Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
— Seigneur, souffla la capitaine Baltasar, quatre-vingts montures…
— Pas tout à fait, ma Capitaine, ne put s’empêcher de rectifier Clorinde. Dix-huit soldats étaient à pied, ce qui fait descendre le nombre de montures à…
— Peu importe ! l’interrompit Ysabelle Pavilly. Nous ne sommes pas à l’atelier ici. Continuez !
— Oui, ma Colonelle. Ils nous firent emprunter le chemin prévu afin que le Centre Opérationnel de Commandement ne remarque rien d’anormal. Le but était manifestement de laisser du temps aux inermes pour mettre les ORCA à l’abri avant de déclencher l’alerte. L’humiliation dura des heures. Des heures pendant lesquelles nous avancions avec difficulté dans une jungle sombre et oppressante, escortés par des sauvages dont certains brûlaient visiblement d’étancher leur soif de vengeance. Je suppose qu’ils avaient reçu des instructions fermes pour ne pas faire de blessés si cela pouvait être évité. Puis, tout à coup, ils s’éclipsèrent tous en même temps comme par enchantement – sans pourtant avoir communiqué entre eux – nous laissant à la sortie nord de la faille. Il était près de vingt heures, la nuit venait de tomber.
— Et c’est tout ? dit Giulia Baltasar. Ils se sont éclipsés et c’est tout ? Vous n’avez même pas cherché à les poursuivre ? »
Faire le récit détaillé de son cuisant échec à la tête de la mission de ravitaillement du KRAC 34 avait mis Clorinde d’une humeur massacrante. Il y eut probablement plus d’agressivité dans sa réponse qu’une Amazone de première classe n’est censée en mettre en s’adressant à une capitaine.
« Que devais-je faire ? s’exclama-t-elle. Nous n’avions ni armes, ni véhicules. Ils connaissaient le terrain comme leur poche tandis que nous n’avions même plus de DirSat pour nous orienter. De plus, il y avait Tancrède de Tarente. C’est un Méta-guerrier. Pas le genre de soldat qui se laisse poursuivre sans réagir. Dans ces conditions, toutes les options envisageables conduisaient systématiquement à la mort d’un grand nombre de soldats. Pour quel bénéfice ? Aucun ! Il n’y avait pas la moindre chance de récupérer les ORCA.
— La mort est l’un des risques de notre métier. »
Clorinde ne répondit pas.
Depuis la veille, elle n’avait cessé de penser à cela.
Aurait-elle dû ordonner de tirer dans la jungle ? Aurait-elle dû tenter une rébellion durant leur longue marche au fond de la faille ? Aurait-elle dû se lancer dans une poursuite en pleine nuit ? Sa relation avec Tancrède avait-elle inhibé ses capacités décisionnelles ?
Au début de l’embuscade, elle avait été tentée de jouer le tout pour le tout, de riposter. Après tout, c’était ce qu’elle faisait lorsqu’elle se trouvait sur un champ de bataille. Jamais d’hésitation ! Mais là, c’était différent, elle commandait. Ces hommes et femmes étaient sous sa responsabilité. Leurs existences dépendaient de ses décisions. Alors, la prudence avait prévalu. Clorinde avait choisi de préserver les vies de ceux-là mêmes qui s’étaient empressés de la lâcher dès leur retour à la Nouvelle-Jérusalem.
Il était évident que cela la disqualifiait de facto pour un nouveau commandement. Un véritable chef ne sacrifiait pas inutilement les vies de ses hommes. Toutefois, il ne reculait pas devant le risque de les sacrifier inutilement.
Cependant, les membres de la commission semblaient bien peu se soucier des fautes qu’elle avait ou n’avait pas commises. Maintenant qu’elle avait terminé son récit, ils discutaient entre eux et les échanges étaient animés. L’inquiétude transpirait. Atterré, le général-conseil de l’escadron des intercepteurs répétait sans s’arrêter : « Tarente a réussi à s’allier avec les Atas ! Incroyable ! »
Le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, s’adressa directement à Clorinde :
« Le commando atamide et les déserteurs vous ont attaqués de concert, c’est entendu. Néanmoins, avez-vous eu le sentiment que Tancrède de Tarente commandait à cette troupe de fortune ? »
Clorinde inclina le menton.
« Cela ne fait aucun doute, Monseigneur », répondit-elle.
Raymond de Saint-Gilles se renversa dans son fauteuil. Le lieutenant-colonel du régiment Blindés, qui n’avait pas ouvert la bouche depuis le début, dit, avec un fort accent de l’est de la France : « Par le sang de Dieu, quel tour ce diable d’homme est-il en train de manigancer ?
— Pour un déserteur, je le trouve bien actif ! fit le colonel des Dragons qui n’avait cessé de houspiller Clorinde. Il se fait d’abord oublier pendant des mois puis réapparaît soudain à la tête d’un commando contre-nature. Cela n’a aucun sens.
— Ce qui n’a aucun sens, c’est surtout de voler une telle quantité de matériel, fit Raymond de Saint-Gilles pensivement. Que peut-il bien en faire ? Il n’a tout de même pas l’intention d’attaquer nos troupes ?
— Pensez-vous ! s’exclama dédaigneusement Villeneuve-Cassaignes. Il n’aurait aucune chance ! Son petit effet de surprise ne fonctionnera pas une seconde fois. Si d’aventure il tentait de se frotter à notre armée avec ses bêtes dressées, il serait écrasé comme un cafard ! »
La colonelle Ysabelle Pavilly, exaspérée par les rodomontades de Villeneuve-Cassaignes, tenta de ramener le débat sur un plan plus technique : « Ce qui me paraît tout de même inquiétant, c’est la facilité avec laquelle les capacités passives des Weiner-Nikov ont été neutralisées. Si vraiment les mutins ont réalisé cet exploit, et surtout, s’ils sont en mesure de le reproduire, alors les choses pourraient se compliquer singulièrement. Nos soldats ont tant l’habitude de compter sur leurs capteurs et sur les propriétés cognitives des exos qu’un tel avantage pourrait peser lourd dans une bataille. »
Le commandant exécutif des armées croisées eut une moue sceptique très surjouée.
« C’était un coup de chance, voilà tout ! Nos bio-informaticiens sont parfaitement capables de mettre à jour les systèmes pour éviter que cela ne se reproduise.
— Allons, Thibault, fit le lieutenant-colonel du régiment Blindés, nous savons tous que la Tour de Contrôle, et même le Diamant sur le Saint-Michel, doivent affronter quotidiennement des attaques informatiques ! Les bio-informaticiens qu’il nous reste ne sont pas tous de la trempe de ceux qui se sont évadés l’année dernière !
— À qui la faute ? fit le colonel des Dragons avec humeur. Si Robert de Montgomery et sa damnée Legio Sancta n’avaient pas harcelé ces inermes, ils ne se seraient jamais enfuis et nous n’en serions pas là. Maintenant, nous en payons le prix ! »
À cet instant, un claquement retentissant vint interrompre la discussion. Osenin Tafur venait de frapper du plat de la main sur la table ce qui, considérant les mensurations imposantes de l’ex-bras droit de Robert de Montgomery, avait produit un puissant choc sonore. Il tourna ses larges épaules vers le colonel qu’il venait d’interrompre.
« Je ne crois pas que vous tiendriez ce genre de propos si le Prætor peregrini se trouvait en ce moment devant vous, énonça-t-il lentement. La Legio Sancta officie au sein des forces armées au nom du Saint-Père lui-même et je ne vois pas ce qui vous autorise à parler d’elle en ces termes. » Pour Osenin Tafur, c’était une réplique longue et plutôt correctement composée. Elle avait dû lui demander une certaine mobilisation intellectuelle. Toutefois, le colonel n’eut pas l’air d’apprécier l’effort à sa juste valeur et battit plusieurs fois des paupières avant de s’offusquer.
« Monsieur, je ne sais pas à quel titre vous assistez à cette commission, mais vous feriez bien de ne pas oublier que vous vous adressez à…