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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Il ricana.

— Vous aimez la manière forte, n’est-ce pas ?

Il se rapprocha d’elle. Lui retroussa les lèvres afin de vérifier la propreté des dents. Glissa un ongle pour retirer un reste de nourriture. Elle sentait son odeur d’homme fort, puissant. C’est bien, pensa-t-elle, qu’il en soit ainsi. Lui appartenir. Lui appartenir.

— Si vous obéissez en tout, si vous devenez pure comme chaque femme doit l’être, nous nous unirons…

Iris étouffa un petit cri de plaisir.

— Nous marcherons ensemble vers l’amour, le seul, celui qui doit être sanctionné par le mariage. À l’heure où je le déciderai… Et vous serez à moi. Dites, je le veux, je le désire et baisez ma main.

— Je le veux, je le désire…

Et elle lui baisa la main. Il l’envoya se coucher.

— Vous dormirez les jambes serrées afin qu’aucune pensée impure ne vous pénètre. Parfois, si vous êtes mauvaise, je vous attacherai. Ah ! j’oubliais, je déposerai à huit heures précises, chaque matin, sur la table de votre cuisine, deux tranches de jambon blanc, du riz blanc que vous ferez cuire. Vous ne mangerez que ça. C’est tout. Allez vous coucher. Vos mains sont propres ? Vous vous êtes lavé les dents ? Votre vêtement de nuit est-il prêt ?

Elle secoua la tête. Il lui pinça la joue violemment, elle étouffa un cri.

— Répondez. Je n’admettrai aucune entorse à la règle ou il vous en cuira.

— Non, maître !

— Vous allez le faire. J’attendrai. Dépêchez-vous…

Elle s’exécuta. Il tourna le dos pour ne pas la voir se déshabiller.

Elle glissa dans son lit.

— Vous avez une chemise blanche ?

— Oui, maître.

Il se rapprocha du lit et lui flatta la tête.

— Dormez maintenant !

Iris ferma les yeux. Elle entendit la porte claquer derrière lui. La clé tourner dans la serrure.

Elle était prisonnière. Prisonnière de l’amour.

Deux fois par jour, Joséphine appelait monsieur Fauvet et parlait à madame Fauvet. Elle insistait, disait qu’à chaque bourrasque de nouvelles ardoises s’envolaient, que c’était dangereux, que la maison prenait l’eau, que bientôt la batterie de son portable serait à plat et qu’elle ne pourrait plus la joindre. Madame Fauvet disait « oui, oui, mon mari va venir… », et elle raccrochait.

Il pleuvait sans discontinuer. Même Du Guesclin ne voulait plus sortir. Il montait sur la terrasse dévastée, humait le vent, levait la patte contre des pots en terre fracassés et redescendait en soupirant. C’était vraiment un temps à ne pas mettre un chien dehors.

Joséphine dormait dans le salon. Prenait des douches froides, dévalisait le congélateur. Mangeait toutes les glaces, des Ben & Jerry, des Häagen-Dazs, des chocolate chocolate chips, des pralines and cream. Ça lui était égal de grossir. Il ne viendrait pas. Elle regardait son visage dans la cuillère, gonflait les joues, trouvait qu’elle ressemblait à une jatte de crème fraîche, se barbouillait de chocolat. Du Guesclin léchait le couvercle des pots. Il la regardait avec dévotion, tortillait du train en attendant qu’elle dépose un nouveau couvercle. Tu as une fiancée, Du Guesclin ? Tu lui parles ou tu te contentes de lui grimper dessus ? C’est fatigant, tu sais, c’est fatigant les sentiments ! C’est plus simple de manger, de se remplir de gras et de sucré. Du Guesclin n’a jamais eu ces problèmes, il n’est jamais tombé amoureux, il troussait les filles et laissait plein de petits bâtards derrière lui qui, à peine sortis de leurs couches, partaient faire la guerre aux côtés de leur père. Il n’était bon qu’à ça. À inventer des stratégies et à remporter des batailles. Avec cinquante hommes en haillons, il écrasait une armée de cinq cents Anglais en armures et catapultes ! En se déguisant en petite vieille avec des fagots sur le dos. Tu te rends compte ! La petite vieille se faufilait dans les remparts de la ville à prendre et, une fois à l’intérieur, Du Guesclin tirait son épée et embrochait des rangs entiers d’Anglais. En temps de paix, il s’ennuyait. Il avait épousé une femme savante et plus âgée que lui, une experte en astrologie. À la veille de chaque bataille, elle lui faisait une prédiction et ne se trompait jamais ! On a retiré la guerre aux hommes, alors ils ne savent plus qui ils sont. En temps de paix, Du Guesclin tournait en rond et ne faisait que des bêtises. Le seul problème des crèmes glacées, mon vieux Du Guesclin, c’est qu’après, tu es légèrement écœurée et tu as envie de dormir, mais tu es si lourde que tu n’arrives même plus à attraper le sommeil, tu gigotes comme une bouteille de lait et il s’enfuit.

Son portable sonna. Un texto. Elle le lut. Luca !

Vous savez, Joséphine, vous savez, n’est-ce pas ?

Elle ne répondit pas. Je sais, mais je m’en moque bien. Je suis avec Du Guesclin, bien à l’abri sous un toit en lambeaux dans une belle couverture en mohair rose qui me chatouille le nez.

— Tu sais, le seul problème aujourd’hui, c’est qu’on parle avec son chien… Ce n’est pas normal. Je t’aime beaucoup, beaucoup, mais tu ne remplaces pas Philippe…

Du Guesclin gémit comme s’il en était désolé.

Le portable sonna. Un nouveau texto de Luca.

Vous ne répondez pas ?

Elle ne répondrait pas. Bientôt elle n’aurait plus de batterie, elle ne voulait pas gâcher ses dernières munitions pour Luca Giambelli. Ou plutôt Vittorio.

Elle avait trouvé sur une étagère une vieille édition de La Cousine Bette de Balzac et l’avez ouvert en le respirant. Le livre sentait la sacristie, le linge pieux et le papier moisi. Elle lirait La Cousine Bette à la lueur d’une bougie, la nuit. À voix haute. Elle s’enroula dans la couverture, approcha la bougie, une belle bougie rouge qui se consumait sans couler et commença :

— « Où la passion va-t-elle se nicher ? Vers le milieu du mois de juillet de l’année 1838, une de ces voitures nouvellement mises en circulation sur les places de Paris et nommées des milords cheminait, rue de l’Université, portant un gros homme de taille moyenne, en uniforme de la garde nationale. Dans le nombre de ces Parisiens accusés d’être si spirituels, il s’en trouve qui se croient infiniment mieux en uniformes que dans leurs habits ordinaires et qui supposent chez les femmes des goûts assez dépravés pour imaginer qu’elles seront favorablement impressionnées à l’aspect d’un bonnet à poil et par le harnais militaire… » Tu vois, Du Guesclin, c’est tout l’art de Balzac, il nous décrit les vêtements d’un homme et on entre dans son âme ! Du détail, encore du détail ! Mais pour récolter les détails, il faut prendre son temps, savoir le perdre, le laisser musarder afin qu’il aille dénicher un mot, une image, une idée. On n’écrit plus comme Balzac aujourd’hui parce qu’on ne perd plus de temps. On dit « ça sent bon », « il fait beau », « il fait froid », « il est bien habillé » sans chercher les petits mots qui iront comme des gants et montreront indirectement qu’il fait beau, que ça sent bon, qu’un homme est fringant.

Elle posa le livre et réfléchit. J’aurais peut-être dû parler de Luca à Garibaldi. Il l’aurait inscrit sur sa liste de suspects. J’ai eu tort. Je me suis emportée contre lui et j’ai omis de parler du plus menaçant d’entre tous ! Elle remonta la couverture, lissa les longs poils de mohair rose en une mèche raide et reprit le livre. Elle fut interrompue par une nouvelle sonnerie. Un troisième texto.

Je sais où vous êtes, Joséphine. Répondez-moi.

Son cœur se mit à battre. Et s’il disait vrai ?

Elle tenta de joindre Iris. En vain. Elle devait dîner avec le bel Hervé. Elle vérifia que toutes les portes étaient fermées. Les fenêtres, de grandes baies vitrées au verre épais, étaient certifiées antichoc. Mais s’il passait par le toit ? Il y a des ouvertures partout. Il suffit d’escalader la façade, de passer par un balcon. Je vais éteindre la bougie. Il ne saura pas que je suis là. Oui mais… il verra la voiture écrasée sous l’arbre.

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