Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Mais Roland ne fit pas volte-face. Au lieu de ça, il dit, adoptant lui aussi le Haut Parler : Il est venu nous dépouiller de notre ruse et de notre prudence. Avec toi, il a réussi son coup.
— Non, dit Cuthbert, revenant au Bas Langage. Je sais qu’une partie de toi le croit, mais ce n’est pas vrai. Ce qui l’est, par contre, c’est que tu as perdu la boussole. Tu baptises amour ton insouciance et tu te fais une vertu de ton irresponsabilité. Je…
— Pour l’amour des dieux, viens !
Alain, grognant à demi, le tira au-delà de la porte.
Une fois Roland hors de sa vue, Cuthbert, malgré qu’il en ait, sentit sa rage se reporter contre Alain, telle une girouette au gré du vent. Tous deux se faisaient face dans la cour ensoleillée. Alain avait un air malheureux et angoissé ; Cuthbert serrait les poings si fort qu’il en tremblait.
— Pourquoi tu l’excuses toujours ? Pourquoi ?
— Là-haut sur l’Aplomb, il m’a demandé si je lui faisais confiance. Je lui ai dit que oui. Et c’est vrai.
— Alors, tu es un imbécile.
— Et lui, un pistolero. S’il dit qu’on doit encore attendre, c’est qu’il le faut.
— C’est un pistolero par accident ! Un phénomène de foire ! Un « muté » !
Alain le dévisagea, muet de saisissement.
— Viens avec moi, Alain. Il est temps de mettre fin à ce jeu de dingues. On va aller trouver Jonas et le tuer. Notre ka-tet est brisé. Toi et moi, on va en former un nouveau.
— Il n’est pas brisé. Si jamais il se brise, ce sera toi le responsable. Et je ne te le pardonnerai jamais.
C’était maintenant au tour de Cuthbert de rester muet.
— Pourquoi t’irais pas faire une longue balade à cheval ? Pour retrouver ton sang-froid. Tant de choses dépendent de notre camaraderie…
— Va le lui dire à lui !
— Non, c’est à toi que je le dis. Jonas a insulté ma mère. Tu crois que je ne te suivrais pas rien que pour la venger, si je n’étais pas persuadé que Roland a raison ? Qu’est-ce que cherche Jonas ? Si ce n’est qu’on perde la tête et qu’on contourne notre Butte en chargeant à l’aveuglette.
— C’est vrai et faux en même temps, dit Cuthbert.
Cependant ses doigts se desserraient lentement.
— Tu ne vois rien et je n’ai pas les mots pour me faire comprendre. Si je te dis que Susan a empoisonné l’eau du puits de notre ka-tet, tu vas me traiter de jaloux. Et pourtant, je pense qu’elle l’a fait, sans le savoir ni le vouloir. Elle lui a empoisonné l’esprit et la porte de l’enfer s’est ouverte. Roland sent la chaleur qui vient par cette porte et la confond avec ce qu’il ressent pour elle… mais nous, on doit faire mieux, Al. On doit penser mieux. Pour lui comme pour nous-mêmes et pour nos pères.
— Tu la juges notre ennemie ?
— Non ! Ce serait plus facile si elle l’était.
Il prit une profonde inspiration, expira, inspira puis expira à nouveau, inspira et expira une troisième fois. Il se sentait de plus en plus sain d’esprit, se retrouvant lui-même.
— Peu importe. Il n’y a rien d’autre à dire sur ce sujet pour le moment. Je vais suivre ton conseil qui me paraît bon — je crois que je vais aller faire un tour à cheval. Un long tour.
Bert se dirigeait vers sa monture quand il se retourna une dernière fois.
— Dis-lui qu’il a tort. Dis-lui que même s’il a raison d’attendre, ses bonnes raisons sont mauvaises et qu’il a donc tort sur toute la ligne.
Il hésita avant de poursuivre.
— Raconte-lui ce que je t’ai dit sur la porte de l’enfer. Dis-lui bien que c’est ce que m’a dit mon petit shining à moi. Tu lui diras ?
— Oui. Ne t’approche pas de Jonas, Bert.
Cuthbert se mit en selle.
— Je ne promets rien.
— Tu n’es pas encore un homme, fit Alain d’une voix pleine de tristesse, au bord des larmes. Aucun d’entre nous n’en est un.
— Espérons que tu te trompes, dit Cuthbert, car c’est un boulot d’homme qui nous attend.
Et faisant tourner bride à son cheval, il s’éloigna au galop.
Il remonta assez loin la Route Maritime, tâchant au début de ne pas penser. Il avait découvert que parfois des idées inattendues vous venaient à l’improviste si vous leur teniez la porte ouverte, et se révélaient souvent précieuses.
Mais rien de tel ne se produisit cet après-midi-là. Confus, malheureux et l’esprit vide de toute idée nouvelle (et sans même l’espoir qu’une ne survienne), Bert avait finalement rebroussé chemin vers Hambry. Il arpenta la Grand-Rue d’un bout à l’autre, sans descendre de cheval, faisant signe de la main ou s’arrêtant pour parler aux gens qui le saluèrent d’un Aïle. Tous trois avaient connu nombre de gens bien dans cette ville. Il en considérait certains comme des amis et sentait que les petites gens d’Hambry les avaient adoptés — eux, si jeunots, si loin de chez eux et de leurs familles. Et plus Bert apprenait à connaître ces gens-là, moins il les soupçonnait de faire partie du sale petit jeu que jouaient Rimer et Jonas. Pourquoi l’Homme de Bien avait-il jeté son dévolu sur Hambry si ce n’était qu’elle fournissait une excellente couverture ?
Il y avait beaucoup de monde dehors, ce jour-là. Le marché des produits fermiers était en pleine effervescence, les échoppes sur rue étaient bondées, les enfants riaient à un spectacle de marionnettes où l’on voyait Guignon courser le pauvre Gnafrol, son souffre-douleur de toujours, pour lui administrer une volée de coups de bâton. Et on s’activait à qui mieux mieux pour les décorations de la Fête de la Moisson. Pourtant Cuthbert ne sautait pas de joie en pensant à la Fête. Parce qu’il n’était pas chez lui, que ce n’était pas la Moisson de Gilead ? Peut-être… mais avant tout parce qu’il avait le cœur lourd et qu’un plus grand poids encore plombait son esprit. Si grandir faisait cet effet-là, il songeait qu’il se serait bien passé de cette expérience.
Il sortit de la ville, laissant l’océan derrière lui ; il avançait face au soleil et son ombre s’étirait toujours plus longue dans son dos. Il songeait qu’il quitterait bientôt la Grand-Route pour gagner le Bar K en chevauchant à travers l’Aplomb. Mais avant de pouvoir faire ouf, voici qu’il vit venir son vieil ami, Sheemie, menant un mulet. Sheemie avançait, tête basse, épaules tombantes, sa sombrera rose de travers, les bottes pleines de poussière. Cuthbert eut l’impression qu’il revenait à pied de l’autre bout de la terre.
— Sheemie ! s’écria Cuthbert, anticipant le rictus joyeux du simplet et son baratin loufoque. Que tes journées soient longues et tes nuits plaisantes ! Comment vas-t… ?
Sheemie releva la tête et, tandis que le bord de sa sombrera lui découvrait la figure, Cuthbert se tut devant l’expression terrorisée du garçon. Il avait le teint livide, l’œil hagard et la lèvre tremblante.
Sheemie aurait pu atteindre la maison Delgado deux bonnes heures plus tôt, s’il l’avait voulu. Mais il avait traîné comme une tortue, comme si la lettre dont il était porteur freinait son pas. C’était affreux, trop affreux. Il pouvait même point y penser, car son cogiteur était cassé, si fait.