La valse lente des tortues
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:
— Tu as des nouvelles de mon mari ? avait-elle demandé, amusée, la fourchette en l’air.
Joséphine avait rougi et répondu « non, aucune ».
— Ça ne m’étonne pas ! Des filles comme toi, y en a des milliers ! Tu n’es pas triste ?
— Non. Pourquoi serais-je triste ? On s’entendait bien, c’est tout. Et tu en as fait toute une histoire…
— Mais non ! Je vois simplement avec quelle facilité il m’a larguée, pas un mot, pas un coup de fil, et j’en déduis que l’homme est superficiel et léger. Ce doit être la crise de la cinquantaine. Il papillonne… Mais quand même, vous étiez très proches, non ?
— C’était surtout à cause des enfants…
Joséphine avait repoussé son assiettée de pâtes.
— Tu as plus faim ?
— Il fait trop chaud.
— Mais d’après toi, il m’a aimée, hein ?
— Oui, Iris. Il t’a aimée, il a été fou de toi et à mon avis, il l’est encore…
— Tu crois vraiment ? avait demandé Iris en écarquillant les yeux.
— Oui. Je crois que vous traversez une crise, mais qu’il reviendra.
— Tu es vraiment gentille, Jo. Ça me fait du bien d’entendre ça, même si ce n’est pas vrai. Excuse-moi pour tout à l’heure…
— Pour quoi ?
— Quand j’ai dit que des filles comme toi, y en avait des milliers…
— Je n’avais même pas relevé !
— Moi, je me serais vexée… Je ne connais personne d’aussi gentil que toi.
Joséphine s’était levée, avait mis son assiette dans le lave-vaisselle et avait lancé « je vais aller travailler une heure et puis hop ! au lit ! ».
On avait sonné. C’était Iphigénie.
— Madame Cortès ! Vous voulez pas venir avec moi ? Y a une fuite d’eau chez les Lefloc-Pignel, faut que j’aille voir et j’ai pas envie d’y aller toute seule. Des fois qu’ils disent que j’ai piqué quelque chose !
— J’arrive, Iphigénie !
— Je peux venir avec vous ? demanda Iris.
— Non, madame Dupin, il aimerait pas que je fasse visiter.
— Il ne le saura pas ! J’aimerais tellement voir où il habite…
— Eh bien, vous le verrez pas ! J’ai pas envie d’avoir des ennuis, moi !
Iris s’était rassise et avait repoussé son assiette de spaghettis.
— J’en ai marre de cette vie, mais marre ! Vous m’emmerdez tous ! Et toutes ! Tirez-vous !
Iphigénie avait tourné les talons en faisant son bruit de trompette et Joséphine l’avait suivie.
— Celle-là, alors ! Je me demande comment vous pouvez être sœurs !
— Je ne la supporte plus, Iphigénie, c’est horrible ! Je n’entends plus quand elle parle. Elle devient une caricature d’elle-même. Comment peut-on changer aussi vite ? C’était la femme la plus élégante, la plus sophistiquée, la plus distinguée du monde et elle est devenue…
— Une pouffe aigrie. C’est tout ce qu’elle est !
— Non. Là, vous exagérez ! Il ne faut pas oublier qu’elle est malheureuse !
— Mais vous me cassez le cul avec votre pitié, madame Cortès ! Elle est riche qu’elle en peut plus, elle a un mari qui paie pour tout, pas besoin de travailler et elle pleurniche ! Les riches, c’est toujours comme ça, ils veulent tout. Comme ils ont de l’argent, ils croient qu’ils peuvent tout acheter, y compris le bonheur, et ils sont furieux quand ils sont malheureux !
L’appartement des Lefloc-Pignel était plongé dans la pénombre et elles entrèrent sur la pointe des pieds. J’ai l’impression d’être un cambrioleur, chuchota Joséphine. Et moi, un plombier ! répondit Iphigénie qui fila à la cuisine couper l’eau. Joséphine traîna dans l’appartement. Dans le salon, chaque meuble était recouvert d’un drap blanc. On se serait cru dans une réunion de fantômes. Elle identifia deux chauffeuses, une bergère, un canapé, un piano, et, au milieu de la pièce, un grand meuble rectangulaire qui trônait tel un cercueil sur un catafalque. Elle souleva un coin du drap et découvrit un immense aquarium, sans eau, rempli de cailloux, de pierres plates, de branches d’arbres, de morceaux d’écorce, de racines, de tessons de pots en terre cuite, de coupelles d’eau et de pousses de roseau. Qu’est-ce qu’ils gardent là-dedans ? Des furets, des mygales, des boas constrictors ? Mais où les mettent-ils quand ils partent en vacances ?
Elle passa dans une chambre qui devait être celle des parents. Les doubles rideaux étaient tirés, les volets baissés. Elle alluma la lumière et un grand lustre en gouttes de verre blanc éclaira la pièce. Au-dessus du lit, il y avait un crucifix avec un morceau de buis sec et une image de sainte Thérèse de Lisieux. Joséphine s’approcha des cadres exposés sur les murs pour regarder les photos de la famille. Elle y découvrit monsieur et madame, le jour de leur mariage. Longue robe blanche de la mariée, queue-de-pie et haut-de-forme pour le marié. Ils souriaient. Madame Lefloc-Pignel posait, la tête abandonnée sur l’épaule de son mari. Elle avait l’air d’une première communiante. Dans les autres cadres, on pouvait suivre le baptême des trois enfants, les différentes étapes de leur éducation religieuse, les Noëls en famille, les randonnées à cheval, les parties de tennis, les goûters d’anniversaire. Juste à côté des photos, dans un cadre doré, Joséphine aperçut un document écrit en lettres majuscules et grasses. Elle se pencha et lut :
Extrait d’un manuel catholique
d’économie domestique pour
les femmes, publié en 1960
Vous vous êtes mariée devant Dieu et les hommes.
Vous devez être à la hauteur de votre mission.
LE SOIR QUAND IL RENTRE
Préparez les choses à l’avance afin qu’un délicieux repas l’attende. C’est une façon de lui faire savoir que vous avez pensé à lui et que vous vous souciez de ses besoins.
SOYEZ PRÊTE
Prenez quinze minutes pour vous reposer afin d’être détendue. Retouchez votre maquillage, mettez un ruban dans vos cheveux et soyez fraîche et avenante. Il a passé la journée en compagnie de gens surchargés de soucis et de travail. Sa dure journée a besoin d’être égayée, c’est un de vos devoirs de faire en sorte qu’elle le soit. Votre mari aura le sentiment d’avoir atteint un havre de repos et d’ordre et cela vous rendra également heureuse.
En définitive, veiller à son confort vous procurera une immense satisfaction personnelle.
RÉDUISEZ TOUS LES BRUITS AU MAXIMUM
Au moment de son arrivée, éliminez tous les bruits de machine à laver, séchoir à linge ou aspirateur. Encouragez les enfants à être calmes. Accueillez-le avec un chaleureux sourire et montrez de la sincérité dans votre désir de lui plaire.
ÉCOUTEZ-LE
Il se peut que vous ayez une douzaine de choses importantes à lui dire, mais son arrivée à la maison n’est pas le moment opportun. Laissez-le parler d’abord, souvenez-vous que ses sujets de conversation sont plus importants que les vôtres.
NE VOUS PLAIGNEZ JAMAIS S’IL RENTRE TARD
Ou sort pour dîner ou pour aller dans d’autres lieux de divertissement sans vous.
NE L’ACCUEILLEZ PAS AVEC VOS PLAINTES ET VOS PROBLÈMES
Installez-le confortablement. Proposez-lui de se détendre dans une chaise confortable ou d’aller s’étendre dans la chambre à coucher. Parlez d’une voix douce, apaisante. Ne lui posez pas de questions et ne remettez jamais en cause son jugement ou son intégrité. Souvenez-vous qu’il est le maître du foyer et qu’en tant que tel, il exercera toujours sa volonté avec justice et honnêteté.