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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Allons, voyons, fit la voix qui l’avait prié d’entrer, s’élevant cette fois derrière l’épaule gauche de Jonas. Vous n’avez pas besoin de ça, il n’y a que des amis ici. Nous sommes tous du même côté, vous le savez.

Jonas pivota sur ses talons, se sentant soudain vieux et lent. Il se retrouva face à un homme de taille moyenne, à puissante carrure, semblait-il, aux yeux d’un bleu vif et aux joues d’un rose dû à la bonne santé ou au bon vin. Son sourire révélait de petites dents pointues, comme limées à cet effet — car elles n’avaient rien de naturel. Il portait la robe noire d’un moine, capuchon rabattu en arrière. Jonas, qui avait d’abord cru l’homme chauve, vit qu’il s’était trompé. Son crâne avait été si rigoureusement tondu qu’il ne lui restait plus qu’un léger duvet.

— Rangez donc votre pétoire, dit l’homme en noir. Il n’y a que des amis ici, je vous l’ai dit — de vrais culs et chemises. Nous allons rompre le pain et parler de beaucoup de choses — de bœufs, de citernes et si oui ou non Frank Sinatra était un meilleur crooner qu’Herr Crosby.

— Qui ça ? Meilleur quoi ?

— Vous ne connaissez pas, c’est sans importance.

À nouveau, l’homme en noir fit sonner son rire de crécelle. Et qui ressemblait, songea Jonas, à ce qu’on s’attend qui s’échappe des fenêtres à barreaux d’un asile d’aliénés.

Se retournant, il contempla à nouveau le reflet dans le miroir. Cette fois, il vit l’homme en noir qui lui souriait, grandeur nature. Mes dieux, avait-il été là tout du long ?

Oui, mais tu pouvais pas le voir tant qu’il n’était pas prêt à être vu. Je sais pas s’il est magicien, mais c’est un homme-glam, pour sûr. Peut-être même que Farson est un sorcier.

Il se retourna. L’homme en robe de moine souriait toujours. Mais on ne voyait plus ses dents pointues. Ses dents, limées pour les rendre pointues. Jonas était prêt à en ficher sa montre et son billet.

— Où est Rimer ?

— Je l’ai expédié faire répéter son catéchisme à la jeune sai Delgado pour le Jour de la Moisson, dit l’homme en noir.

Il entoura d’un bras amical les épaules de Jonas, l’entraînant vers la table.

— Il vaut mieux que notre palabre se déroule en tête à tête, je pense.

Jonas ne tenait pas à faire offense à l’envoyé de Farson, mais le contact de son bras lui fut intolérable. Une vraie pestilence. Il le repoussa d’un haussement d’épaules et se dirigea vers l’une des chaises, tâchant de ne pas frissonner. Rien d’étonnant à ce que Depape soit revenu aussi livide de la Roche Suspendue. Rien d’étonnant, sacrebleu !

Au lieu de se sentir offensé, l’homme en noir se mit à rire de plus belle. (Oui, songea Jonas, il a tout à fait le rire d’un homme mort, si fait.) Un instant, Jonas crut que Fardo, le père de Cort, se trouvait avec lui dans cette pièce — Fardo, celui qui l’avait envoyé dans l’Ouest, il y avait déjà tant d’années de ça —, et porta à nouveau la main à son arme. Puis il n’eut plus devant lui que l’homme en noir, lui souriant d’un air entendu des plus déplaisants, avec ses yeux d’un bleu dansant comme la flamme des brûleurs à gaz.

— Vous avez vu quelque chose d’intéressant, sai Jonas ?

— Si fait, répondit Jonas en s’asseyant. De la bouffe.

Il prit un morceau de pain et l’avala d’un coup. Le pain adhéra à sa langue desséchée, mais il ne l’en mâcha pas moins avec détermination.

— Brave garçon.

L’autre s’assit à son tour et versa du vin, servant d’abord Jonas.

— Et maintenant, mon ami, racontez-moi tout ce que vous avez fait depuis l’arrivée de ces trois gêneurs de gamins, plus tout ce que vous savez et avez prévu de faire. Et, sans omettre le moindre iota, ce serait préférable.

— Montrez-moi d’abord votre sigleu.

— Bien entendu. Quel prudent vous faites !

L’homme en noir sortit de sa défroque un carré de métal — en argent, estima Jonas. Il le lança sur la table où il cliqueta jusqu’à l’assiette de Jonas. Il portait gravé ce à quoi ce dernier s’attendait — ce hideux œil fixe.

— Satisfait ?

Jonas opina.

— Faites-le reglisser vers moi.

Jonas tendit la main pour le saisir, mais sa main, ferme en temps normal, était maintenant à l’image de sa voix flûtée et mal posée. Il observa un instant ses doigts pris de tremblements, puis reposa prestement sa main sur la table.

— Je… j’aimerais mieux pas.

Non, pas question. Soudain, il sut que si jamais il le touchait, l’œil gravé dans l’argent tournerait dans son orbite… et se fixerait sur lui.

L’homme en noir partit de son rire de crécelle et fit un geste de rappel des doigts de sa main droite. La boucle d’argent (elle apparaissait telle à Jonas) glissa vers l’homme en noir… et remonta dans la manche de sa robe tissée main.

— Abracadabra ! Boul ! Fini ! Et maintenant, continua l’homme en noir, sirotant délicatement son vin, si nous en avons terminé avec ces fastidieuses formalités…

— Encore une chose, dit Jonas. Vous connaissez mon nom, j’aimerais connaître le vôtre.

— Appelez-moi Walter, dit l’homme en noir, dont le sourire disparut soudainement. Ce bon vieux Walter, c’est moi. À présent, voyons où nous en sommes et où nous allons. En bref, palabrons.

14

Quand Cuthbert rentra au baraquement, la nuit était tombée. Roland et Alain jouaient aux cartes. Ils avaient si bien nettoyé l’endroit qu’il avait presque repris son aspect habituel (grâce à l’essence de térébenthine qu’ils avaient dénichée dans un placard de l’ancien bureau du régisseur, les graffitis sur les murs n’étaient plus que les fantômes rosâtres d’eux-mêmes) ; pour l’heure, ils étaient plongés dans une partie de Casa Fuerte, ou de « méla-mélu », comme on désignait ce jeu dans leur partie du monde. Quelle que fût son appellation, ce n’était rien d’autre qu’une variante à deux joueurs du Surveille-Moi, le jeu de cartes qu’on pratiquait dans les saloons et les baraquements depuis la jeunesse du monde.

Roland releva les yeux aussitôt, tâchant de prendre la température émotionnelle de Bert. Si extérieurement, Roland était plus impassible que jamais, ayant même fait égalité avec Alain après quatre manches difficiles, il était dans un état d’agitation intérieure où la douleur le disputait à l’indécision. Alain lui avait rapporté les propos que Cuthbert lui avait tenus dans la cour et c’étaient des choses terribles à entendre de la bouche d’un ami, même de seconde main. Ce qui le taraudait le plus, cependant, c’était ce que Cuthbert lui avait assené juste avant de passer la porte : Tu baptises amour ton insouciance et tu te fais une vertu de ton irresponsabilité. Y avait-il une chance qu’il ait fait une chose pareille ? Il n’avait cessé de se répéter que non — que les directives qu’il leur avait demandé de suivre étaient dures à respecter mais pleines de bon sens, les seules qui rimaient à quelque chose. Les gueulantes de Cuthbert n’étaient que du vent, le simple résultat de sa nervosité… et de sa fureur devant l’outrage de leur sanctuaire ainsi souillé. Et pourtant…

Dis-lui que ses bonnes raisons sont mauvaises et qu’il a tort sur toute la ligne.

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