams, à la tête d’une chaîne de garages, et Delmont, dans l’industrie alimentaire. Enfin, un homme tout seul, de Marentis, sculpteur en vogue. Est-ce que tous ces noms, tous ces visages, vous disent quelque chose ?

— Non, dit Tom d’un air de regret. Je vous ai dit que je ne connaissais personne. Sauf de Marentis bien sûr, par les journaux, mais je ne l’avais jamais vu.

— Très bien, dit Galtier. On vous reconvoquera.

Tom avait déjà repris le couloir quand Galtier appela :

— Soler, arrêtez-vous un instant. Il faut malgré tout que vous sachiez qu’il y a un point positif pour vous. Mais ce n’est pas grand-chose. Vous vous rappelez ce store qui avait soit-disant tremblé dans le bureau et qui vous avait fait fuir ? On a contrôlé ce point. La femme de ménage des Gaylor est formelle. On n’ouvre jamais la fenêtre. Aucune fenêtre. Gaylor déteste ça. Il y a de la poussière sur la poignée, personne ne l’a touchée. Et en outre ce soir-là, il n’y avait pas un brin de vent. Donc vous voyez, il reste trois possibilités : un, vous avez rêvé, ce qui me semble probable dans votre cas, deux, vous m’avez raconté une histoire pour me convaincre de la présence d’un assassin derrière le store, trois, il y avait vraiment un assassin que vous avez dérangé, et vous l’avez échappé de peu.

Attablé avec Tom, Jeremy avait noté sur un coin de la nappe tous les noms que Tom s’était répété depuis le commissariat pour ne pas les oublier.

— Évidemment, dit Jeremy, ce sont tous des gens qui ont pu aller à San Francisco, et tous des gens suffisamment en vue pour ne pas avoir intérêt à être reconnus par Saldon comme ancien escroc ou on ne sait quoi encore. La police va foncer là-dessus. Imagine que l’un d’eux ait participé autrefois à l’affaire de la fausse agence de voyage, et l’apparition de Saldon, l’ancien homme de main, est drôlement embêtante. Surtout que Saldon est à cran et qu’il a pu vouloir faire un peu de chantage, l’occasion était trop belle. Oui. Bien sûr c’est possible. Seulement. Seulement…

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