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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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— Et tu t’es bien amusé ?

— On a pêché des bouquets…

— Gaétan va bien ?

— Lui, ça va, mais Domitille a été punie. Enfermée dans sa chambre pendant une semaine, pas le droit de sortir, au pain sec et à l’eau…

— Oh ! s’exclama Joséphine. Qu’avait-elle fait de si terrible ?

— Son père l’a surprise en train d’embrasser un garçon. Elle n’a pas treize ans, vous savez, expliqua-t-il d’un petit ton réprobateur comme pour souligner l’audace de Domitille. Elle se vieillit toujours mais moi, je le sais.

Il sortit au rez-de-chaussée en expulsant le gros sac. Il soufflait, suait et ressemblait, enfin, à un enfant.

— La voiture est garée juste devant. Maman est en train de fermer l’appartement et papa charge les bagages. Bonnes vacances, madame.

Joséphine continua jusqu’au deuxième sous-sol où se trouvait le parking. Ouvrit le coffre, lança le sac, fit monter Du Guesclin et s’assit derrière le volant. Elle tourna le rétroviseur vers elle et se regarda dans le bout de miroir. « Est-ce toi qui sur un pressentiment cours retrouver un amant silencieux à Deauville ? Sur la foi d’une chanson entendue à la radio ! Je ne te reconnais plus, Joséphine. »

À la hauteur de Rouen, elle aperçut de gros nuages noirs dans le ciel, si serrés qu’ils éteignaient la lumière du jour et continua jusqu’à Deauville avec la menace d’un terrible orage au-dessus de la tête. Une bourrasque ! La voilà donc. Elle se força à sourire. À force de vivre avec Iris, je deviens comme elle et prête foi à ces sornettes. Bientôt elle installera un chat sur son épaule et se tirera les cartes. Elle va voir des voyantes et toutes lui prédisent le grand amour « à la vie, à la mort ». Et elle l’attend, assise face au ventilateur, guettant le bruit des clés à l’étage de Lefloc-Pignel. Je l’aurais gênée si j’étais restée.

Elle arriva en début d’après-midi. Entendit le cri des mouettes qui tournaient au-dessus de la maison en rondes basses. Respira l’odeur mouillée du vent salé. Guetta la maison du haut du chemin qui descendait jusqu’au perron. Vit les volets fermés. Poussa un soupir. Il n’était pas là.

Une rafale de vent brusque cueillit une ardoise sur le toit et la jeta à ses pieds. Joséphine se protégea de la main, puis releva la tête et découvrit que la moitié du toit s’était envolée. Il ne restait, par endroits, que les chevrons dénudés et d’épaisses couches de laine de verre comme des millefeuilles battant au vent. On aurait dit qu’un large râteau était passé sur la maison, enlevant des rangées d’ardoises, en laissant d’autres. Elle se tourna vers les arbres du parc. Certains se tenaient droits, un peu tremblants, mais d’autres étaient ouverts en deux comme des poireaux épluchés. Elle attendrait d’avoir parlé au couvreur pour informer Iris de l’étendue de la catastrophe.

D’ailleurs, pensa-t-elle, elle se moque pas mal, je suppose, de l’état de sa maison. Elle doit se peindre les orteils, s’oindre de crème, se parfumer les cheveux, mettre du rimmel noir sur ses grands yeux bleus. Elle lui envoya un texto pour lui dire qu’elle était bien arrivée.

Iris se réveilla, étreinte par une anxiété qui fourmillait dans tout son corps et la maintenait allongée, oppressée. On était le 16 août. Il avait dit quinze jours. Elle installa le téléphone sur l’oreiller et attendit.

Il n’appellerait pas tout de suite. Ce temps-là était fini. Elle avait bien conscience qu’elle avait franchi une limite impardonnable en le traitant de menteur. En public, en plus ! Oh ! Le regard étonné du garçon du bar quand elle avait crié « menteur ! vous êtes un menteur ! ». Hervé ne lui pardonnerait pas facilement. Il avait déjà imposé les quinze jours de silence. Il y aurait d’autres brimades.

Que m’importe ? Cet homme m’apprend l’amour. Il me dresse de loin, en silence. Un frisson de plaisir crépita entre ses jambes et elle se recroquevilla pour qu’il continue de brûler au creux de son ventre. C’est donc ça, l’amour ? Cette fulgurante blessure qui donne envie de mourir… Cette attente délicieuse où l’on ne sait plus qui on est, où l’on tend la nuque, docile pour se faire passer les rênes, bander les yeux, conduire au poteau de l’abnégation. J’irai jusqu’au bout avec lui. Je lui demanderai pardon de l’avoir insulté. Il tentait de me faire gravir le chemin de l’amour et je trépignais comme une petite fille gâtée. Je réclamais un serment, un baiser quand il me faisait entrer dans une enceinte sacrée. Je n’avais rien compris.

Elle fixait le téléphone et suppliait qu’il sonne. Je dirai… Je dois choisir mes mots afin de ne pas l’offenser et qu’il comprenne que je me rends. Je dirai, Hervé, je vous ai attendu et j’ai compris. Faites de moi ce que vous voulez. Je ne demande rien, rien que le poids de vos mains sur mon corps qui me façonnent comme une motte d’argile. Et si c’est encore trop, ordonnez-moi d’attendre et j’attendrai. Je resterai cloîtrée et je baisserai les yeux lorsque vous paraîtrez. Je boirai si vous l’ordonnez, je mangerai si vous le commandez, je me purifierai de mes colères futiles, de mes caprices de petite fille.

Elle soupira d’une joie si intense qu’elle crut défaillir.

Il m’a appris l’amour. Ce bonheur ineffable que je recherchais en entassant, alors qu’il fallait au contraire que je m’abandonne, que je donne, que je lâche tout… Il m’a placée dans ma vie. Je vais me lever, passer ma robe ivoire, celle-là même qu’il m’a achetée, mettre un ruban dans mes cheveux, et demeurer assise, près de la porte en attendant. Il ne téléphonera pas. Il sonnera. J’ouvrirai, les yeux baissés, le visage pur de tout apprêt, et je dirai…

L’heure de vérité approchait.

Elle passa toute la journée à guetter ses pas, à soulever son téléphone, à vérifier s’il marchait bien.

Il ne vint pas ce soir-là.

Le lendemain matin, Iphigénie sonna.

— Elle est pas là, madame Cortès ?

— Elle est partie se reposer.

— Ah ! fit Iphigénie, déçue.

— L’immeuble doit être vide, dit Iris tentant de relancer le dialogue.

— Y a plus que vous et monsieur Lefloc-Pignel qui est rentré hier soir.

Le cœur d’Iris bondit. Il était rentré. Il allait l’appeler. Elle referma la porte et s’appuya contre le battant, épuisée de joie. Me préparer, me préparer. Ne plus laisser personne s’immiscer entre nous.

Elle rappela Iphigénie dans l’escalier et lui annonça qu’elle partait quelques jours chez une copine, qu’elle garde dorénavant le courrier dans la loge. Iphigénie haussa les épaules et lui souhaita « bonnes vacances, ça vous fera du bien ».

Le Frigidaire était plein, elle n’aurait pas besoin de sortir.

Elle prit une douche, enfila la robe ivoire, attacha ses cheveux, ôta le vernis rouge de ses ongles et attendit. Elle passa la journée à l’attendre. N’osa pas mettre le son de la télé trop fort de peur de ne pas entendre la sonnerie du téléphone ou les trois coups furtifs frappés à la porte. Il sait que je suis là. Il sait que je l’attends. Il me fait attendre.

Le soir, elle ouvrit une boîte de raviolis. Elle n’avait pas faim. Elle but un verre, deux verres pour se donner du courage. Crut entendre de la musique dans la cour. Ouvrit la fenêtre, entendit le son d’un opéra. Puis sa voix… Il parlait affaires au téléphone. Je suis en train d’étudier le dossier de la fusion… Elle tressaillit, ferma les yeux. Il va venir. Il va venir.

Elle l’attendit toute la nuit, assise près de la fenêtre. L’opéra se tut, la lumière s’éteignit.

Il n’était pas venu.

Elle pleura, assise sur sa chaise dans sa belle robe ivoire. Il ne faut pas que je la salisse. Ma belle robe de mariée.

Elle finit la bouteille de vin rouge, prit deux Stilnox.

Alla se coucher.

Il lui avait fait savoir qu’il était rentré en mettant la musique très fort.

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