Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
En un éclair, Cuthbert fut au bas de son cheval et se pressa vers Sheemie. Il le saisit aux épaules.
— Qu’est-ce qui se passe ? Raconte tout à ton vieux copain. Il se moquera pas de toi, parole.
En entendant la voix pleine de sympathie d’« Arthur Heath » et en le voyant si plein de sollicitude, Sheemie se mit à pleurer. L’ordre formel de Rhéa de ne rien dire à personne lui était sorti de la tête, il fit un récit complet entrecoupé de sanglots de ce qui lui était arrivé au cours de la matinée. À deux reprises, Cuthbert lui demanda de ralentir son débit, mais ce ne fut qu’une fois qu’il eut conduit Sheemie à l’ombre d’un arbre où ils s’assirent tous deux, que ce dernier put y arriver. Cuthbert l’écouta avec un malaise grandissant. À la fin de son histoire, Sheemie sortit une enveloppe de sa chemise.
Cuthbert brisa le sceau et lut le contenu ; ses yeux devinrent grands comme des soucoupes.
Roy Depape attendait Jonas au Repos des Voyageurs quand ce dernier revint d’excellente humeur de son expédition au Bar K. Une estafette avait fini par pointer son nez, lui annonça Depape, et la bonne humeur de Jonas monta encore d’un cran. Sauf que Roy n’avait pas l’air aussi satisfait que Jonas l’aurait cru. Et même pas satisfait du tout.
— L’individu a poussé jusqu’à Front de Mer, où je devine qu’il est attendu, dit Depape. Il veut te voir tout de suite. Si j’étais toi, je m’attarderais pas à grignoter ici, pas même un popkin. Je boirais même pas un coup. Vaut mieux avoir l’esprit clair pour traiter avec ce genre d’individu.
— On conseille gratis aujourd’hui, pas vrai, Roy ? fit Jonas d’un ton lourdement sarcastique.
Néanmoins, quand Pettie lui servit un baby whiskey, il le refusa net et demanda un verre d’eau à la place. Roy tirait une drôle de gueule, décida Jonas. Deux fois trop pâlichon, qu’il était le père Roy. Et quand Sheb s’installa devant le clavier et plaqua un accord, Depape pivota vivement dans sa direction, une main sur la crosse de son arme. Intéressant. Et un peu inquiétant.
— Allez, accouche, fiston, qu’est-ce qui te défrise autant le poil ?
Roy secoua la tête, l’air renfrogné.
— J’sais pas vraiment.
— Il s’appelle comment, l’individu ?
— Je lui ai pas demandé, et il me l’a pas dit. Il m’a montré le sigleu de Farson quand même. Tu sais bien.
Depape baissa la voix.
— L’œil.
Jonas savait, bien sûr. Il détestait cet œil fixe grand ouvert, n’arrivait pas à imaginer quelle mouche avait piqué Farson pour qu’il aille choisir un truc pareil. Pourquoi pas un poing dans un gantelet en cotte de mailles ? Ou bien des épées en faisceau ? Ou encore un oiseau ? Un faucon, par exemple — un faucon aurait fait un très bon sigleu. Mais cet œil…
— Fort bien, dit-il en vidant son verre d’eau.
Ça descendait bien plus facilement que le whiskey, mais, de toute façon, il avait le gosier sec comme de l’amadou.
— Faudra que je découvre le reste par moi-même, c’est ça ?
Au moment où il poussait les portes battantes du saloon, Depape l’appela. Jonas se retourna vers lui.
— Il ressemble à d’autres personnes, fit Depape.
— Explique-toi.
— C’est difficile à dire.
Depape avait l’air embarrassé et dépassé… mais aussi entêté. Pas près d’en démordre.
— On n’a parlé que cinq minutes, pas plus, mais à un moment je l’ai regardé et j’ai cru voir le vieux saligaud de Ritzy — celui que j’ai descendu. Un tout petit peu plus tard, je lui ai lancé un coup d’œil et je me suis dit comme ça : « Que je brûle en enfer si c’est pas mon pa qu’j’ai devant moi. » Puis, c’est passé ça aussi, et il a eu de nouveau l’air d’être lui.
— C’est-à-dire ?
— Tu jugeras par toi-même, je suppose. J’pense pas que t’aimeras beaucoup ça.
Jonas, appuyé contre l’un des battants ouverts, réfléchissait.
— Roy, c’était quand même pas Farson ? L’Homme de Bien, déguisé, comme qui dirait ?
Depape hésita, sourcils froncés, puis secoua la tête.
— Non.
— Tu es sûr ? On l’a vu qu’une fois, tu te rappelles, et pas de près.
Latigo le leur avait montré du doigt. Ça remontait à seize mois, par là.
— Oui, sûr. Tu te souviens de sa taille ?
Jonas opina. Farson n’avait rien d’un Lord Perth, mais faisait un bon mètre quatre-vingts, et était large d’épaules et de panse.
— Cet homme est de la même taille que Clay, peut-être moins. Et sa taille ne bouge pas, quelle que soit l’apparence qu’il prend.
Depape hésita un instant avant d’ajouter :
— Il rit comme un mort. J’ai pu à peine supporter de l’entendre rire comme ça.
— Comme un mort, ça veut dire quoi ?
Roy Depape secoua la tête.
— J’saurais pas dire exactement.
Vingt minutes plus tard, Eldred Jonas, passant à cheval sous ENTREZ EN PAIX, pénétrait dans la cour de Front de Mer, mal à l’aise parce qu’il avait attendu Latigo… et à moins que Roy ne se soit royalement trompé, ce n’était pas de Latigo qu’il héritait.
Miguel, rictus gingival dehors, s’avança en traînant les pieds et prit les rênes de la monture de Jonas.
— Reconocimiento.
— Por nada, jefe.
Jonas aperçut en entrant Olive Thorin assise dans le salon de devant comme un fantôme délaissé dans son coin et la salua d’un signe de tête. Elle lui rendit son salut avec un petit sourire triste.
— Sai Jonas, vous m’avez l’air en pleine forme. Si jamais vous voyez Hart…
— J’implore votre pardon, ma Dame, mais c’est le Chancelier que je suis venu voir, répondit Jonas.
Il monta rapidement au premier pour gagner la suite du Chancelier, avant d’enfiler un étroit couloir de pierre, mal éclairé par des brûleurs à gaz.
Arrivé au bout du corridor, il toqua à la porte qui le barrait — en chêne massif et cuivre, encastrée dans une arche. Si Rimer avait peu de goût pour Susan Delgado et ses pareilles, il adorait en revanche l’apparat du pouvoir ; c’était ce qui faisait sortir tout raide son colimaçon de sa coquille. Jonas frappa à nouveau.
— Entrez, mon ami, dit une voix — qui n’était pas celle de Rimer.
L’invite fut suivie d’un petit rire maniéré qui donna la chair de poule à Jonas. Il rit comme un mort, avait dit Roy.
Jonas poussa la porte et entra. Rimer avait aussi peu de goût pour l’encens que pour les hanches et les lèvres des femmes, et pourtant de l’encens brûlait ici et maintenant — une odeur boisée qui remémora à Jonas la cour à Gilead et les cérémonies officielles dans le Grand Hall. Les brûleurs à gaz étaient montés à fond. Les draperies, de velours violet, couleur de la royauté, couleur préférée de Rimer, tremblaient imperceptiblement sous la brise de mer qui entrait par les fenêtres ouvertes. Pas trace de Rimer ni de quiconque, tant qu’on y était. Des portes ouvertes donnaient sur un petit balcon, mais là non plus, il n’y avait personne.
Jonas pénétra plus avant dans la pièce ; il jeta un coup d’œil dans un miroir au cadre doré sur le mur du fond pour contrôler ses arrières sans tourner la tête. Rien ni personne, là non plus. Devant lui, sur sa gauche, il vit une table dressée pour deux couverts et un repas froid qui attendait, mais personne d’assis. Et pourtant, quelqu’un lui avait parlé. Quelqu’un qui, à en juger par la voix, s’était trouvé juste de l’autre côté de la porte. Jonas dégaina.