Un jeu cruel
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11800-1
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Un jeu cruel». Краткое содержание книги:
— On vous a coupé des membres ?
— On me les a tous enlevés. Et on me les a remis. Mais d’une autre façon. Les toubibs qui m’ont examiné ont vivement apprécié mes articulations. Mes tendons et mes ligaments aussi. Mes mains sont celles d’origine, un peu modifiées. Mes pieds aussi. Quant au reste, je ne sais pas très bien ce qui est à moi et ce qui vient d’eux.
— Et les organes internes ?
— Complètement chamboulés. Un véritable chaos. On est en train de préparer un rapport à ce sujet. Il n’y a pas longtemps que je suis revenu sur la Terre. Les médecins m’ont examiné un certain temps. Mais je me suis rebellé.
— Pourquoi ?
— Parce que j’étais en passe de devenir un objet. Pas seulement à leurs yeux, mais également aux miens. Or, je ne suis pas une chose. Je suis un être humain qui a été restructuré. À l’intérieur, je suis toujours humain. Si vous me piquiez avec une aiguille, le sang coulerait. Que pouvez-vous faire pour moi, Chalk ?
Chalk leva une main charnue.
— Un peu de patience. Je veux en savoir davantage sur votre compte. Vous étiez officier de la spatiale ?
— Oui.
— Vous êtes sorti de l’école supérieure d’astronautique et toute la lyre ?
— Oui.
— Vous deviez être un excellent sujet pour qu’on vous ait confié une mission aussi délicate. Se poser pour la première fois sur une planète inconnue peuplée d’êtres intelligents, ce n’est pas une plaisanterie. Combien d’hommes y avait-il à bord ?
— Nous étions trois et nous sommes tous passés sur le billard. Prolisse est mort le premier. Malcondotto l’a suivi. Ils ont eu de la chance.
— Vous n’aimez pas votre corps actuel ?
— Il a des avantages. D’après les médecins, je devrais vraisemblablement vivre jusqu’à l’âge de cinq cents ans. Mais c’est douloureux. Et gênant. Je n’ai pas une vocation de monstre.
— Vous n’êtes peut-être pas aussi hideux que vous le croyez. Évidemment, les enfants s’enfuient quand ils vous voient… c’est un inconvénient. Mais les enfants sont réactionnaires. Ils ont horreur de la nouveauté. Pour ma part, je trouve votre visage très séduisant à sa manière et je suis convaincu que beaucoup de femmes ne demanderaient pas mieux que de se jeter à vos pieds.
— Je ne sais pas. Je n’ai jamais essayé.
— Le grotesque a aussi ses attraits, Burris. Je pesais plus de vingt livres à ma naissance. Mon poids ne m’a jamais été une entrave. Je considère que mon obésité est un atout.
— Vous avez eu toute votre existence pour vous habituer à votre corpulence. Vous avez mille façons de vous y adapter. Et puis, vous avez choisi d’être comme vous êtes. Moi, j’ai été victime d’un caprice incompréhensible. C’est un viol. Oui, Chalk, j’ai été violé.
— Et vous voudriez défaire ce qui a été fait ?
— Qu’est-ce que vous en pensez ?
Chalk dodelina du chef. Ses paupières se fermèrent, donnant l’impression qu’il s’était brusquement endormi. Burris attendit, déconcerté. Un bon moment s’écoula. Enfin, sans bouger, Chalk laissa tomber :
— Les chirurgiens de chez nous sont capables de transplanter avec succès les cerveaux d’un corps à un autre.
Burris sursauta et une surexcitation fébrile, un véritable accès d’épilepsie s’empara de lui. Un organe récemment implanté libéra une giclée d’hormones inconnues et il fut pris de vertige.
— Les détails techniques de l’opération vous intéresseraient-ils ? enchaîna Chalk d’une voix calme.
Les tentacules de Minner palpitaient et il était incapable de les contrôler.
Chalk poursuivit placidement :
— On isole chirurgicalement le cerveau à l’intérieur du crâne en réséquant les tissus contigus. On conserve la calotte pour assurer le maintien et la protection de l’encéphale. L’hémostase totale s’impose naturellement pendant toute la longue période d’anticoagulation. Il existe des méthodes permettant de boucher l’opercule basilaire du crâne et la partie frontale afin d’empêcher l’écoulement sanguin. Les fonctions cérébrales sont prises en charge par des électrodes et des thermosondes. On maintient la circulation en ligaturant les artères maxilaires et carotides internes. Autrement dit, on effectue des dérivations vasculaires. Je n’insisterai pas sur les méthodes grâce auxquelles le cerveau vivant est détaché du corps du sujet. L’objectif final, une fois le cordon médullaire sectionné, est de réaliser l’isolement total du cerveau qui n’est plus alimenté que par les carotides. Pendant ce temps, on a préparé le récepteur. On excise la carotide et la jugulaire. La greffe, placée en attente dans une solution antibiotique, est mise en place. Les artères carotides du cerveau isolé sont reliées au moyen d’une canule traitée aux silicones aux carotides du récepteur. Même chose pour les jugulaires. On opère sous froid poussé pour limiter au minimum d’éventuelles détériorations. Après que la circulation du cerveau greffé a été branchée à celle du receveur, on élève progressivement la température jusqu’à ce qu’elle redevienne normale. Et l’on entre alors dans la phase post-opératoire. Une période de rééducation prolongée est nécessaire avant que la greffe cervicale assume le contrôle de l’organisme récepteur.
— C’est remarquable.
— À côté de ce qu’on vous a fait subir, c’est bien peu de chose. Mais l’expérience a réussi sur des mammifères supérieurs. On l’a même tentée avec succès sur des primates.
— Et sur des êtres humains ?
— Non.
— Dans ce cas…
— On l’a tentée sur des incurables au stade terminal en utilisant le cerveau de morts récents. Mais les aléas étaient trop nombreux. Toutefois, dans certains cas, on a frôlé la victoire. Dans trois ans, Burris, on échangera les cerveaux aussi facilement qu’on échange aujourd’hui les bras et les jambes.
L’excitation qui frémissait en Minner provoquait des sensations désagréables. La température de sa peau s’était élevée et c’était pénible. Il éprouvait des trépidations dans sa gorge.
— Nous fabriquons une copie de votre corps reproduisant autant que faire se peut votre apparence originelle, continua Chalk. Un golem reconstitué à partir d’éléments fournis par la banque d’organes. Mais sans le cerveau. Et nous y transplantons le vôtre. Il y aura des différences, évidemment, mais vous recouvrerez votre intégrité fondamentale. Cela vous intéresse-t-il ?
— Cessez de me torturer, Chalk.
— Je vous donne ma parole que je suis sérieux. Nous achoppons sur deux problèmes d’ordre technologique. Il nous faut, d’une part, maîtriser la technique de l’assemblage global du receveur et, d’autre part, le maintenir en vie jusqu’au moment où la transplantation pourra être effectuée avec toutes les chances de succès. Je vous l’ai déjà dit, trois ans seront nécessaires pour surmonter le premier obstacle. Ajoutons encore deux ans pour construire le golem. Dans cinq ans, vous serez à nouveau un être pleinement humain, Burris !
— Et cela coûtera combien ?
— Peut-être cent millions d’unités, peut-être davantage.
Burris éclata d’un rire grinçant et sa langue – qui ressemblait de façon incroyable à celle d’un serpent, maintenant – jaillit de sa bouche.
— Je suis disposé à prendre à ma charge la totalité des frais de votre réhabilitation, dit Chalk.
— Vous nagez en plein délire !
— Je vous demande de faire confiance en mes ressources. Accepteriez-vous de vous séparer de votre corps actuel si j’étais en mesure de vous en fournir un autre plus proche des normes humaines ?
Jamais Burris n’avait imaginé que quelqu’un lui poserait une pareille question et son hésitation le stupéfiait. Il abhorrait ce nouveau corps et l’étendue des sévices dont il avait été victime l’accablait. Pourtant, en était-il arrivé à s’attacher à son étrangeté ?