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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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Elle eut une terrible envie de l’embrasser.

Zoé n’avait plus demandé de nouvelles de son père.

Hortense avait rappelé la journaliste de Gala et obtenu un stage de trois semaines comme accessoiriste lors des prises de vues. Elle partait travailler tous les matins, pestant contre les transports en commun qui lui prenaient tout son temps, répétant « mais quand va-t-on déménager, maintenant que Shirley n’est plus là, qu’est-ce qu’on attend pour s’installer à Paris ? ». Joséphine y pensait de plus en plus. Elle commença à visiter des appartements du côté de Neuilly pour que Zoé ne perde pas tous ses amis. Hortense avait déclaré que Neuilly lui allait très bien. « Il y a des arbres, un métro et des autobus, des gens bien habillés et bien élevés, je n’aurai plus l’impression de vivre dans une réserve, de toute façon je vais partir, dès que j’aurai mon bac, j’irai faire ma vie loin d’ici. »

Elle ne parlait plus de son père. Chaque fois que Joséphine demandait « ça va, ma chérie, tu es sûre que ça va ? Tu ne veux pas en parler ? », elle haussait les épaules, exaspérée, et ajoutait « on s’est tout dit, non ? ». Elle avait demandé à ce qu’on ressorte la télé de la cave, maintenant que les examens étaient passés. Elle voulait regarder les magazines de mode sur les chaînes câblées. Joséphine prit l’abonnement que lui demandait Hortense, ravie de voir sa fille se changer les idées.

C’est là, un dimanche de mi-juin, alors qu’elle était seule chez elle, qu’Hortense était sortie, qu’elle attendait qu’elle rentre, que Joséphine alluma la télévision. Hortense lui avait dit : « Regarde la Trois, ce soir, il se peut que tu m’aperçoives… Ne me loupe pas, ça ne durera pas longtemps. »

Il devait être onze heures et demie du soir et elle dressait l’oreille à chaque bruit dans l’escalier. Elle lui avait donné de l’argent pour prendre un taxi, mais c’était plus fort qu’elle, elle n’aimait pas la savoir seule, le soir. Seule dans le taxi, seule dans la banlieue, seule dans la cage d’escalier. Quand Gary l’accompagnait, c’était différent. Rien que pour ça, songea-t-elle, c’est bien qu’on déménage. Neuilly est calme, si calme. Je me ferai moins de souci quand elle sortira le soir…

Elle regardait, distraite, l’écran, appuyant sur la télécommande pour changer de chaîne, revenant sur la Trois pour y guetter Hortense. Luca avait proposé : « Je peux venir vous tenir compagnie si vous voulez, je me tiendrai bien ! » Mais elle ne voulait pas que sa fille la voie en compagnie d’un homme qui était son amant. Elle n’arrivait pas encore à mêler ses deux vies. La vie avec Luca et celle avec ses filles.

Elle changea de chaîne, et crut apercevoir Hortense. Elle se redressa. C’était Hortense. L’interview venait à peine de commencer. Sa fille crevait l’écran. Elle était belle, naturelle. Elle semblait très à l’aise. On l’avait maquillée, coiffée et elle paraissait plus âgée, plus mûre. Joséphine poussa un cri d’admiration. Elle ressemblait à Ava Gardner. L’animateur la présenta, dit son âge, expliqua qu’elle venait de passer son bac…

— Ça s’est bien passé ?

— Je crois. Oui, dit Hortense, les yeux brillants.

— Et vous voulez faire quoi ensuite ?

Nous y voilà, pensa Joséphine. Elle va dire son envie de faire de la mode, évoquer ses études l’année prochaine en Angleterre, demander si un couturier ne serait pas intéressé par son talent. Elle a tellement plus d’audace que moi. Elle est si efficace, si précise. Elle sait exactement ce qu’elle veut et ne s’embarrasse pas de faux-semblants. Elle écouta sa fille parler, en effet, de son désir de se lancer dans le monde si fermé de la mode. Elle prit soin de souligner qu’elle partait, en octobre, étudier à Londres, mais que si un couturier de la place de Paris voulait bien la prendre en stage en juillet, août, septembre, elle serait enchantée.

— Vous n’êtes pas venue seulement pour ça, l’interrompit l’animateur d’un ton sec.

C’était le même que celui qui avait scalpé Iris. Joséphine eut soudain un soupçon terrible.

— Non. Je suis venue pour faire une révélation au sujet d’un livre, articula Hortense avec beaucoup de soin. Un livre qui a remporté un très grand succès récemment, Une si humble reine

— Et ce livre, d’après vous, n’aurait pas été écrit par son auteur présumé, Iris Dupin, mais par votre mère…

— Exactement. Je vous l’ai prouvé en vous montrant l’ordinateur de ma mère sur lequel se trouvent toutes les versions successives du livre…

C’est pour ça que je ne le retrouvais plus ce matin ! Je l’ai cherché partout. J’avais fini par me dire que je l’avais oublié chez Luca…

— Et je dois ajouter, continua l’animateur, que nous avons fait venir un huissier, avant l’émission, qui n’a pu que constater que l’ordinateur contenait bien les différentes versions du manuscrit et qu’il appartenait à votre mère, Madame Joséphine Cortès, chercheuse au CNRS…

— Spécialiste du XIIe siècle qui est très précisément la période traitée dans le livre…

— Donc ce livre n’aurait pas été écrit par votre tante, car il faut rappeler qu’Iris Dupin est votre tante, mais par votre mère ?

— Oui, affirma Hortense d’un ton ferme, les yeux plantés dans la caméra.

— Vous savez que cela va causer un terrible scandale ?

— Oui.

— Vous aimez beaucoup votre tante…

— Oui.

— Et pourtant vous prenez le risque de la démolir et de démolir sa vie…

— Oui.

Son calme n’était pas une façade. Hortense répondait sans hésiter, sans rougir, ni balbutier.

— Et pourquoi faites-vous cela ?

— Parce que ma mère nous élève seule, ma sœur et moi, que nous n’avons pas beaucoup d’argent, qu’elle s’use à la tâche et que je ne voudrais pas que les droits d’auteur très importants du livre ne lui reviennent pas.

— Vous faites cela uniquement pour l’argent ?

— Je le fais pour rendre justice à ma mère d’abord. Et pour l’argent, ensuite. Ma tante, Iris Dupin, a fait cela pour s’amuser, elle ne s’attendait sûrement pas à ce que le livre remporte un tel succès, je trouve juste de rendre à César ce qui appartient à César…

— Quand vous parlez du succès de ce livre, est-ce que vous pouvez nous donner des chiffres ?

— Absolument. Cinq cent mille exemplaires vendus à ce jour, quarante-six traductions et les droits du film achetés par Martin Scorsese…

— Vous vous estimez lésée ?

— C’est comme un billet de Loto que ma mère aurait acheté et que ma tante aurait empoché… Si ce n’est que le billet de Loto, vous l’achetez en trente secondes, alors que le livre, ma mère a peiné dessus pendant un an, et qu’il représente des années et des années d’études ! Je trouve juste de la récompenser…

— En effet, déclara l’animateur, vous êtes d’ailleurs venue accompagnée d’un avocat, Maître Gaspard, qui se trouve être aussi l’avocat de nombreuses stars du show-biz, dont Mick Jagger. Maître Gaspard, dites-nous ce que l’on peut faire dans un cas pareil ?

L’avocat se lança dans une longue tirade sur le plagiat, le travail de nègre, les différents cas de procès qu’il connaissait, qu’il avait plaidés. Hortense l’écoutait, droite, le regard toujours dirigé vers la caméra. Elle portait une chemise Lacoste verte qui faisait ressortir l’éclat de ses yeux, les reflets cuivrés de ses longs cheveux et le regard de Joséphine tomba sur le petit crocodile qui ornait sa poitrine.

Après que l’avocat eut parlé, l’animateur s’adressa une dernière fois à Hortense qui conclut en évoquant la carrière brillante de sa mère au CNRS, ses recherches sur le XIIe siècle, sa modestie encombrante qui rendait sa propre fille folle de rage.

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