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Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
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— C’est cette Natacha ? attaqua-t-elle bille en tête. C’est cette traînée qui t’a fait un enfant ?

— Tout faux ! jubila Marcel. C’est Josiane Lambert. Ma future femme. La mère de mon enfant. Mon amour, mon embellie…

— À soixante-six ans, c’est ridicule.

— Rien n’est ridicule, ma chère Henriette, quand c’est l’amour qui parle…

— L’amour ! Tu appelles l’amour l’intérêt d’une femme pour ton pognon !

— Ah, tu deviens vulgaire, Henriette ! Le naturel revient au galop quand le vernis s’effrite ! Quant au pognon, comme tu dis, ne t’en fais pas, je ne te laisserai pas à poil sur le trottoir où tu ne ferais certainement pas recette. Tu garderas l’appartement, et je te verserai une pension tous les mois, de quoi vivre confortablement jusqu’à la fin de tes jours…

— Une pension ! Je n’ai que faire de ta pension, j’ai droit à la moitié de ta fortune, mon brave Marcel.

— Tu avais droit… Plus maintenant. Tu as signé des papiers. Tu ne t’es pas méfiée, je me laissais tondre depuis si longtemps. Tu es sortie de mes affaires, Henriette. Ta signature ne vaut plus un rond. Tu peux calligraphier tous les rouleaux de papier-chiotte que tu veux, c’est tout ce qu’il te reste comme lot de consolation. Alors tu vas être très gentille, te contenter de la pension confortable que je veux bien t’allouer parce que, sinon, couic, tu n’auras que tes yeux pour pleurer. Va falloir ramoner le conduit lacrymal car il doit être sacrément encrassé.

— Je ne te permets pas de me parler comme ça !

— Tu m’as traité comme ça si longtemps. Tu y mettais les manières, c’est vrai, tu choisissais les mots, tu polissais ton mépris, tu avais reçu une bonne éducation, mais le fonds n’était pas beau. Ça puait le moisi, le mépris, le remugle de rombière aigrie. Aujourd’hui, ma chère, je pète de bonheur et je suis d’humeur prodigue. Profites-en parce que demain, je pourrais me montrer plus chien ! Alors tu vas la boucler. Sinon ça va être la guerre. Et la guerre, je sais la faire, chère Henriette…

Alors comme tous les esprits petits et mesquins Henriette eut un dernier sursaut petit et mesquin. Elle aboya :

— Et Gilles ? Et la voiture ? Je peux les garder ?

— Je crains que non… D’abord parce qu’il ne te porte pas dans son cœur, ensuite parce que je vais en avoir fichtrement besoin pour transporter ma reine et mon petit prince. J’ai peur que tu ne doives réapprendre l’usage de tes guibolles et que tu traînes ton cul dans les transports publics ou les taxis, si tu préfères flamber tes économies ! J’ai mis tout ça au clair avec mes hommes d’affaires. Tu n’as qu’à t’adresser à eux. Ils te liront le nouveau mode d’emploi. Le divorce suivra. Je n’aurai même pas à déménager mes affaires, j’ai déjà emporté ce qui me tenait à cœur, le reste tu peux passer tes nerfs dessus ou le foutre à la poubelle. J’ai un enfant, Henriette ! J’ai un enfant et une femme qui m’aime. J’ai refait ma vie, ça m’a pris du temps pour secouer le joug, mais ça y est ! Tourne, tourne encore à pied. Je sais, par Gilles, que tu fais la toupie depuis un bon moment, alors fais-la jusqu’à ce que tu sois épuisée, que tu aies vidé ton sac de haine et rentre à la maison… Médite sur ton sort ! Apprends la sagesse et la modestie. C’est un beau programme pour une vieillesse amie ! Estime-toi heureuse, je te laisse un toit, une adresse et de quoi bouffer tous les jours que Dieu dans son immense bonté voudra bien t’accorder.

— Tu as bu, Marcel. Tu as bu !

— Ce n’est pas faux. Je célèbre depuis ce matin ! Mais j’ai la tête claire et tu auras beau engager tous les avocats du monde, t’es baisée, ma chère, baisée !

Henriette raccrocha, ulcérée. Elle aperçut la voiture conduite par Gilles tourner au bout de la rue, l’abandonnant à sa solitude nouvelle.

Le jour où le petit Marcel Grobz regagna son logis, le jour où, dans les bras de sa mère, tout emmitouflé de bleu comme le bleu de ses yeux et le bleu des yeux de son père, il pénétra dans l’immeuble cossu qui serait désormais sa résidence, une surprise l’attendait. Un immense dais de percale blanche cousu de fleurs de lis avait été installé à l’entrée de l’immeuble et formait une haie impeccable, majestueuse sous laquelle il passa alors que, dissimulés derrière les plis qui retombaient en vagues neigeuses et jetant des poignées de riz, Ginette, René et tous les employés de la maison Grobz se mirent à chanter à l’unisson « Si j’étais un charpentier et si tu t’appelais Marie, voudrais-tu alors m’épouser et porter notre enfant ? »

Johnny, le grand Johnny Hallyday, n’avait pas pu faire le déplacement mais Ginette, de sa belle voix de choriste, chanta tous les couplets pendant que Josiane versait des larmes sur le bonnet en dentelle de son fils et que Marcel remerciait le ciel de tant de félicité et renseignait les badauds qui se demandaient si c’était un mariage, une naissance ou un enterrement.

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