Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Quand Alain le rejoignit au galop, Roland ignora la figure blême et hagarde de son ami, comme ses yeux brûlant d’effroi.
— J’en ai dénombré trente et un de mon côté, fit-il. Ils portaient tous la marque de la Baronnie, couronne et écusson inclus. Et toi ?
— Il faut qu’on rentre, dit Alain. Quelque chose ne tourne pas rond. C’est le shining. Je ne l’ai jamais ressenti aussi fortement.
— Quel est ton compte ? insista Roland.
Il y avait des moments — celui-ci en était un — où il jugeait le don de shining d’Alain plus fâcheux qu’utile.
— Quarante. Ou quarante et un, j’ai oublié. Mais qu’est-ce que ça fait ? Ils ont déplacé ceux qu’ils ne veulent pas nous voir compter. Tu m’as pas entendu, Roland ? Il faut qu’on rentre ! Quelque chose cloche ! Quelque chose cloche au campement !
Roland jeta un coup d’œil à Bert, qui chevauchait paisiblement à cinq cents mètres de là. Puis il regarda à nouveau Alain, le sourcil levé en une interrogation muette.
— Bert ? Il n’a jamais été sensible au shining — tu le sais bien. Moi, je le suis. Ça aussi, tu le sais ! Roland, je t’en prie ! Qui que ce soit, il va voir les pigeons ! Peut-être même trouver nos armes !
Alain, si flegmatique en temps normal, en pleurait presque.
— Si tu ne veux pas t’en retourner avec moi, donne-moi au moins la permission de rentrer ! Donne-moi la permission, Roland, pour l’amour de ton père !
— Pour l’amour du tien, je n’en ferai rien, répondit Roland. Mon chiffre est trente et un, le tien, quarante. Oui, on va dire quarante. Quarante, c’est un bon chiffre ; aussi bon qu’un autre, j’intuite. Maintenant, on va changer de côté et recompter.
— Qu’est-ce qui t’arrive ? chuchota presque Alain.
Il regardait Roland comme si ce dernier était devenu fou.
— Rien.
— Tu le savais ! Tu étais au courant quand on est partis ce matin !
— Oh, il se pourrait que j’aie aperçu quelque chose, dit Roland. Un reflet, peut-être, mais… tu me fais confiance, Al ? C’est tout ce qui importe, je crois. Est-ce que tu me fais confiance ou bien crois-tu que j’aie perdu l’esprit en même temps que mon cœur ? Comme il le croit, lui ?
Il indiqua d’un violent coup de tête la direction de Cuthbert. Roland fixait Alain, un léger sourire aux lèvres, mais le regard lointain et implacable — le regard bleu horizon de Roland. Alain se demanda si Susan Delgado lui avait déjà vu cette expression et, si oui, qu’est-ce qu’elle en avait conclu ?
— Je te fais confiance.
Mais Alain nageait dans une telle confusion qu’il ne savait plus si c’était un mensonge ou bien la vérité.
— Bon. Alors change de côté avec moi. Mon chiffre est trente et un, n’oublie pas.
— Trente et un, acquiesça Alain.
Levant les mains, il les laissa retomber sur ses cuisses qu’il claqua si sèchement que sa monture, flegmatique d’ordinaire, coucha les oreilles et dansota un tantinet sous lui.
— Trente et un, répéta-t-il.
— Je crois qu’on pourra rentrer plus tôt aujourd’hui, si ça doit te faire plaisir, dit Roland avant de s’éloigner sur son cheval.
Alain le suivit des yeux. Il s’était toujours demandé ce que Roland avait dans la tête, mais jamais autant qu’à présent.
Crac. Crac-crac.
Jonas entendit enfin ce qu’il avait guetté vainement, et cela juste à l’instant où il allait abandonner ses recherches. Il s’était attendu à découvrir leur planque un peu plus près de leurs lits, mais ils n’étaient pas nés de la dernière pluie, parfait.
Posant un genou à terre, il souleva avec la lame de son couteau la latte qui avait craqué sous son pas. Il y avait en dessous trois baluchons de cotonnade. Ces lambeaux de chiffon étaient humides au toucher et fleuraient bon l’huile d’arme à feu. Jonas sortit les paquets et les défit, curieux de voir la sorte de calibre que ces jeunots trimbalaient avec eux. La réponse était banale, mais pouvait servir. Deux des baluchons contenaient de simples revolvers à cinq coups, du modèle qu’on appelle (pour une raison inconnue de moi) des « dépeceurs ». Le troisième, en revanche, contenait deux six-coups de meilleure qualité que les susnommés « dépeceurs ». En fait, le cœur de Jonas cessa de battre un instant, ce dernier croyant avoir mis la main sur les gros revolvers d’un pistolero — canons d’authentique acier bleui, crosses de santal, âmes aussi larges que des puits de mine. De telles armes, il n’aurait pas pu les abandonner là, quel qu’en soit le coût pour ses plans. Remarquer que leurs crosses n’étaient pas incrustées mais uniformes fut donc un soulagement pour lui. On ne recherche jamais consciemment la déception, mais elle a le don extraordinaire de vous remettre les idées d’aplomb.
Après avoir réenveloppé les armes, il les remit en place, ainsi que la lame du plancher. Une bande de vandales tarés de la ville pouvait toujours venir ici et saccager le baraquement laissé sans surveillance, éparpillant à tout va ce qu’ils n’avaient pu mettre en pièces, mais découvrir une cachette comme celle-là ? Non, fiston. Jamais de la vie.
Tu penses vraiment qu’ils vont croire que ce sont des hooligans de la ville qui ont fait ça ?
Ça se pouvait ; ce n’était pas parce qu’il les avait sous-estimés au départ qu’il devait maintenant tourner casaque et les surestimer. Et il avait le luxe de ne pas avoir à s’en inquiéter. Dans un cas comme dans l’autre, la chose les mettrait en colère. Assez en colère pour leur faire contourner à fond de train leur Butte, peut-être bien. Leur faire jeter toute précaution aux quatre vents… et récolter la tempête.
Jonas fourra la queue de chien sectionnée dans l’une des cages à pigeon, dont elle dépassait comme un énorme plumet moqueur. Avec la peinture, il écrivit des graffitis d’une puérilité charmante comme :
ou encore :
sur les murs, avant de quitter les lieux. Il s’attarda un instant sur le porche pour s’assurer qu’il avait encore le Bar K à lui tout seul. Et bien sûr qu’il l’avait. Cependant, un centième de seconde ou deux, vers la fin, il avait ressenti un léger malaise — presque comme si quelqu’un avait flairé sa présence. Par le biais d’une sorte de don de télépathie propre au Monde de l’Intérieur, peut-être.
Ça existe, et tu connais. Le shining, on appelle ça.
Si fait, mais seuls s’en servaient les pistoleros, les artistes et les fous à lier. Pas les petits garçons, qu’ils soient simples gars ou seigneurs.
Jonas alla néanmoins retrouver son cheval au trot ou presque, l’enfourcha et prit le chemin de la ville. Les choses atteignaient leur point d’ébullition et il y avait encore fort à faire avant que la pleine Lune du Démon ne monte au ciel.
La masure de Rhéa, ses murs de pierre et les guijarros fendus de son toit, couverts de mousse, se tapissait sur la dernière colline du Cöos. Au-delà, on avait une vue magnifique sur le nord-ouest — la Mauvaise Herbe, le désert, la Roche Suspendue, Verrou Canyon — mais les panoramas touristiques étaient le dernier des soucis de Sheemie, quand il fit entrer prudemment Caprichoso dans la cour de Rhéa, peu après midi. Il mourait de faim depuis une bonne heure, mais, pour le moment, ses tiraillements d’estomac avaient disparu. Il détestait cet endroit plus que tout autre de la Baronnie, bien plus même que Citgo et ses grosses tours qui n’arrêtaient pas de cric-craquer et de clic-claqueter.