Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Il se toucha le bout du nez, qu’il avait petit, fait au moule et sans protubérance.
Coraline, qui hier encore lui aurait arraché la tête avec les dents en le voyant manifester autant d’hésitation, se montrait d’une patience peu coutumière.
— Ce n’est que trop vrai, dit-elle. Mais, Sheemie, elle te réclame spécialement et elle donne des pourboires. Tu sais ça, et des bons.
— Ça me fera une belle jambe si elle me change en pou, dit Sheemie d’un ton grognon. Pour un pou, un sou c’est point un sou.
Néanmoins, il se laissa mener là où Caprichoso, le mulet de l’auberge, était à l’attache. Barkie l’avait chargé de deux petits fûts. L’un, plein de sable, servait de contrepoids. L’autre contenait le graf nouveau pour lequel Rhéa avait un penchant.
— Le Jour de Fête approche, fit Coraline gaiement. C’est même pas dans trois semaines.
— Si fait.
Sheemie parut rasséréné à cette nouvelle. Il aimait les Jours de Fête à la folie — les lumières, les pétards, les bals, les jeux, les rires. Pendant les Jours de Fête, tout le monde était content et ne lui lançait plus de méchancetés.
— Si un jeune homme a des sous dans sa poche, il se paiera du bon temps à la Fête, c’est sûr, dit Coraline.
— Oui, ça, c’est bien vrai, sai Thorin.
Sheemie avait l’air de quelqu’un qui venait de découvrir l’un des grands principes de l’existence.
— Si fait, vrai de vrai.
Coraline mit le licou de Caprichoso dans la main de Sheemie et lui referma les doigts dessus.
— Bon voyage, mon garçon. Sois poli avec la vieille chouette, fais-lui ton plus beau salut… et arrange-toi pour redescendre de là-haut avant qu’il fasse noir.
— Si fait, bien avant, dit Sheemie qui, à l’idée de se trouver sur le Cöos après la tombée de la nuit, ne put s’empêcher de frissonner. Bien avant, aussi sûr qu’y faut casser des œufs pour faire une omelette.
— T’es un bon garçon.
Coraline le regarda s’éloigner. Sa sombrera rose enfoncée sur le crâne, il menait le vieux mulet grincheux par le licou et quand il disparut derrière le sommet de la première pente douce, elle répéta :
— T’es un bon garçon, va.
Jonas, posté au flanc d’une crête, à plat ventre dans l’herbe haute, laissa passer une heure après le départ des morveux du Bar K. Il gagna alors le haut de la crête à cheval et les distingua sous la forme de trois petits points sur la pente brune à une bonne lieue et demie de là. Attelés à leur tâche quotidienne. Aucun signe qu’ils soupçonnassent quoi que ce fût. S’ils étaient plus malins qu’il ne l’avait supposé tout d’abord… en aucun cas pas autant qu’ils se l’imaginaient.
Il s’approcha jusqu’à cinq cents mètres du Bar K — qui, l’écurie et le baraquement mis à part, n’était plus qu’une carcasse calcinée sous le soleil éclatant de ce début d’automne — et attacha sa monture dans un hallier de peupliers qui entourait la source du ranch. Les garçons y avaient étendu du linge à sécher. Jonas dépendit pantalons et chemises des branches basses auxquelles on les avait accrochés, les mit en tas, pissa dessus, puis rejoignit son cheval.
L’animal frappa le sol d’un sabot énergique quand Jonas tira la queue du chien de l’une de ses sacoches de selle, comme s’il voulait signifier par là « bon débarras ». Jonas n’aurait pas demandé mieux lui aussi que d’en être débarrassé. Elle commençait à répandre un arôme facilement reconnaissable. De l’autre sacoche, il tira un petit pot de peinture rouge et un pinceau. Il les avait obtenus du fils aîné de Brian Hookey, qui s’occupait aujourd’hui de l’écurie de louage. De son côté, sai Hookey devait sans doute être à Citgo à l’heure qu’il était.
Jonas gagna le baraquement sans faire l’effort de se cacher… quoique pas grand-chose le lui eût permis. Il n’y avait d’ailleurs personne de qui se cacher, maintenant que les gamins étaient loin.
L’un d’eux avait abandonné un vrai livre — Homélies et Méditations de Mercer — sur le siège d’un rocking-chair, sur le porche. Les livres étaient des objets d’une exquise rareté dans l’Entre-Deux-Mondes, en particulier plus on voyageait loin du centre. C’était le premier, à l’exception des quelques volumes conservés à Front de Mer, que Jonas voyait depuis son arrivée à Mejis. Il l’ouvrit et lut ceci, écrit d’une main féminine assurée :À mon très cher fils, de la part de sa MÈRE qui l’aime. Jonas déchira la page, ouvrit le pot de peinture où il trempa ses deux derniers doigts. Il barra le mot MÈRE, puis l’ongle de son petit doigt faisant office de plume, il traça au-dessus le mot PUTE. Il accrocha la feuille à un clou rouillé où il était sûr qu’on ne manquerait pas de la voir, puis déchira le livre en mille morceaux qu’il foula aux pieds. Auquel des garçons avait-il appartenu ? Il espéra que c’était à Dearborn, mais ça n’avait pas grande importance.
La première chose que remarqua Jonas en entrant, ce fut les pigeons, roucoulant dans leurs cages. Il avait imaginé qu’ils devaient utiliser un hélio pour envoyer leurs messages, mais pas des pigeons ! Morbleu ! C’était tellement plus finaud !
— Je reviens m’occuper de vous dans quelques minutes, leur dit-il. Soyez patients, mes amours ; picorez et chiez à gogo, tant que vous le pouvez encore.
Il regarda autour de lui avec une certaine curiosité, le doux roucoulis des pigeons lui berçant l’oreille. Des gars ou des seigneurs ? avait demandé Roy au vieux de Ritzy. Et le vieillard lui avait dit les deux, peut-être bien. Des gars propres sur eux, en tout cas, à en juger par l’ordre qui régnait dans les lieux, songea Jonas. Bonne éducation. Trois couchettes, toutes, le lit fait. Trois tas d’affaires personnelles au pied de chaque, impeccablement empilées. Dans chaque tas, il trouva le portrait d’une mère — oh, quels bons fils ils faisaient ! — et dans l’un d’eux, celui des deux parents. Il avait espéré découvrir des noms, peut-être de quelconques papiers (et même des lettres d’amour de cette fille, qui sait ?), mais non, rien de cette sorte. Gars ou seigneurs, ils étaient plutôt prudents. Jonas retira les portraits de leurs cadres et les déchiqueta. Il éparpilla ensuite leurs effets à tout vent, détruisant ce qu’il pouvait dans le temps limité qui lui était imparti. Tombant sur un mouchoir de lin dans la poche d’un pantalon habillé, il y vida son nez avant de l’étendre scrupuleusement sur les bottes d’apparat de son propriétaire de façon à bien mettre en valeur sa traînée de morve verdâtre. Quoi de plus insupportable — de plus déstabilisant — que de rentrer chez soi après une journée de dur labeur à pointer du bétail et de trouver la morve d’un inconnu sur l’un de vos effets personnels ?
Les pigeons s’agitaient, à présent ; bien en peine de criailler comme des geais ou des corneilles, ils n’en essayèrent pas moins de voleter loin de lui quand il ouvrit leurs cages. Tout cela en vain, évidemment. Il les prit un par un et leur tordit le cou. Pour parachever ce haut fait, Jonas fourra un oiseau mort sous l’oreiller de crin de chacun des garçons.
Sous l’un d’eux, il découvrit en prime un stock de bandelettes de papier et un stylo à réservoir qui devaient servir à n’en pas douter à la confection des messages. Il brisa le stylo et le lança à travers la pièce. Mais empocha les bandelettes. Le papier, ça pouvait toujours servir.
Le sort des pigeons réglé, on s’entendait mieux. Jonas se mit à arpenter le plancher de long en large, tendant l’oreille.