Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Sous les vents de Neptune - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
1 ... 7 8 9 10 11 12 13 14 15 ... 89
Перейти на страницу:

« Mais avant, Raphaël, qu’as-tu fait, avant ? »

« Je m’en souviens pas, Jean-Baptiste, je te le jure. J’avais beaucoup bu avec les copains. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’elle était enceinte. J’étais affolé. Je ne lui voulais pas de mal. »

« Mais avant, Raphaël ? Entre les copains et le château d’eau ? »

« Je suis passé par les bois pour la rejoindre, comme d’habitude. Parce que j’avais peur ou parce que j’étais bourré, je courais et je me suis cogné dans le panneau, je suis tombé. »

« Quel panneau ? »

« Celui d’Emeriac, qui est de travers depuis la tempête. Ensuite, il y a eu le château d’eau. Trois trous rouges, Jean-Baptiste, et moi, moi j’avais le poinçon. »

« Mais entre les deux, tu ne te souviens de rien ? »

« De rien, Jean-Baptiste, de rien. Peut-être que ce coup à la tête m’a rendu fou, ou peut-être que je suis fou, ou peut-être que je suis un monstre. Je ne peux pas m’en souvenir quand… quand je l’ai frappée. »

J’ai demandé où était le poinçon. Il l’avait lâché là-haut, près de Lise. J’ai regardé le ciel et j’ai dit, coup de veine, il va pleuvoir. Puis j’ai ordonné à Raphaël de bien se laver, de se foutre au lit et d’affirmer, si qui que ce soit se pointait, qu’on avait joué aux cartes dans la petite cour, depuis dix heures un quart du soir. Joué à l’écarté depuis dix heures quinze, c’est bien clair, Raphaël ? Il avait gagné cinq fois et moi quatre.

— Faux alibi, commenta Danglard.

— Parfaitement, et vous êtes seul à le savoir. J’ai couru là-haut et Lise était bien là, comme Raphaël me l’avait décrite, assassinée de trois coups de lame au ventre. J’ai ramassé le poinçon, poissé de sang jusqu’à la garde et le manche couvert de traces de doigts. Je l’ai appuyé sur ma chemise, pour en avoir l’empreinte et la longueur, puis je l’ai fourré dans ma veste. Une petite pluie tombait, brouillant les traces de pas près du corps. J’ai été balancer le poinçon dans la laune de la Torque.

— Dans la ?

— La Torque, une rivière qui sillonnait les bois et qui formait de grands creux, des launes. J’ai jeté le poinçon par six mètres de fond, et balancé une vingtaine de pierres par-dessus. Aucun risque qu’il ne remonte avant un bout de temps.

— Faux alibi et dissimulation de preuves.

— Exactement. Et je n’ai jamais regretté. Rien, pas le moindre remords. J’aimais mon frère mieux que moi-même. Vous croyez que j’allais le laisser plonger ?

— Cela ne regarde que vous.

— Ce qui me regardait aussi, c’était le juge Fulgence. Car pendant que j’étais juché sur la Conche de Sauzec, d’où je dominais la forêt et la vallée, je l’ai vu passer. Lui. Je m’en suis souvenu la nuit, pendant que je tenais la main de mon frère pour l’aider à dormir.

— La vue était si dégagée, de là-haut ?

— Le sentier de cailloux se distinguait bien, sur une partie. On pouvait y apercevoir des silhouettes en contraste.

— Les chiens ? C’est à cela que vous l’avez reconnu ?

— Non, à sa cape d’été. Son torse se découpait en forme de triangle. Tous les hommes du village étaient taillés en masses uniformes, épaisses ou minces, et tous bien plus petits que lui. C’était le juge, Danglard, marchant sur le sentier qui menait au château d’eau.

— Raphaël aussi était dehors. Et ses copains ivres. Et vous aussi.

— Je m’en fous. Le lendemain, j’ai passé le mur du manoir et j’ai été fouiner dans les bâtiments. Dans la grange, mêlé aux pelles et aux bêches, il y avait un trident. Un trident, Danglard.

Adamsberg éleva sa main valide et tendit trois doigts. Trois dents, trois trous en ligne. Regardez la photo du corps de Lise, ajouta-t-il en la tirant du dossier. Regardez l’impeccable alignement des blessures. Comment mon frère, bourré et paniqué, aurait-il pu planter trois fois son poinçon sans dévier ?

Danglard examina le cliché. Effectivement, les blessures s’alignaient sur une droite parfaite. Il comprenait maintenant les mesures qu’avait prises Adamsberg sur la photo de Schiltigheim.

— Vous n’étiez qu’un tout jeune enquêteur de base, un bleu. Comment avez-vous pu vous procurer ce cliché ?

— Je l’ai piqué, dit Adamsberg tranquillement. Ce trident, Danglard, était un vieil outil, au manche poli et décoré, à la barre de traverse rouillée. Mais ses dents étaient brillantes, astiquées, sans une trace de terre, sans une souillure. Nettoyé, indemne, vierge comme l’aurore. Qu’en dites-vous ?

— Que c’est gênant mais non accablant.

— Que c’est clair comme l’eau de la laune. Quand j’ai vu l’outil, l’évidence m’a explosé au visage.

— Tel le crapaud.

— À peu près. Une nuée de saloperies et de vices, les entrailles véritables du Seigneur des lieux. Mais il était là, justement, à la porte de sa grange, tenant en laisse ses deux chiens de l’enfer qui avaient bouffé Jeannot. Il m’observait. Et quand le juge Fulgence vous observait, Danglard, même à dix-huit ans, on n’en menait pas large. Il m’a demandé ce que je foutais chez lui, avec cette rage sèche si typique dans sa voix. J’ai répondu que je voulais lui jouer une saleté de tour, dévisser les écrous de son établi. Je lui en avais tellement fait depuis des années qu’il m’a cru et, d’un geste impérial, il m’a désigné la sortie en disant simplement : « Prends de l’avance, jeune homme. Je compte jusqu’à quatre. » J’ai couru comme un fou vers le mur. Je savais qu’à « quatre », il lâchait les chiens. Un des bas-rouges a arraché le bas de mon froc, mais j’ai pu me dégager et passer le mur.

Adamsberg releva son pantalon et posa son doigt sur sa jambe, à l’emplacement d’une longue cicatrice.

— Elle est là, toujours, la morsure du juge Fulgence.

— La morsure du chien, rectifia Danglard.

— Même chose.

Adamsberg vola une gorgée de genièvre dans le verre de Danglard.

— Au procès, il n’a pas été tenu compte du fait que j’avais vu Fulgence traverser les bois. Témoin subjectif. Mais surtout, ils n’ont pas retenu le trident comme pièce à conviction. Et pourtant, Danglard, l’espacement des blessures était exactement semblable à celui des pointes. Cette coïncidence les a emmerdés un sacré moment. Ils ont procédé à de nouvelles expertises, dans la terreur du juge qui accumulait ses menaces. Mais leurs nouveaux examens ont soulagé leurs angoisses : la profondeur des perforations ne correspondait pas. Trop longues d’un demi-centimètre. Des crétins, Danglard. Comme s’il n’était pas facile pour le juge, après avoir planté son trident, de plonger le long poinçon dans chacune des blessures et de le coller ensuite dans la main de mon frère. Pas même des crétins, mais des lâches. Le juge du tribunal aussi, un véritable laquais face à Fulgence. C’était plus simple de se rabattre sur un gosse seize ans.

— La profondeur des impacts correspondait-elle à la longueur du poinçon ?

— La même. Mais je ne pouvais pas proposer cette théorie, dès l’instant où l’arme avait curieusement disparu.

— Très curieusement.

Raphaël avait tout contre lui : Lise était son amie, il la rejoignait le soir au château d’eau, et elle était enceinte. Selon la conviction du magistrat, il avait pris peur et il l’avait tuée. Mais voilà, Danglard, leur manquait l’essentiel pour le condamner : c’est-à-dire l’arme, introuvable, et la preuve de sa présence à cette heure sur les lieux. Or Raphaël n’y était pas puisqu’il jouait aux cartes avec moi. Dans la petite cour, vous vous souvenez ? J’ai déposé sous serment.

— Et, en tant que policier, votre parole valait double.

— Oui, et je m’en suis servi. Et oui, j’ai menti qu’au bout. À présent, si vous souhaitez récupérer le poinçon dans le fond de la laune, libre à vous.

Adamsberg regarda son adjoint en fermant les yeux à demi, et sourit, depuis la première fois de son récit.

— Peine inutile, ajouta-t-il. J’ai repêché le poinçon il y a bien longtemps, et je l’ai balancé dans une poubelle à Nîmes. Car l’eau n’est pas fiable, et son dieu non plus.

— Il a donc été acquitté ? Votre frère ?

— Oui. Mais la rumeur a persisté, enflé, menacé. Plus personne ne lui parlait et chacun le craignait. Et lui était hanté par ce blanc de mémoire, incapable de savoir si, oui ou non, il l’avait fait, Danglard. Vous comprenez ? Incapable de savoir s’il était un assassin. Si bien qu’il n’osait plus s’approcher de quiconque. J’ai éventré six vieux coussins pour lui montrer qu’en frappant à trois reprises, on ne pouvait pas obtenir une ligne droite. J’ai frappé deux cent quatre fois pour le convaincre, vainement. Il était détruit, il se terrait loin des autres. Je travaillais à Tarbes et je ne pouvais pas lui tenir la main chaque jour. C’est comme cela que j’ai perdu mon frère, Danglard.

Danglard lui tendit son verre et Adamsberg en avala deux gorgées.

— Ensuite, je n’ai plus eu qu’une seule idée, traquer le juge. Il avait quitté la région, acculé par la rumeur à son tour. Le traquer, le faire condamner, laver mon frère. Car moi et moi seul, je savais Fulgence coupable. Coupable du meurtre et coupable de la destruction de Raphaël. Je l’ai poursuivi sans relâche pendant quatorze années, dans le pays, dans les archives, dans la presse.

Adamsberg posa sa main sur les dossiers.

— Huit meurtres, huit assassinats présentant les trois trous en ligne. Échelonnés de 1949 à 1983. Huit affaires bouclées, huit coupables cueillis comme des mouches, quasiment l’arme en main : sept pauvres types en taule et mon frère disparu. Fulgence a échappé, toujours. Le diable s’échappe toujours. Consultez ces dossiers chez vous, Danglard, lisez-les à fond. Je file à la Brigade voir Retancourt. Je frapperai chez vous tard ce soir. Oui ?

1 ... 7 8 9 10 11 12 13 14 15 ... 89
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)