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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Elle lui avait fait savoir qu’elle se soumettait en ne descendant pas sonner à sa porte.

Le premier soir, Joséphine dormit dans l’un des canapés du salon. La maison était dévastée et les chambres à coucher n’avaient plus de toit. Quand on se couchait sur les lits, on apercevait le ciel noir et chargé, des éclairs en bouche de fusil et des rayures de pluie. Dans la nuit, elle fut réveillée par un éclat de tonnerre et Du Guesclin hurla à la mort.

Elle compta un, deux, pour situer la présence de l’orage et n’eut pas le temps d’aller jusqu’à trois, la foudre illumina le parc. Il y eut un craquement terrible, le bruit d’un arbre qui s’écroule. Elle courut à la fenêtre et vit le grand hêtre devant la maison s’abattre sur sa voiture. La voiture se plia en deux dans un bruit terrible de tôle écrasée. Ma voiture ! Elle se précipita sur l’interrupteur. Il n’y avait plus d’électricité. Un autre éclair éclata dans le ciel noir et elle eut le temps de vérifier que sa voiture était réduite à l’état de crêpe.

Le lendemain, elle appela monsieur Fauvet. La femme du couvreur lui répondit que son mari était débordé.

— Toutes les maisons sont touchées dans le pays. Y a pas que vous ! Il passera dans la matinée.

Elle attendrait. Elle disposa des bassines pour recueillir l’eau qui tombait par endroits. Hortense appela. Maman, je vais à Saint-Tropez, je suis invitée chez des amis. Je me suis fait chier à Korcula. Maman, j’aime plus les riches ! Non je plaisante. J’aime les riches intelligents, brillants, modestes, cultivés… Il en existe, tu crois ?

Zoé appela. La connexion était si mauvaise qu’elle n’attrapait qu’une syllabe sur deux. Elle entendit tout va bien, il ne me reste plus de batterie, je t’aime, on prolonge d’une semaine, Philippe est d’acc…

D’accord, murmura-t-elle au silence qui prolongea l’appel.

Elle alla dans la cuisine, ouvrit les placards, sortit un paquet de biscottes, de la confiture. Songea au congélateur et à tout ce qui allait être perdu. Je devrais appeler Iris, lui demander ce que je dois faire…

Elle appela Iris. Lui fit un rapport le moins alarmant possible, mais signala la panne d’électricité et du congélateur.

— Fais ce que tu veux, Jo. Si tu savais ce que je m’en fiche…

— Tout va être perdu !

— C’est pas un drame, répondit Iris d’une voix lasse.

— Tu as raison. Ne te fais pas de souci, je vais m’en occuper. Toi, ça va ?

— Oui. Il est rentré… Je suis si heureuse, Jo, si heureuse. Je crois que je découvre, enfin, ce que c’est que l’amour. Toute ma vie, j’ai espéré ce moment-là et voilà, il arrive. Grâce à lui. Je t’aime, Jo, je t’aime…

— Moi aussi, je t’aime, Iris.

— Je n’ai pas toujours été gentille avec toi…

— Oh ! Iris ! Ce n’est pas grave, tu sais !

— Je n’ai été gentille avec personne, mais je crois que j’attendais quelque chose de grand, de très grand, et que je l’ai enfin rencontré. J’apprends. Je me dépouille petit à petit. Tu sais que je ne me maquille plus ? Un jour il m’avait dit qu’il n’aimait pas les artifices et il avait effacé mon blush de son doigt. Je me prépare pour lui…

— Je suis heureuse que tu sois heureuse.

— Oh ! Jo, si heureuse…

Elle avait la voix pâteuse, traînait sur des syllabes, en escamotait d’autres. Elle a dû boire, hier soir, se dit Joséphine, désolée.

— Je t’appellerai demain pour te tenir au courant.

— Ce n’est pas la peine, Jo, occupe-toi de tout, je te fais confiance. Laisse-moi vivre mon amour. J’ai comme une vieille peau qui tombe… Il fallait que je sois seule, tu le comprends ? Nous avons très peu de temps à être ensemble. Je veux en profiter pleinement. Je vais peut-être aller m’installer chez lui…

Elle eut un petit rire de gamine. Joséphine repensa à la chambre austère, au crucifix, à sainte Thérèse de Lisieux et aux commandements de l’épouse parfaite. Il ne l’emmènerait pas chez lui.

— Je t’aime, ma petite sœur chérie. Merci d’avoir été si bonne avec moi…

— Iris ! Arrête, tu vas me faire pleurer !

— Réjouis-toi au contraire ! C’est nouveau pour moi, ce sentiment-là…

— Je comprends. Sois heureuse. Je vais rester ici. J’ai du boulot par-dessus la tête ! Hortense et Zoé ne rentrent pas avant dix jours. Profite ! Profite !

— Merci. Et surtout inutile de m’appeler… Je ne répondrai plus.

Le lendemain soir, Iris entendit un opéra, puis sa voix au téléphone. Elle reconnut Le Trouvère et fredonna un air, assise sur sa chaise, dans sa belle robe ivoire. Ivoire, tour d’ivoire. Nous sommes tous les deux dans notre tour d’ivoire. Mais, pensa-t-elle en bondissant sur ses pieds, peut-être croit-il que je suis partie ? Ou que je boude encore ? Oui, bien sûr ! Et puis, ce n’est pas à lui de venir à moi, c’est à moi d’aller à lui. En repentante. Il ne sait pas que j’ai changé. Il ne peut pas se douter.

Elle descendit. Frappa timidement. Il ouvrit, froid et majestueux.

— Oui ? demanda-t-il comme s’il ne la voyait pas.

— C’est moi…

— C’est qui, moi ?

— Iris…

— Ce n’est pas suffisant.

— Je viens vous demander pardon…

— C’est mieux…

— Pardon de vous avoir traité de menteur…

Elle avança dans l’entrebâillement de la porte. Il la repoussa du doigt.

— J’ai été frivole, égoïste, coléreuse… Pendant ces quinze jours toute seule, j’ai compris tant de choses, si vous saviez !

Elle tendit les bras vers lui en offrande. Il recula.

— Vous m’obéirez désormais, en tout et pour tout ?

— Oui.

Il lui fit signe d’entrer. L’arrêta immédiatement quand elle fit mine d’aller jusqu’au salon. Referma la porte derrière elle.

— J’ai passé de très mauvaises vacances à cause de vous…, dit-il.

— Je vous demande pardon… J’ai appris tant de choses !

— Et vous en avez encore beaucoup à apprendre ! Vous n’êtes qu’une petite fille égoïste et froide. Sans cœur.

— Je veux tout apprendre de vous…

— Ne m’interrompez pas quand je parle !

Elle se laissa tomber sur une chaise, cinglée par son ton autoritaire.

— Debout ! Je ne vous ai pas dit de vous asseoir.

Elle se releva.

— Vous allez obéir maintenant si vous voulez continuer à me voir…

— Je le veux ! Je le veux ! J’ai tellement envie de vous !

Il fit un bond en arrière, effrayé.

— Ne me touchez pas ! C’est moi qui décide, moi qui donne l’autorisation ! Vous voulez m’appartenir ?

— De toutes mes forces ! Je ne vis plus que dans cet espoir. J’ai compris tant de…

— Taisez-vous ! Ce que vous avez compris avec votre petit cerveau de femme futile ne m’intéresse pas. Vous m’entendez ?

Le petit frisson de plaisir revint crépiter entre ses jambes. Elle baissa les yeux, honteuse.

— Écoutez et répétez après moi…

Elle hocha la tête.

— Vous allez apprendre à m’attendre…

— Je vais apprendre à vous attendre.

— Vous allez m’obéir en tout et pour tout.

— Je vous obéirai en tout et pour tout.

— Sans poser de questions !

— Sans poser de questions…

— Sans jamais m’interrompre.

— Sans jamais vous interrompre.

— Je suis le maître.

— Vous êtes le maître.

— Vous êtes ma créature.

— Je suis votre créature.

— Vous ne ferez aucune objection.

— Je ne ferai aucune objection.

— Êtes-vous seule ou entourée ?

— Je suis seule. Je savais que vous alliez rentrer et j’ai éloigné Joséphine. Et ses filles, aussi.

— C’est parfait… Êtes-vous prête à recevoir ma loi ?

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