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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Verin eut une moue dubitative.

Urien leva les yeux et contempla le ciel comme s’il voulait le graver à tout jamais dans sa mémoire.

— Vas-tu me tuer, à présent, Aes Sedai ?

— Pardon ? fit Verin, revenant au moment présent.

— Est-ce déjà l’heure de l’exécution ? Une ancienne prophétie affirme que les Aes Sedai nous tueront tous si elles nous trouvent de nouveau sur leur chemin. Me voilà sur le tien, et j’ai conscience que ton pouvoir est supérieur à celui d’une Matriarche. (L’Aiel eut un rire glacé.) Allons, mobilise tes éclairs, Aes Sedai, que je te donne une petite leçon de combat de rues.

Certain que sa dernière heure avait sonné, Urien n’avait pas la moindre appréhension. La bouche ouverte, un vieux réflexe chez lui, Perrin la referma d’un geste brusque.

— Que ne donnerais-je pas, souffla Verin, pour que tu séjournes un moment à la Tour Blanche ! Ou que tu sois simplement disposé à parler… Allons, du calme, mon garçon, je ne vais pas te faire de mal. Sauf si tu pensais exclusivement à moi, tout à l’heure, quand tu parlais de cornemuse et de danse.

Urien parut stupéfié. Comme s’il redoutait une ruse, il regarda tous les cavaliers qui l’entouraient.

— Tu n’es pas une Promise de la Lance, dit-il enfin. Comment pourrais-je frapper une femme qui n’a pas épousé la lance ? C’est interdit, sauf pour sauver une vie, mais, pour l’éviter quand même, je serais prêt à recevoir les coups à la place de la victime.

— Que fais-tu ici, tellement loin de chez toi ? demanda Verin. Et pourquoi es-tu venu à nous ? Si tu t’étais caché dans les rochers, je n’aurais jamais soupçonné ta présence. (L’Aiel sembla enfin troublé.) Dis seulement ce que tu as envie de dire, et tout ira très bien. Je ne sais pas comment vos Matriarches se débrouillent pour vous arracher des informations, mais moi je ne te ferai pas de mal, ne crains rien.

— C’est toujours ce que disent les Matriarches…, fit Urien, mais au bout du compte même les chefs de tribu doivent avoir de sacrées tripes pour éviter de se plier à leur volonté. (Il sembla chercher ses mots avec soin.) Je suis ici pour trouver un homme… (Il balaya du regard Mat, Perrin et tous les militaires, les rejetant les uns après les autres.) Celui qui Vient avec l’Aube… Sa venue, dit-on, sera annoncée par plusieurs signes et augures. Matriarche, j’ai vu que tu venais du Shienar – à cause de l’armure des soldats qui t’escortent – et j’ai pensé que tu avais peut-être eu vent des événements qui doivent précéder la venue de cet homme.

— Un homme ? répéta Verin. Quels sont ces signes dont tu parles ?

— Nous saurons les reconnaître lorsque nous les verrons, pas avant. De la même manière, nous identifierons l’homme quand il sera en face de nous, parce qu’il portera une marque. Il viendra de l’ouest, au-delà de la Colonne Vertébrale du Monde, mais sera de notre sang. Allant jusqu’à Rhuidean, il nous guidera ensuite hors de la Tierce Terre.

Urien prit une lance dans sa main droite. Dans un concert de grincements de cuir et de métal, tous les soldats portèrent la main à leur arme. Surpris, Perrin constata qu’il serrait de nouveau le manche de sa hache. L’air agacée, Verin fit signe aux hommes de se calmer.

Avec la pointe de sa lance, Urien dessina dans la poussière un cercle qu’il divisa en deux avec une ligne sinueuse.

— Sous ce signe, il fera de grandes conquêtes – voilà ce que disent nos augures.

Ingtar ne cacha pas sa perplexité. Mat et Perrin, avec un bel ensemble, étouffèrent un petit cri d’angoisse.

L’antique symbole des Aes Sedai…

Verin effaça sous sa semelle le dessin de l’Aiel.

— Je ne sais pas où est cet homme, dit-elle, et je n’ai entendu parler ni de signes ni d’augures.

— Dans ce cas, je vais continuer ma quête.

Bien qu’il n’eût pas formulé sa phrase comme une question, l’Aiel attendit que l’Aes Sedai lui donne son aval d’un hochement de tête. Défiant une dernière fois les soldats du regard, il tourna alors les talons et s’enfonça entre les rochers sans se retourner une seule fois.

Certains cavaliers marmonnèrent entre eux, Uno lâcha un « fichu maudit Aiel de malheur » et Masema déclara qu’ils auraient dû laisser la dépouille d’Urien à l’intention des corbeaux.

— Nous venons de perdre un temps précieux, dit Ingtar. Il faudra chevaucher plus vite pour le rattraper.

— Oui, lui fit écho Verin, il faudra chevaucher plus vite…

Ingtar se tourna vers elle, mais elle contemplait le sol, à l’endroit où elle avait effacé le dessin du guerrier.

— Pied à terre ! ordonna l’officier. Retirez vos plastrons, les chevaux de bât les porteront. Nous sommes au Cairhien, il faut montrer clairement que nous n’avons pas d’intentions hostiles. Exécution !

Mat se pencha vers Perrin pour lui parler à l’oreille :

— Tu crois qu’il parlait de Rand ? C’est fou, je sais, mais Ingtar lui-même pense que notre ami est un Aiel.

— Je n’en sais rien…, marmonna l’apprenti forgeron. Notre vie a sombré dans la folie depuis que les Aes Sedai s’en sont mêlées.

Les yeux toujours baissés, Verin déclara soudain, comme si elle parlait toute seule :

— C’est une partie du puzzle, mais comment est-ce possible ? La Roue du Temps ajouterait-elle à la Trame des fils dont nous ne savons rien ? Ou est-ce encore une intervention du Ténébreux ?

Perrin sentit un frisson glacé courir le long de sa colonne vertébrale.

Verin leva les yeux sur les soldats en train de retirer leur plastron et les autres pièces de leur armure.

— On se dépêche ! ordonna-t-elle avec plus d’autorité qu’Ingtar et Uno réunis. Il n’y a pas de temps à perdre !

29

Les Seanchaniens

Suivi par Byar et une centaine de cavaliers, Geofram Bornhald entra dans le village en s’efforçant d’ignorer l’odeur des maisons incendiées et la vue des cadavres qui gisaient un peu partout dans les rues. Avoir dû diviser ses forces en deux sections très inégales lui déplaisait au plus haut point, mais ses ordres étaient clairs : obéir aux Confesseurs en toutes circonstances, même si ça revenait à se mettre à leur merci.

Dans ce village, la résistance n’avait pas été féroce. Une demi-douzaine de maisons seulement avaient brûlé et l’auberge était intacte. Comme presque partout dans la plaine d’Almoth, il s’agissait d’un bâtiment de pierre peint à la chaux.

Alors que Bornhald s’arrêtait devant l’auberge, son regard passa des prisonniers que ses soldats surveillaient, près du puits communal, à la longue potence érigée au milieu de la place centrale. Un gibet improvisé, certes, mais qui exposait à la vue de tous pas moins de trente pendus aux vêtements doucement agités par la brise. Il y avait des enfants dans le lot. Devant un tel carnage, même l’impitoyable Byar semblait ne pas en croire ses yeux.

— Muadh ! appela Bornhald.

Un vétéran aux cheveux grisonnants s’éloigna du groupe d’hommes qui gardaient un œil sur les prisonniers. Au cours de sa longue carrière, Muadh était un jour tombé entre les mains de Suppôts des Ténèbres. Son visage couturé de cicatrices faisait blêmir d’horreur les baroudeurs les plus endurcis.

— Muadh, c’est ton œuvre, ou celle des Seanchaniens ?

— Ni l’une ni l’autre, seigneur capitaine, répondit Muadh d’une voix rauque et grinçante – un autre souvenir que lui avaient laissé les Suppôts.

— Ces minables ne sont sûrement pas coupables, dit le capitaine en désignant les prisonniers.

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