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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Tentant, sans grand succès jugea Clorinde, de dissimuler son aversion pour le marquis, Ysabelle Pavilly lui ordonna de reprendre où elle s’était interrompue.

« À vos ordres, ma Colonelle. Après avoir deviné la véritable nature de ces faux cris d’animaux, j’eus à peine le temps d’ordonner la formation défensive qu’une voix émergea de la forêt et s’adressa à nous. Une voix humaine. Étant donné qu’elle était très amplifiée, comme par un haut-parleur extérieur de WN, elle était extrêmement déformée, mais nous comprîmes néanmoins sans ambiguïté ce qu’elle disait. Elle nous ordonnait de jeter nos armes si nous voulions rester en vie. Une certaine confusion s’empara des troupes. Était-ce une embuscade atamide ? Si tel était le cas, pourquoi une voix humaine faisait-elle des sommations ? Si ce n’était pas une embuscade ata, était-ce un exercice ? Si oui, fallait-il passer les armes en mode non-létal ? »

Bien entendu, se rappela Clorinde, personne n’avait exprimé ses pensées aussi clairement. Le major des Sapeurs qui chevauchait à ses côtés avait beuglé quelque chose du genre : Bordel de chiottes de merde, qu’est-ce que c’est que ces conneries ? C’est une putain d’attaque ou pas ?

« Afin d’endiguer ce début de panique, j’ordonnai sur le canal général de garder les positions tout en répétant que ce n’était pas un exercice. Puis, sans que j’aie donné la moindre instruction allant dans ce sens, certains soldats se mirent à tirer au hasard dans les sous-bois, arrosant les arbres au T-farad réglé en faisceau large. Aussitôt, des dizaines de lances et de flèches atamides jaillirent des hauteurs alentour, toutes pourvues de ces fameuses pointes blanches si dangereuses pour les blindages. La plupart vinrent se ficher dans le sol, juste devant les soldats, d’autres perforèrent les montures, méca-percheron ou bipèdes ama, dont certaines s’effondrèrent, et celles qui visaient les soldats en train de tirer transpercèrent bras et jambes dans l’intention manifeste de les désarmer sans les tuer. Deux Sapeurs eurent un bras totalement sectionné en dépit de leur exosquelette de guerre. Leur sous-combinaison intelligente eut toutes les peines du monde à stopper l’hémorragie et à suturer en urgence. Je hurlai “Halte au feu !” afin de faire cesser cette attaque inconsidérée, mais c’était inutile, tous ceux qui tiraient étaient déjà hors de combat à se tordre de douleur au sol en aspergeant de sang leurs camarades. » Même si la description sanglante des blessures ne rentrait pas vraiment dans le cadre du strict exposé des faits qu’elle était supposée présenter à la commission, Clorinde n’avait pas l’intention de leur épargner les détails sordides. Ces hauts gradés ne sourcillaient pas quand il s’agissait d’envoyer des hommes au combat, pourtant ils ne voyaient jamais une goutte de sang. Exception faite de la capitaine Giulia Baltasar, officier de terrain, qui, en l’occurrence, supportait mal que l’une de ses unités ait cédé devant des Atamides.

« Alors, vous avez rendu les armes », dit-elle en fixant Clorinde d’un regard d’acier.

Elle avait parlé froidement, mais ses mâchoires saillantes trahissaient sa colère.

L’Italienne était arrivée à la pierre d’achoppement de son rapport. Une unité militaire de l’ECM ne se rend pas, elle meurt au combat. On admettait évidemment certaines redditions de circonstance, notamment lorsqu’un dignitaire important accompagnait les troupes, toutefois, les armées chrétiennes tenaient à ce que leurs ennemis sachent qu’elles combattaient toujours jusqu’au bout.

« Répondez, insista la colonelle, pourquoi avez-vous rendu les armes ?

— Tout le monde serait mort ! s’exclama Clorinde, en sachant que l’argument ne porterait pas.

— Vous n’en savez rien, rétorqua Ysabelle Pavilly. Quatre-vingts soldats en Weiner-Nikov tirant au T-farad dans la jungle, même au hasard, cela fait des dégâts. Peut-être les auriez-vous tous tués.

— Impossible ! La rapidité de leur riposte constituait un message clair, ils pouvaient nous exterminer en quelques instants, c’était évident. » Cet axe de défense était vain, pourtant Clorinde y tenait. Ces damnés officiers qui ne sortaient jamais du CCG n’allaient pas lui donner des leçons de courage.

Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, se tourna vers son voisin, le marquis de Villeneuve-Cassaignes, pour lui murmurer quelque chose. Celui-ci hocha vigoureusement la tête puis fit un signe de la main à la colonelle Pavilly comme pour dire « venons-en au fait ». Celle-ci inclina la tête avec déférence. Elle ne semblait pas mécontente de pouvoir donner l’occasion à l’Amazone de quitter le terrain glissant sur lequel elle dérapait depuis quelques minutes.

« Continuez », dit-elle simplement.

Il y eut un silence de plusieurs secondes durant lesquelles Clorinde ne parvenait plus à se souvenir où elle s’était arrêtée.

Ah oui, la pluie de flèches et le sang qui gicle !

« Après cette première démonstration de force, la voix humaine se fit encore entendre. Elle nous sommait à nouveau de jeter nos armes et ajoutait que c’était notre dernière chance. Considérant que la menace était sérieuse et qu’il n’y avait rien à gagner à nous faire tous mourir, je donnai l’ordre de se conformer à cette instruction. Je précise qu’à ce moment, pas un des sous-officiers qui m’accablent aujourd’hui n’insista pour se battre jusqu’à la mort. Dix secondes après mon ordre, plus personne n’avait son fusil T-farad à la main. La voix venue de la jungle nous avertit qu’ils allaient descendre parmi nous, qu’il ne fallait pas essayer de se défendre, que nous aurions la vie sauve si nous ne bougions pas, qu’il n’y aurait pas d’autre blessé. »

Clorinde omit de préciser que plus elle entendait cette voix, plus elle bouillait de colère. Ce ton détaché, presque pédagogique, expliquant patiemment pourquoi il ne fallait pas se défendre, éveillait quelque chose en elle qui la poussait presque à violer son propre ordre et à ramasser son T-farad afin de calciner cette foutue jungle. Cela lui rappelait une autre situation où elle avait éprouvé le même genre de fureur rentrée, de rage impuissante… Ses cogitations avaient été interrompues par l’apparition des Atamides.

« La bande de guerriers sauvages qui émergea de la végétation était deux fois plus nombreuse que le détachement que je commandais, et cela, sans compter ceux qui restaient certainement dissimulés pour couvrir leurs congénères. Ils s’avancèrent parmi nous à pas mesurés, tenant fermement en joue chaque soldat de leurs lourdes lances à lame blanche. Nul n’ignorait qu’à cette distance ces armes pouvaient venir à bout du blindage des Weiner-Nikov. Un groupe d’une dizaine d’Atamides vint dans ma direction. Comme je ne voulais pas laisser penser que j’avais peur, je rétractai mon casque dans le col du WN afin qu’ils voient mon visage. Ce fut à cet instant que je remarquai parmi eux un humain en exosquelette de guerre croisé… »

La voix de Clorinde lui manqua. Son rythme cardiaque frôlait les palpitations et toute humidité avait quitté sa bouche. Elle dut observer un moment de silence afin de recouvrer un minimum de calme. Aucune des personnalités qui lui faisaient face ne l’interpella pour la presser de continuer. Certains se redressèrent dans leur siège comme pour mieux entendre la suite.

Ils étaient venus pour ça. C’était ce qu’ils voulaient entendre. Or, c’était ce que Clorinde avait le moins envie de livrer.

Lorsqu’elle crut pouvoir à nouveau s’exprimer d’une voix égale, elle dit simplement : « Cet exo, je l’aurais reconnu entre mille. »

Sur un ton étonnamment compatissant, la colonelle Pavilly lui demanda : « Tancrède de Tarente ? »

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