Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
La colonelle Pavilly le foudroya du regard, mais Clorinde répondit avant elle.
« Je ne comprends pas la question, mon Colonel. Un soldat n’est-il pas censé appliquer ses ordres tant que c’est possible ? »
Le colonel s’empourpra et s’apprêtait à répliquer lorsqu’Ysabelle Pavilly fit à nouveau un geste autoritaire pour l’empêcher de parler et en fit un second pour redonner la parole à Clorinde.
« Je proposai donc… J’ordonnai donc à la colonne de descendre dans la faille. Bien entendu, il y eut des protestations. Personne n’aime descendre dans les failles forestières. Je peux le comprendre, cependant nous sommes des soldats de la Sainte Armée, je ne vois pas pourquoi nous devrions reculer devant quelques bêtes inconnues !
— C’est ce que vous avez dit aux sous-officiers qui protestaient ? demanda la colonelle, un discret sourire amusé sur les lèvres.
— Euh… en substance, oui. Peut-être ai-je employé quelques expressions plus… vertes. Toujours est-il que j’estimais que c’était la meilleure option et je réduisis les protestataires au silence. »
En fait, elle les avait traités de lâches et leur avait rappelé que désobéir à un officier en temps de guerre vous envoyait directement devant une cour martiale. Cela n’avait manifestement pas été un bon calcul puisque c’était elle qui se retrouvait à deux pas de la cour en question, moins de vingt-quatre heures après.
Des sous-officiers qui mentaient dans le but de faire porter le chapeau à leur chef, cela lui rappelait furieusement l’histoire de Tancrède à Surat où le jeune sous-lieutenant qu’il était à l’époque avait dû assumer le commandement d’une opération en perdition, avant d’être accusé injustement d’en avoir causé l’échec catastrophique. Au souvenir du récit qu’il lui en avait fait, Clorinde éprouva une soudaine et fugitive compassion. La situation avait été bien pire pour lui, comme il avait dû souffrir !
Non, chasse-le de ta mémoire ! s’exclama-t-elle intérieurement. Il ne mérite pas que tu lui accordes la moindre pensée !
« La colonne…, reprit-elle en s’efforçant de ne pas laisser son attitude trahir son trouble soudain. Je fis donc descendre la colonne dans la faille. Trouver une section de paroi dont l’inclinaison autorisait les manœuvres en toute sécurité ne fut pas une mince affaire, néanmoins nous y parvînmes dans un délai raisonnable. Cette crevasse possédait des proportions hors-normes, surtout pour une faille forestière. Les répartiteurs m’informèrent que l’on pourrait faire sortir la colonne à dix-sept kilomètres au sud sud-est. Dix-sept kilomètres de végétation hyper dense, d’animaux dangereux, de terrain instable. Comme c’était à prévoir, notre progression fut extrêmement lente, notamment à cause des ORCA. Il fallait défricher la jungle devant eux pour leur ménager un passage praticable et, même au canon T-farad, cela prend du temps. Toutefois, en dépit de notre faible vitesse, nous avancions bel et bien et je supposai à cet instant que… nous réussirions à rattraper une partie de notre retard. »
C’était un petit mensonge. En réalité, à cet instant, Clorinde commençait plutôt à penser qu’elle avait eu tort de ne pas rebrousser chemin et qu’ils ne sortiraient jamais de cette satanée faille. Mais après tout, elle n’avait pas de comptes à rendre sur ses états d’âme. On lui demandait juste de relater les faits avec exactitude.
« La moiteur était insupportable et certains cris d’animaux vous flanquaient vraiment la chair de poule. Les Amazones encadraient la colonne sur les flancs, prêtes à faire feu sur tout ce qui pourrait surgir des sous-bois obscurs, tandis qu’en tête, les Sapeurs creusaient la forêt en ligne droite au T-farad ou à coup de grenades AENL lorsque c’était nécessaire. À plusieurs reprises, certains d’entre eux firent feu sur des créatures sauvages, prétextant à chaque fois qu’ils s’étaient sentis en danger. Comprenant parfaitement qu’il s’agissait plutôt d’un petit jeu de tir au pigeon, j’y mis un terme en interdisant tout tir qui n’était pas strictement nécessaire à l’ouverture du chemin. À mon sens, cette pratique nuisait à la sécurité de la colonne. Je ne saurais dire si ce fut justement parce que j’étais trop occupée à maintenir la discipline dans les rangs que je mis autant de temps à comprendre que certains cris d’animaux n’en étaient pas ; je me permettrais simplement de préciser pour ma défense que personne parmi les quatre-vingt-six soldats expérimentés qui composaient la colonne ne remarqua quoi que ce soit d’anormal. Lorsque je réalisai que ces cris étaient en fait des échanges codés, j’ordonnai en urgence le rassemblement en formation de combat. Mais, c’était trop tard. »
Les hauts gradés alignés derrière les tables ne dissimulèrent pas leur réaction de mépris.
« Comment peut-on se faire surprendre aussi facilement ! » s’exclama le colonel des Dragons.
À force de basses attaques, aussi stupides qu’inutiles, Clorinde en vint à se demander si cet homme maigre à l’air buté ne jouait pas un rôle destiné à la déstabiliser.
« Comment expliquez-vous que vous n’ayez rien vu venir ? demanda la colonelle Ysabelle Pavilly sur un ton neutre.
— Si vous me permettez, ma Colonelle, personne n’a rien vu venir. Pour être totalement honnête, je suppose qu’aucun d’entre nous n’imaginait que des ennemis puissent pénétrer à l’intérieur du Front Concentrique. Nous avons donc peut-être péché par excès de confiance et manqué de vigilance. Toutefois, cela ne peut être suffisant comme explication. Je pense, pour ma part, qu’ils avaient brouillé nos détecteurs.
— Impossible ! lâcha la capitaine Giulia Baltasar. Comment des indigènes s’y prendraient-ils pour brouiller du matériel militaire de pointe ? Cela n’a aucun sens. Ils ne sauraient même pas le faire fonctionner s’ils l’avaient entre les mains !
— Sauf votre respect, ma Capitaine, reprit Clorinde sans se démonter, c’est la seule explication. Sinon, même avec les meilleures capacités de camouflage du monde, même en l’absence de signature thermique ou chimique, nous aurions au moins capté leurs mouvements à la dernière seconde, au moment de l’attaque. Au retour, j’en ai parlé avec les deux répartiteurs de terrains qui accompagnaient la colonne, ils ont admis que seul un mauvais fonctionnement de leurs équipements aurait pu expliquer une telle furtivité. Or, il est très improbable que leurs deux DirSat soient tombés en panne en même temps. »
Clorinde tenait à aller jusqu’au bout de son explication afin que sa version soit consignée dans le procès-verbal ; elle n’était pas dupe de la fausse surprise des officiers de haut rang. Depuis plusieurs semaines déjà, des rumeurs prétendaient que la Tour de contrôle subissait de nombreux assauts informatiques d’origine inconnue dont certains auraient eu des répercussions notables sur la gestion des troupes au front. Bien entendu, les rumeurs étaient ce qu’elles étaient et Clorinde ne les prenait pas pour argent comptant. Cependant, l’attitude de ces hauts gradés jouant la surprise tout en échangeant des regards entendus les confirmaient, au moins en partie.
À cet instant, le marquis de Villeneuve-Cassaignes se pencha en avant pour s’adresser à la présidente de la commission :
« Colonelle Pavilly, pourrions-nous remettre à plus tard ces ergotages techniques et laisser l’Amazone di Severo continuer son récit ? »
Nous y voilà, songea Clorinde.
Exactement comme elle l’avait deviné, ces barons ne s’étaient invités à son audition que pour entendre in extenso ce qui allait suivre. En dictant son pré-rapport sur son messageur la veille au soir, elle avait eu la certitude que cette information brûlante allait remonter jusqu’au sommet de l’armée. Elle ne s’était pas trompée.