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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Joséphine sourit et la regarda avec tendresse.

— Vas-y, vide ton sac, Hortense…

— Je t’ai détestée au moment du chômage de papa. Dé-tes-tée ! Toujours à amortir, à étouffer, tiens, tu t’es même mise à grossir pour mieux amortir ! Tu devenais plus moche de jour en jour, plus molle, plus… rien du tout et lui, il essayait de s’en sortir, il essayait de continuer, il mettait ses beaux habits, il se lavait, il s’habillait, il essayait mais toi, tu le contaminais avec ta douceur répugnante, ta douceur qui dégoulinait, qui l’engluait…

— Ce n’est pas facile, tu sais, de vivre avec un homme qui ne travaille pas, qui est toute la journée à la maison…

— Mais fallait pas le materner ! Il fallait lui faire sentir qu’il avait encore du courage ! Toi, tu le ratatinais avec ta douceur. Pas étonnant qu’il soit allé voir Mylène. Avec elle, il se sentait un homme tout d’un coup. Je t’ai détestée, maman, si tu savais ce que je t’ai détestée !

— Je sais… Je me demandais juste pourquoi.

— Et tes grands sermons sur l’argent, sur les valeurs de la vie, j’en aurais vomi ! Il n’y a plus qu’une seule valeur aujourd’hui, maman, ouvre les yeux bien grands et avale ça d’un coup, il n’y a plus que l’argent, si t’en as t’es quelqu’un, si t’en as pas alors là… Bonne chance ! Et toi, tu n’as rien compris, rien compris du tout ! Quand papa est parti, tu ne savais même plus conduire la voiture, tu passais tes soirées à faire des comptes, à compter tes petits sous, t’avais plus rien… C’est Philippe qui t’a aidée avec les traductions, Philippe qui a du blé, des relations. S’il n’avait pas été là, on aurait fini où, hein ? Tu peux le dire ?

— Il n’y a pas que l’argent dans la vie, Hortense, mais tu es trop jeune.

— Dis-le bien vite que je suis jeune ! Parce que j’ai compris beaucoup de choses que tu n’as pas comprises, toi. Et je t’en voulais de ça aussi, je me disais : mais on va où avec elle ? Je me sentais pas en sécurité avec toi et je me disais : c’est encore trop tôt, mais un jour je ferai ma vie et je me casserai de cet endroit ! Je ne pensais qu’à ça. J’y pense toujours d’ailleurs, j’ai bien compris qu’il ne fallait compter que sur soi… Papa, si j’avais été sa femme…

— Nous y voilà !

— Exactement ! Je lui aurais mis les points sur les i, je lui aurais dit : arrête de rêver et prends ce qu’on t’offre. N’importe quoi mais commence quelque chose… Je l’ai tellement aimé, papa ! Je le trouvais si beau, si élégant, si fier… et si faible à la fois. Je le voyais se traîner toute la journée dans cet appartement, avec ses pauvres occupations, les plantes sur le balcon, sa partie d’échecs, son flirt avec Mylène ! et toi tu ne voyais rien. Rien ! Je te trouvais bête, si bête… Et, en même temps, je ne pouvais pas faire grand-chose. Ça me rendait folle de le voir comme ça ! Quand il a trouvé ce boulot au Croco Park, je me suis dit qu’il allait s’en sortir. Qu’il avait trouvé un truc où il pourrait réaliser ses rêves de grandeur. Les crocodiles ont eu sa peau. Je l’aimais tellement… C’est lui qui m’a appris à me tenir droite, à être jolie, différente, c’est lui qui m’emmenait dans les magasins et m’habillait si bien, après on allait dans un bar de palace parisien et on buvait un verre de champagne en écoutant un orchestre de jazz. Avec lui j’étais unique, j’étais magnifique… Il m’a donné ce petit truc en plus, cette force qu’il n’avait pas. Il me l’a donnée à moi, il n’a pas su se la donner à lui. Il n’avait pas de force, papa. Il était faible, fragile, un petit garçon mais pour moi, il était magique !

— Il t’a aimée à la folie, Hortense. J’en suis témoin. Parfois même j’ai été jalouse de ce lien entre vous deux. Je me sentais rejetée sur le côté, avec Zoé. Il n’a jamais regardé Zoé comme il t’a regardée, toi.

— Il ne se supportait plus à la fin. Il buvait, il se laissait aller, il croyait que je ne le voyais pas, mais je voyais tout ! Il ne supportait plus ce qu’il était devenu : un échec ambulant. Déjà, cet été, il avait des moments où il était pitoyable. Alors ça vaut mieux comme ça !

Elle se tenait toute droite, au bord du lit. Joséphine restait à distance, la laissant évacuer son chagrin comme elle le pouvait, avec les mots qu’elle voulait bien mettre sur sa peine.

Soudain elle se retourna et fit face à sa mère.

— Mais c’est hors de question, hors de question, tu entends bien, qu’on revive ce qu’on a connu quand il était au chômage. Je ne veux plus connaître ça, plus jamais ! Il te donnait de l’argent ?

— Oh, tu sais…

— Il te donnait de l’argent ou pas ?

— Non.

— Donc on peut vivre sans lui ?

— Oui.

À condition qu’elle empoche l’argent du livre, songea Hortense en regardant sa mère. Ce n’est pas sûr qu’elle le fasse, qu’elle revendique, qu’elle réclame.

— On ne va pas redevenir pauvres ?

— Non, ma chérie, on ne va pas redevenir pauvres, je te le promets. Je me sens la force de me battre pour vous deux. J’ai toujours eu cette force-là. Jamais pour moi mais pour vous, oui.

Hortense lui lança un regard plein de doutes.

— Il ne faut pas que Zoé sache, c’est sûr. Il ne faut pas que Zoé sache… Zoé n’est pas comme moi. Il faudra lui dire les choses en douceur. Mais ça, je te laisse faire, c’est ton rayon…

Elle demeura un long moment, emmurée dans son chagrin et sa colère.

Joséphine attendit et dit :

— On lui dira petit à petit, ça prendra le temps qu’il faudra, elle apprendra à vivre sans lui.

— On vivait déjà sans lui, conclut Hortense en se levant. Bon, c’est pas tout ça mais j’ai mon bac à réviser, moi.

Joséphine quitta la chambre sans rien dire et revint à la cuisine où Mylène, Gary et Zoé l’attendaient.

— Mylène… elle peut rester dîner avec nous ? Dis oui, maman, dis oui…

— Je crois que je vais rentrer à l’hôtel, chérie, dit Mylène en déposant un baiser sur les cheveux de Zoé, on est tous très fatigués. Demain, j’ai une dure journée…

Elle remercia Joséphine, elle embrassa Zoé. Elle paraissait bouleversée. Elle les regarda une dernière fois, se disant : Si ça se trouve je ne les verrai plus jamais, plus jamais.

Début juin, Hortense et Gary passèrent les épreuves du bac.

Joséphine s’était levée tôt pour leur préparer leur petit-déjeuner. Elle demanda à Hortense si elle voulait qu’elle les accompagne et Hortense lui répondit que non, ça lui saperait le moral.

Hortense revint, le premier jour, satisfaite, le deuxième jour aussi, et la semaine passa sans qu’elle tremble ni s’angoisse. Gary était plus flegmatique mais ne semblait pas se faire de souci. Il allait falloir attendre le 4 juillet pour connaître les résultats.

Shirley ne vint pas tenir compagnie à son fils. Elle avait décidé de s’installer à Londres et cherchait un appartement. Elle appelait tous les soirs. Gary partit la rejoindre dès que les épreuves furent terminées.

Zoé passait dans la classe supérieure avec le tableau d’honneur. Alexandre aussi. Philippe les emmena tous les deux faire du cheval à Évian. Il croisa Joséphine le jour du départ sur le quai de la gare, et l’émotion qu’elle lut sur son visage la bouleversa. Il lui prit la main et lui demanda « ça va ? ». Elle comprit : tu es toujours amoureuse ? et répondit oui. Il lui baisa la main et murmura : « Forget me not ! »

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