Un jeu cruel
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11800-1
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Un jeu cruel». Краткое содержание книги:
— Est-ce un piège que vous me tendez ?
— Vous êtes trop méfiant. Nous avons les meilleures intentions du monde.
Silence.
Burris se leva et se mit à arpenter la pièce. Sa démarche avait une élasticité bien particulière. Aoudad était crispé.
— Soit, finit par murmurer l’astronaute. C’est entendu. Conduisez-moi auprès de Chalk.
Stabat mater dolorosa
Dans le noir, il était plus facile pour Lona de faire semblant d’être morte. Elle pleurait fréquemment sur sa propre tombe. Elle s’imaginait sur une colline, sur un carré d’herbe verte, devant une toute petite plaque commémorative. ICI REPOSE… VICTIME… ASSASSINÉE PAR LES SAVANTS.
Elle ramena les couvertures sur son corps fluet en fermant très fort les paupières pour contenir ses larmes. REPOSE EN PAIX… DANS L’ATTENTE DE LA RÉDEMPTION. Que faisaient-ils des cadavres, aujourd’hui ? Ils les balançaient dans le four. Une lueur éclatante, l’embrasement d’un soleil et puis, la poussière. La poussière retourne à la poussière. Le long sommeil.
Peu de temps auparavant, Lona avait frôlé la mort. Mais ils étaient intervenus. Ils l’avaient sauvée.
Il y avait six mois de cela. L’été était caniculaire. Une bonne saison pour mourir, songea Lona. Ses bébés étaient nés. Il n’avait pas fallu neuf mois pour les faire venir à terme dans des éprouvettes. À peine six. L’expérience remontait tout juste à un an. Six mois de couveuses. Et puis, cette insupportable publicité – et le suicide raté.
Pourquoi l’avaient-ils choisie, elle ?
Parce qu’elle était là. Parce qu’elle était disponible. Parce qu’elle ne pouvait pas s’insurger. Parce qu’elle portait dans son ventre des kyrielles d’ovules fécondables qui ne lui serviraient vraisemblablement jamais à rien.
— Les ovaires de la femme contiennent des centaines de milliers d’ovules, mademoiselle Kelvin. Normalement, au cours de votre vie, quatre cents d’entre eux, environ, parviendront à maturité. Les autres sont superflus. Ce sont précisément ceux-là que nous souhaitons utiliser. Nous n’en avons besoin que de quelques centaines…
— Au nom de la science…
— Ce sera une expérience cruciale…
— Ces ovules sont superfétatoires. Vous pouvez vous en passer sans dommage…
— Les annales de la médecine… votre nom… éternellement…
— Aucune incidence sur votre future fécondité. Vous pourrez vous marier et avoir une dizaine d’enfants normaux…
Ce fut une expérience complexe, présentant des aspects multiples. Près d’un siècle de recherches avait permis de mettre la méthode au point et toutes les techniques furent mobilisées au service d’un seul et même projet. Ovogenèse naturelle associée à la maturation artificielle des ovules. Induction embryogénique. Fécondation externe. Incubation extramaternelle après réimplantation des ovules fécondés. Des mots ! Des paroles ! Développement ex utero du fœtus. Concomitance du matériel génétique. Mes bébés ! Mes bébés !
Lona ne connaissait pas le « père ». Tout ce qu’elle savait, c’est qu’un unique donneur fournirait la totalité des spermatozoïdes, de même qu’une unique donneuse fournirait la totalité des ovules. Ça, elle le comprenait. Les médecins avaient eu l’obligeance de lui expliquer l’opération point par point. Ils lui parlaient comme s’ils s’adressaient à un enfant. Et Lona avait saisi l’essentiel. Ils étaient condescendants parce qu’elle n’avait pour ainsi dire pas d’instruction et que son esprit avait de la peine à appréhender les idées compliquées, mais elle possédait indiscutablement une intelligence sauvage.
Sa participation était simple et devait prendre fin une fois réalisée la première phase du projet. Ils avaient extrait de ses ovaires plusieurs centaines d’œufs fertiles mais immatures. À partir de ce moment, le sujet n’offrait plus aucun intérêt pour eux. Mais Lona tenait absolument à savoir et elle avait suivi le déroulement des étapes ultérieures.
Les œufs avaient été douillettement placés dans des ovaires artificiels jusqu’à maturité. Une femme ne peut faire mûrir que deux ou trois ovules à la fois dans la secrète serre chaude de ses entrailles : les appareils, eux, pouvaient en traiter des centaines. Puis ç’avait été le stade éprouvant, mais qui n’avait rien de fondamentalement nouveau, de la micro-injection destinée à renforcer la résistance des œufs. Lui avait succédé celui de la fécondation. Les spermatozoïdes avaient convergé en se tortillant vers leurs cibles. Un seul donneur, une unique explosion à l’époque de la moisson. Beaucoup d’ovules avaient péri lors des étapes précédentes. Beaucoup étaient inféconds et beaucoup n’avaient pas été fécondés. Néanmoins, une centaine d’entre eux l’avaient été. Le minuscule gamète frétillant s’était rué en direction de son objectif. Il avait atteint son asile.
Phase suivante : la réimplantation des ovules fertilisés. On avait envisagé de recruter cent femmes pour porter les cent zygotes, fœtus squatters qui feraient leurs nids de coucous dans des matrices étrangères, mais finalement, on avait estimé que c’était excessif. Douze femmes s’étaient portées volontaires. Le reste des œufs fécondés avait été confié à des matrices artificielles.
Douze ventres pâles, nus sous les lampes éblouissantes. Douze paires de cuisses lisses s’ouvrant pour accueillir, non pas un amant, mais une gaine d’aluminium mat. Une lente poussée, une giclée – implantation terminée. Plusieurs tentatives s’étaient soldées par des échecs. Huit ventres sur douze avaient bientôt commencé à prendre de l’embonpoint.
— Je suis volontaire, avait dit Lona. (Et elle avait ajouté en touchant son ventre plat :) Laissez-moi porter un de mes bébés.
— Non.
Ils n’avaient pas été aussi brutaux. Ils lui avaient expliqué que, dans le cadre de l’expérience, il était inutile qu’elle ait à subir les inconvénients d’une grossesse. On avait démontré depuis longtemps qu’il était possible d’extraire un ovule des ovaires d’une femme, de le féconder extérieurement et de le lui réimplanter pour qu’il retrouve son milieu nourricier naturel. À quoi bon recommencer ? Le fait avait été vérifié, confirmé. Non, on pouvait fort bien faire à Lona l’économie de cette fâcheuse incommodité. Ce qui était intéressant, c’était de savoir comment une mère humaine pourrait porter un embryon étranger et, pour cela, on n’avait pas besoin de Lona.
Qui avait besoin de Lona, maintenant ?
Personne.
Personne. Elle s’était inclinée.
Les huit mères bénévoles avaient bien fait leur travail. On avait artificiellement accéléré la croissance des embryons. Leur organisme avait accepté les intrus, les avait irrigués de son sang, les avait chaudement emmitouflés dans les membranes placentaires. C’était un incontestable miracle médical.
Mais court-circuiter totalement la maternité était encore plus passionnant.
Une file de réceptacles miroitants. Dans chacun, un zygote qui se divisait. Ses cellules se multipliaient à une vitesse stupéfiante. Lona en avait le vertige. Le développement était induit dans le cytoplasme cortical du zygote à l’étape de la segmentation, puis dans les principaux organes axiaux. « Quand la gastrulation intervient, le feuillet mésodermique du blastopore se déploie et son bord antérieur rejoint la face postérieure du futur croissant ectodermique qui deviendra le cœur. Lors de l’ouverture de la plaque neurale, les futures cellules du croissant, issues de cette annexe, sont localisées à deux régions de l’épiderme situées de part et d’autre de la plaque cérébrale antérieure. Lorsque celle-ci s’incurve pour former un tube, les futures cellules rétiniennes du futur cerveau s’invaginent et constituent la vésicule optique. »