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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Et puis il y eut un mitraillage de textos. « Je suis sur la route, j’arrive », « Répondez, vous me rendez fou ! », « Vous ne vous en tirerez pas comme ça. », « J’approche et vous ferez moins la fière. » « Salope ! La salope ! », « Je suis à Touques. » À Touques ! Elle jeta un regard alarmé à Du Guesclin qui ne bougeait pas. La tête posée sur ses pattes, il attendait qu’elle reprenne sa lecture ou ouvre un nouveau pot de glace. Elle courut à la fenêtre pour scruter le parc dans la nuit. Il a dû apprendre par sa concierge que j’étais venue, elle a parlé, il a peur que je clame à toute l’université française qu’il est cet homme ridicule qui s’affiche en slip sur des panneaux publicitaires. Ou il sait que j’ai vu plusieurs fois Garibaldi…

Je vais appeler Garibaldi…

Je n’ai que le numéro de son bureau…

Elle essaya à nouveau de joindre Iris. Elle entendit le répondeur.

Un nouveau signal, un nouveau message.

Le parc est beau, la mer si proche. Allez à la fenêtre, vous me verrez. Préparez-vous.

Elle s’approcha de la fenêtre, prit appui en tremblant sur le rebord, jeta un œil dehors. La nuit était si noire qu’elle ne voyait que des ombres géantes qui bougeaient, animées par le vent. Des arbres qui se penchaient, des branches qui craquaient, une bourrasque qui arrachait les feuilles qui tombaient en tourbillons… Elles ont toutes été poignardées. En plein cœur. Une main qui coule autour de votre cou, serre, serre, vous maintient dans un étau et l’autre qui enfonce le couteau. Le soir où j’ai été agressée, il voulait me parler, « il faut que je vous parle, Joséphine, c’est important ». Il voulait se confesser, il n’en a pas eu le courage, il a préféré m’éliminer. Il m’a laissée pour morte. Il n’a plus appelé pendant deux jours. J’avais laissé trois messages sur son portable. Il ne répondait pas. Et son indifférence quand on s’était retrouvés au bord du lac. Sa froideur quand je lui ai raconté l’agression. Il se demandait simplement comment j’avais pu en réchapper… C’est la seule chose qui le préoccupait. Ça ne tient pas debout ! Madame Berthier, la Bassonnière, la petite serveuse ? Elles ne le connaissaient pas. Qu’est-ce que tu en sais ? Qu’est-ce que tu sais de sa vie ? La Bassonnière en savait plus que toi.

Elle tremblait si fort qu’elle n’arrivait pas à s’éloigner de la fenêtre. Il va entrer, il va me tuer, Iris ne répond pas, Garibaldi ne sait rien, Philippe rit dans un pub avec Dottie Doolittle, je vais mourir toute seule. Mes petites filles, mes petites filles…

De grosses larmes coulèrent sur ses joues. Elle les essuya du revers de la main. Du Guesclin dressa l’oreille. Il avait entendu quelque chose ? Il se mit à aboyer.

— Tais-toi, tais-toi ! Tu vas nous faire repérer !

Il aboyait de plus en plus fort, tournait dans le salon, se dressa contre la fenêtre et posa ses pattes contre la vitre.

— Arrête ! Il va nous voir…

Elle risqua un œil au-dehors, aperçut une voiture qui avançait dans l’allée, les phares allumés. Cela fit un projecteur de lumière dans la pièce et elle s’aplatit par terre. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Papa, protège-moi, protège-moi, je ne veux pas souffrir, fais qu’il me tue tout de suite, fais que je n’aie pas mal, j’ai peur, oh ! j’ai peur…

Du Guesclin aboyait, soufflait, se heurtait dans le noir aux meubles du salon. Joséphine trouva le courage de se relever et chercha un endroit où se cacher. Pensa à la buanderie. La porte était épaisse, munie de serrures. Pourvu qu’il me reste un peu de batterie ! Je vais appeler Hortense. Elle saura. Elle ne panique jamais, elle me dira, maman, t’en fais pas, je prends tout en main, j’appelle la police, le principal, dans ces cas-là, c’est surtout de ne pas montrer qu’on a peur, essaie de te planquer et si tu n’y arrives pas, parle-lui, distrais-le, parle-lui posément calmement, occupe-le, le temps que les flics arrivent… Elle allait appeler Hortense.

Elle se dirigea, toujours à quatre pattes, vers la buanderie. Du Guesclin restait devant la porte de l’entrée, le front bas, les épaules en avant, comme s’il allait charger l’adversaire. Elle chuchota « viens, on bat en retraite », mais il resta aux aguets, menaçant, écumant, le poil dressé.

Elle entendit des pas sur les gravillons. Des pas lourds. L’homme avançait, sûr de lui, sûr de la trouver là. L’homme approchait. Elle entendit une clé tourner dans la porte. Un verrou, deux verrous, trois verrous…

Une voix forte retentit :

— Y a quelqu’un ?

C’était Philippe.

Un matin, Iris se réveilla et le trouva debout au pied de son lit. Elle sursauta. Elle n’avait pas entendu le réveil ! Elle ne leva pas le bras pour se protéger du coup de cravache qui allait sanctionner sa faute. Elle baissa les yeux et attendit.

Il ne la battit pas. Ne releva pas le moindre écart à la règle. Il tourna autour du lit, ploya la cravache, en cingla l’air et déclara :

— Aujourd’hui, vous ne mangerez pas. J’ai posé des tranches de jambon blanc et du riz sur la table, mais vous n’avez pas le droit d’y toucher. Les tranches sont belles. C’est du jambon blanc de bonne qualité, de belles tranches épaisses, odorantes dont les effluves viendront vous tenter. Vous passerez la journée sur votre chaise à lire votre livre de prières et je viendrai vérifier, le soir, si les tranches sont intactes. Vous êtes sale. Le travail est plus important que je ne le pensais. Il faut nettoyer en grand afin que vous fassiez une belle épousée.

Il fit quelques pas. Releva du bout de la cravache le dessus-de-lit pour vérifier si le sol était propre. Le laissa retomber, satisfait.

— Vous aurez, bien sûr, fait le ménage comme chaque matin mais vous ne mangerez pas. Vous aurez droit à deux verres d’eau. Je les ai posés sur la table. Vous devez les boire en imaginant la source qui coule et vous purifie. Ensuite, quand vous aurez fini le ménage, vous gagnerez votre chaise, vous lirez et vous m’attendrez. Est-ce clair ?

Elle gémit « oui, maître », sentant la faim qui la tenaillait depuis la veille se réveiller comme une bête dans son ventre.

— Pour vérifier que vous êtes restée bien sagement à étudier votre livre de prières, je vais vous en donner une que vous apprendrez par cœur et que vous devrez me réciter SANS FAIRE DE FAUTES car le moindre bafouillage sera puni et de façon que vous reteniez la leçon. Compris ?

Elle baissa les yeux et soupira : « oui, maître ».

Il la cingla d’un coup de cravache.

— Je n’ai pas entendu !

— Oui, maître, cria-t-elle, les larmes coulant sur sa poitrine.

Il prit son livre de prières, le feuilleta, en trouva une qui sembla le satisfaire, et commença à la lire à voix haute.

— C’est un extrait de l’Imitation de Jésus-Christ. Cela s’intitule De la résistance qu’il faut apporter aux tentations. Vous n’avez jamais su résister aux tentations. Ce texte va vous l’apprendre.

Il s’éclaircit la voix et commença :

— « Nous ne pouvons être sans afflictions et sans tentations tant que nous vivons en ce monde. C’est ce qui a fait dire à Job que la vie de l’homme sur la terre est une tentation continuelle. C’est pourquoi chacun devrait se précautionner contre les tentations auxquelles il est sujet et veiller en prière de peur que le démon qui ne s’endort jamais et qui rôde de tous côtés cherchant qui dévorer ne trouve l’occasion de nous surprendre. Il n’y a point d’homme si parfait et si saint qui n’ait quelques fois des tentations et nous ne pouvons en être entièrement exempts. Cependant, bien que ces tentations soient fâcheuses et rudes, elles sont souvent pour nous d’une grande utilité parce qu’elles servent à nous humilier, à nous purifier, à nous instruire. Tous les saints ont passé par de grandes tentations et de rudes épreuves et ils y ont trouvé leur avancement… »

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