Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Ce n’était qu’une enveloppe et pourtant Sheemie trouvait qu’elle pesait des tonnes et jugeait effrayant de l’avoir entre les mains, comme si elle était faite de peau humaine au lieu de papier. Quel genre de lettre Rhéa pouvait-elle bien envoyer à Cordélia Delgado ? Sheemie se rappela le jour où il avait vu sai Delgado, le visage couvert de toiles d’araignées ou tout comme, et fut pris de frissons. L’horrible créature qui se dissimulait devant lui dans l’embrasure de sa masure pourrait bien être celle qui avait tissé ces mêmes toiles d’araignées.
— Si jamais tu la perds, je le saurai, murmura Rhéa. Si tu la montres à quelqu’un d’autre, je le saurai. Souviens-t’en, fils de Stanley, je vois loin.
— Je ferai attention, sai.
Il vaudrait peut-être mieux qu’il perde l’enveloppe, mais il n’en ferait rien. Sheemie avait beau être faible d’esprit, comme tout un chacun le disait, il ne l’était pas au point de ne pas avoir compris pourquoi on l’avait fait monter jusqu’ici : pas pour livrer un tonneau de graf, mais pour qu’on lui confie cette lettre et qu’il la remette en main propre à sa destinataire.
— T’aurais point envie d’entrer un moment ? susurra-t-elle soudain, pointant un doigt sur l’entrecuisse de Sheemie. Si tu manges un petit morceau de champignon de ma spécialité, je prendrai la figure de la personne qui te plaît, si fait.
— Oh, mais j’peux point, fit-il, agrippant son pantalon à deux mains avec un très grand sourire, ressemblant au cri de tout son être qu’il n’arrivait pas à pousser. « Ce machin si enquiquinant, il est tombé tout seul la semaine dernière, si fait. »
Un instant, Rhéa le regarda bouche bée, vraiment surprise pour l’une des rares fois de sa vie. Puis, à nouveau, elle partit de son rire creux et étouffé. Elle se tenait le ventre de ses mains cireuses, se balançant d’avant en arrière sous le coup de l’hilarité. Ermot se sauva craintivement dans la maison, vert zigzag à rallonge. Quelque part à l’intérieur, le chat salua le retour du serpent en crachant.
— Allez, fit Rhéa, riant toujours.
Elle se pencha et laissa tomber trois, quatre piécettes dans la poche de sa chemise.
— Va-t’en d’ici, espèce de grand flandrin ! Et musarde point non plus à regarder les fleurs !
— Nenni, sai…
Avant d’avoir pu en dire plus, elle lui claqua la porte au nez si fort que de petits nuages de poussière s’insinuèrent par les planches disjointes.
Roland surprit Cuthbert en suggérant sur le coup de deux heures de l’après-midi qu’ils retournent au Bar K. Quand Bert demanda pourquoi, Roland se contenta de hausser les épaules, refusant d’en dire davantage. Bert, regardant Alain, aperçut sur son visage une étrange expression rêveuse.
Comme ils approchaient du baraquement, Cuthbert fut saisi d’un mauvais pressentiment. Arrivant au sommet d’une côte, ils observèrent le Bar K en contrebas. La porte du baraquement était ouverte.
— Roland ! s’écria Alain.
Il montrait du doigt le bosquet de peupliers qui marquait l’emplacement de la source du ranch. Leurs vêtements, qu’ils avaient laissés soigneusement étendus à sécher, étaient à présent dispersés aux quatre diables.
Cuthbert descendit de sa monture et courut vers eux. Il ramassa une chemise et la jeta au loin après l’avoir reniflée.
— On a pissé dessus ! s’écria-t-il avec indignation.
— Venez, fit Roland. Allons voir les dégâts.
Et les dégâts étaient nombreux. Comme tu t’y attendais, songea Cuthbert, l’œil fixé sur Roland. Puis il se tourna vers Alain qui, rembruni, n’avait pas l’air surpris outre mesure. Comme vous vous y attendiez tous les deux.
Roland se pencha sur le cadavre de l’un des pigeons et en extirpa quelque chose de si fin que Cuthbert ne distingua pas d’emblée de quoi il s’agissait. Puis il se redressa et, le tenant entre le pouce et l’index, le montra à ses amis. C’était un simple cheveu. Très long, très blanc. Ouvrant les doigts, il le laissa voleter sur le sol où il atterrit parmi les restes du portrait déchiré des parents de Cuthbert Allgood.
— Si tu savais que le vieux charognard était ici, pourquoi on est pas revenus lui couper le sifflet ? Cuthbert se surprit à demander.
— Parce que le moment était mal choisi, dit Roland doucement.
— Lui ne se serait pas gêné, si l’un de nous était allé chez lui saccager ses affaires.
— Mais nous ne sommes pas lui, dit Roland doucement.
— Je vais le retrouver, lui exploser les dents et les lui faire cracher par la nuque.
— Certainement pas, dit Roland doucement.
Au prochain mot prononcé doucement par Roland, Bert allait devenir fou. Toute notion de camaraderie et de ka-tet avait déserté son esprit, oblitérée par une colère noire pure et simple. Jonas était venu ici. Il avait pissé sur leurs habits, traité la mère d’Alain de pute, déchiré les portraits auxquels ils tenaient comme à la prunelle de leurs yeux, peint des obscénités puériles sur les murs et tué leurs pigeons voyageurs. Roland l’avait su… n’avait rien fait… avait l’intention de continuer à ne rien faire. À part baiser sa gueuse. Il pourrait le faire à foison, si fait, puisque c’était tout ce qui lui importait maintenant.
Mais elle va pas beaucoup aimer ton portrait la prochaine fois que tu la monteras en selle, songea Cuthbert. Je m’en vais veiller à ça.
Il s’apprêtait à lui donner un coup de poing, mais fut arrêté dans son geste par Alain. Roland se détourna et se mit à ramasser les couvertures éparses, comme si l’air furieux et le poing levé de Cuthbert ne le concernaient tout bonnement pas.
Cuthbert serra l’autre poing, comptant obliger Alain à le lâcher coûte que coûte. Mais à voir la face ronde et honnête de son ami, toutes candeur et consternation dehors, sa rage se calma un peu. Il n’avait pas de différend avec Alain. Cuthbert était sûr que son camarade avait su qu’il se passait quelque chose de moche ici, mais il était certain aussi que Roland avait insisté pour qu’Alain ne bouge pas tant que Jonas n’était pas parti.
— Suis-moi, marmonna Alain, entourant les épaules de Bert de son bras. Dehors. Au nom de ton père, viens. Il faut que tu relâches la pression. Ce n’est pas le moment qu’on se batte entre nous.
— Ce n’est pas non plus le moment que notre chef perde la boule en se vidant les couilles, fit Cuthbert, sans faire l’effort de baisser la voix.
Mais quand Alain le tira par la manche une seconde fois, Bert se laissa entraîner vers la porte.
Je vais laisser retomber ma colère contre lui encore cette fois, soit, songea-t-il, mais je pense — non, je sais — que ce sera la dernière. Il faudra que je dise à Alain de le prévenir.
L’idée d’utiliser Alain comme intermédiaire entre lui et son meilleur ami — de savoir que les choses en étaient arrivées à ce point — remplissait Cuthbert de désespoir et de fureur et, sur le seuil, il se retourna vers Roland.
— Elle a fait de toi un lâche, dit-il dans le Haut Parler.
À ses côtés, Alain retint son souffle, estomaqué.
Roland, dos à eux, les bras chargés de couvertures, s’immobilisa, comme métamorphosé soudain en pierre. À cet instant, Cuthbert fut persuadé que Roland allait faire volte-face et se précipiter sur lui. Ils se battraient, probablement jusqu’à ce l’un d’eux meure, soit aveugle ou K-O. Et probablement que ce serait lui, mais il s’en fichait éperdument.