Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Clorinde hocha la tête. Elle avait les larmes aux yeux et espérait par-dessus tout que personne ne l’avait remarqué.
« L’avez-vous reconnu sans le moindre doute ?
— C’était lui. Même si des pièces avaient été remplacées, c’était bien son exo. »
Le marquis de Villeneuve-Cassaignes frappa du poing sur la table.
« Ce déserteur n’est donc pas mort !
— Manifestement pas, grogna Raymond de Saint-Gilles. De plus, il a rejoint l’ennemi. C’est devenu un renégat.
— Un renégat ? s’écria le colonel des Dragons. Le terme est encore trop doux pour lui ! Non seulement il a trahi sa patrie et sa religion, mais par-dessus tout, il a trahi son espèce !
— Messieurs, je vous en prie ! lança Ysabelle Pavilly. Nous sommes ici pour entendre des faits, non pour les commenter ! »
Les barons présents restèrent bouche bée devant un tel manque de respect, mais leur désir d’entendre la suite du récit de l’Amazone était plus grand que leur amour-propre. La colonelle invita la jeune femme à poursuivre.
« L’ex-lieutenant d’infanterie mixte Tancrède de Tarente s’avança donc jusqu’à moi et rétracta son casque à son tour… »
À ce moment, Clorinde hésita.
Lorsqu’elle avait vu le visage de Tancrède, toute son assurance s’était évanouie. Un tel élan d’amour l’avait traversée qu’elle avait failli se jeter à son cou pour l’enlacer. Elle l’aurait probablement fait sans les dizaines de regards braqués sur eux par des soldats captivés, avides de voir comment elle allait réagir. Dans l’armée croisée, nul n’ignorait son histoire avec le « Déserteur d’Akya », et tous ceux qui se trouvaient là étaient fascinés par le spectacle de cette rencontre impossible.
Au long des trois mois qui venaient de s’écouler, seul un intense et opiniâtre travail sur soi avait permis à l’Italienne de tenir à distance la souffrance que l’absence de l’homme qu’elle aimait lui infligeait. Or, le revoir ainsi, sans avoir pu se préparer intérieurement à cette rencontre, avait brisé net le barrage qu’elle avait érigé devant ses sentiments et la douleur avait déferlé sur elle sans retenue.
« Tancrède ? avait-elle articulé lentement, incrédule.
— Clorinde », avait-il répondu simplement.
Son visage portait les stigmates de la fatigue ainsi que de nouvelles marques laissées par des combats dont elle ignorait tout ; il était proprement rasé, mais avait laissé pousser ses cheveux qu’il ne prenait plus la peine d’attacher en arrière comme avant. Bien qu’il ne se soit écoulé que trois mois depuis leur dernier face à face, Clorinde l’avait découvert vieilli, les joues creusées et des cernes plus marqués sous les yeux. Ce regard qu’elle avait toujours trouvé triste semblait désormais comme accablé, jetant une lueur anxieuse sur ce qu’il observait.
Toutefois, elle avait vu son expression changer entre le moment où il avait rétracté son casque et le temps qu’il lui avait fallu pour couvrir les derniers mètres qui le séparaient d’elle. Les plis aux coins de ses yeux s’étaient adoucis, les traits qui barraient son front s’étaient estompés et ses lèvres avaient esquissé un sourire. La joie de la revoir disputait visiblement le terrain à l’embarras dans lequel il se trouvait.
Il ne savait pas que j’étais dans cette colonne, avait-elle pensé soudain. Il est aussi surpris que moi.
Puis, comme une nouvelle vague submergeant la précédente, la colère s’était abattue sur elle.
Non, il ne peut être aussi surpris ! Je suis à ma place, moi, avec les miens ! Je ne me suis pas acoquinée avec ces monstres !
« Tu es vivant », avait-elle fini par dire.
Il avait hoché la tête sans cesser de la regarder.
Elle avait voulu lui dire de revenir avec elle, mais elle ne savait que trop bien ce qu’il aurait répondu. Cet échange, ils l’avaient déjà eu lorsqu’il avait déserté et elle n’avait pas su le convaincre.
Elle s’était alors rendu compte qu’elle serrait les poings de toutes ses forces. L’embrasement intérieur qui l’avait saisie en le découvrant avait cédé la place à la fureur. Elle lui en voulait terriblement d’être parti et surtout, de ne pas être revenu. Et maintenant, au lieu de tenter de la rencontrer secrètement, voilà qu’il menait une attaque contre son unité et la ridiculisait devant les troupes !
Soudain, quelqu’un s’éclaircit la voix sur sa droite et Clorinde se souvint de l’endroit où elle se trouvait. Les officiers de haut rang et les seigneurs assis face à elle dans l’annexe de la cour martiale la dévisageaient comme si elle était en train de perdre la raison. Elle comprit qu’elle avait dû rester silencieuse un long moment.
« Je… Donc, il rétracta son casque à son tour et, euh… me dit que j’avais bien fait de me rendre, que les Atamides n’auraient pas hésité à nous massacrer. Je lui répondis qu’il les avait bien aidés à nous tendre une embuscade, qu’il aurait donc pu tout aussi bien les laisser nous tuer. Il parut blessé par cette réponse et osa prétendre que je ne savais pas ce que je disais. Comme cela me mit en colère, je le traitai de rebelle et d’hérétique, lui rappelant qu’il serait excommunié pour ses crimes et qu’il souffrirait mille tourments en enfer pour ses péchés. Il eut alors un étrange sourire et lâcha une phrase énigmatique qui ne voulait rien dire, quelque chose comme “Si tu savais…” Puis, il tourna la tête de côté avec un air buté et m’annonça qu’ils allaient s’emparer des ORCA.
— Vous rendez-vous compte de la quantité de matériel stratégique que contenait ce convoi ? coupa la colonelle amazone.
— Absolument, ma Colonelle. Je l’avais inspecté moi-même en détail avant le départ.
— Comment ont-ils procédé pour… voler les ORCA ?
— Tout avait été minutieusement préparé. Ils expulsèrent les chauffeurs des transports afin qu’ils rejoignent la troupe, puis tout le monde fut aligné le long d’un des côtés de la colonne, de dos. D’autres hommes sortirent de la jungle et descendirent parmi nous.
— D’autres hommes ! Des soldats ?
— Négatif, ma Colonelle. Ils n’en avaient ni l’équipement, ni le… style. Je suppose qu’il s’agissait d’une partie des évadés inermes…
— Rien de surprenant ! s’exclama avec mépris le colonel des Dragons. Le déserteur avait tout intérêt à rejoindre d’autres traîtres !
— Bref, coupa Clorinde avec agacement, ces hommes se chargèrent de démonter les parties offensives de tous les Weiner-Nikov.
— Tous ? Cela a dû prendre un sacré bout de temps !
— Près de deux heures, ma Colonelle. Une éternité pour nous. Une fois ceci fait, toutes les épaulettes lance-roquette, les lames ionisées rétractables, les lance-grenades latéraux et les percuteurs anti-mines furent entassés dans les ORCA, avec les fusils T-farad et les automatiques de poing. Ils allèrent jusqu’à démonter les plastrons DirSat de nos répartiteurs. Les inermes sont ensuite montés à bord et sont partis dans l’autre sens.
— Dans l’autre sens ?
— Oui, je précise qu’ils avaient pris la peine d’extraire les balises de positionnement des véhicules et de les fixer sur les WN de quelques soldats, pris au hasard. Une fois les quatorze ORCA partis, l’ex-lieutenant d’infanterie mixte Tancrède de Tarente me demanda d’ordonner à la colonne de se reformer. Je m’exécutai et nous nous mimes en route, en continuant dans notre direction initiale. Les méca-perch et les bipèdes de combats avaient été laissés derrière nous, parqués les uns contre les autres. Un quart d’heure après notre départ, une violente déflagration projeta une onde de choc dans la jungle. Ils les avaient fait sauter.