Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
— Bien, ma Colonelle. »
Clorinde dut faire face à une brusque remontée de son malaise. Cette mission avait constitué une horrible épreuve pour elle et la faire revivre, ne serait-ce que le temps d’un rapport, lui procurait une souffrance inexprimable.
« Hier matin, dès le lever de la troupe, à cinq heures trente, un officier de la Tour de contr… du Centre Opérationnel de Commandement a pris contact avec moi afin de me notifier que, en raison de la blessure subie par la lieutenante Montmarlon sur le front nord-est, on m’avait désignée pour prendre le commandement de mon unité.
— Pourquoi ? interrompit la colonelle Pavilly. Même si vous êtes Amazone de première classe, vous n’étiez ni la plus gradée, ni la plus qualifiée de votre unité.
— Je l’ignore, ma Colonelle. Je suppose que mon titre de Méta-guerrière ainsi que mes récentes décorations gagnées au combat ont eu quelque influence dans cette décision.
— Poursuivez.
— Ce jour-là, les ordres de mission de l’unité étaient simples : il fallait escorter un convoi de ravitaillement destiné au KRAC 34 en secteur delta 17. Les KRAC sont des fortins à défense automatisée permettant d’entreposer du matériel, des munitions ou des vivres destinés à…
— Amazone, nous savons ce qu’est un KRAC.
— Euh… Bien sûr, veuillez m’excuser, ma Colonelle. Je disais donc que j’avais été désignée à la dernière minute pour commander cette opération et j’étais fermement décidée à m’acquitter de cette tâche aussi bien (mieux même, pensa-t-elle) que n’importe quel officier. Sur le coup de six heures trente, je rassemblai toute l’unité à la porte sud où attendait déjà la colonne de quatorze ORCA que nous devions escorter. À ce moment, j’appris que nous bénéficierions du renfort d’une demi-unité d’infanterie… Trente-deux soldats du bataillon des Sapeurs sous les ordres d’une Amazone, je sus aussitôt que la gestion de l’escadron allait être délicate. »
L’un des deux colonels des Dragons installés de l’autre côté de la table sursauta.
« Insinueriez-vous que les troupes d’infanterie ne savent pas obéir aux ordres ? s’exclama-t-il.
— Colonel, coupa aussitôt Ysabelle Pavilly, je vous rappelle qu’en vertu du code de procédure militaire, je suis la seule personne de cette assemblée habilitée à m’adresser directement au témoin puisque c’est une…
— … puisque c’est une Amazone que nous entendons, termina cavalièrement le colonel. Oui, oui, je sais cela. Mais cela ne l’autorise pas à tenir des propos insultants à l’égard de l’infanterie.
— Certes, reprit Pavilly, toutefois vous admettrez que les troupes sont souvent peu enclines à accepter le commandement d’un officier d’une autre arme. Cependant (elle leva une main afin de prévenir une nouvelle réplique du colonel), je demande à l’Amazone auditionnée de s’abstenir dès à présent de tout jugement de valeur qui n’entrerait pas strictement dans le cadre de son récit.
— Bien, ma Colonelle », fit Clorinde en inclinant la tête.
Elle venait de comprendre que, contrairement aux apparences, les deux représentantes de son régiment n’étaient pas là pour la mettre en accusation, mais au contraire pour la protéger. Il était de plus en plus clair qu’elle se trouvait mêlée, à son corps défendant, à une lutte au sommet de l’état-major dans laquelle chacun cherchait à se positionner au mieux selon une situation nouvelle. La situation créée par son pré-rapport, remis la veille au soir. Ou plus précisément, par un passage en particulier de son pré-rapport qu’elle savait explosif.
« Nous partîmes donc presque à l’heure prévue, reprit-elle. Seul un problème mécanique sur un ORCA nous contraignit à attendre un quart d’heure qu’une réparation soit effectuée. Après quoi, les quatorze transports, les cinquante-quatre Amazones et les trente-deux Sapeurs se mirent en route en direction du delta 17. Tout se déroula sans incident durant les cinq premières heures de la mission. Comme d’habitude, le terrain était accidenté, mais nous ne rencontrâmes aucun obstacle insurmontable pour des ORCA. Néanmoins, les choses se compliquèrent en début d’après-midi, lorsque nous atteignîmes le secteur delta 12. »
« La chaleur était à son maximum et les équipements peinaient à maintenir les températures internes à des niveaux raisonnables. Bien que le risque de contact ennemi soit minime, je faisais effectuer aux répartiteurs des allers-retours réguliers entre l’avant et l’arrière de la colonne afin que les données soient correctement croisées. Les vents soufflaient fort. Des dizaines de petites tornades naissaient et mouraient en permanence partout autour de nous et certaines bourrasques étaient si puissantes qu’il s’en fallait souvent de peu que l’on soit déstabilisé sur sa monture. Plus nous nous enfoncions dans ce secteur, plus les failles étaient nombreuses et longues, nous forçant à procéder sans cesse à de fastidieux contournements. Comme les abords des failles sont souvent instables, il était nécessaire de se montrer prudent – parfois à l’excès – dans le choix des trajectoires et ce zigzag permanent commençait à irriter la troupe. Malheureusement, ce qui devait arriver arriva ; à quinze heures quinze, la colonne fut contrainte de s’arrêter pour de bon. »
« En début d’après-midi, nous nous étions engagés sur le faîte d’une sorte de paroi naturelle séparant deux immenses crevasses, qui nous offrait une route faisant un peu penser au chemin de ronde d’une énorme muraille. Large en moyenne d’à peine vingt mètres, cette étroite bande de terre et de roc, dont les côtés tombaient parfois à pic, permettait néanmoins à la colonne de passer en toute sécurité et les cartes montraient qu’elle était praticable jusqu’à l’endroit où les deux canyons parallèles prenaient fin. Hélas, après deux heures de progression sans encombre, nous aboutîmes dans un véritable cul-de-sac. »
« Un effondrement massif s’était produit sur la muraille, ménageant une jonction profonde entre les deux failles. Comme les relevés satellite ne mentionnaient pas cet effondrement, je supposai qu’il était récent. Peut-être même s’était-il produit durant la nuit ? Nous avions déjà eu l’occasion de constater à quel point les récentes pluies avaient pu fragiliser certaines pentes où la roche poreuse affleurait et, à en juger par l’état des parois, c’était certainement ce qui était survenu ici. Quoi qu’il en soit, le chemin que nous comptions emprunter n’existait plus. Les répartiteurs me confirmèrent rapidement ce que n’importe qui pouvait constater d’un simple regard : aucun itinéraire de contournement de cet effondrement n’était envisageable. Il ne restait donc qu’une solution raisonnable : rebrousser chemin jusqu’à l’ouverture de la faille la plus courte des deux.
— Dans ce cas, l’interrompit la colonelle amazone, pourquoi n’est-ce pas ce que vous avez fait ? Pourquoi diable avez-vous choisi de descendre dans cette faille ? »
Clorinde di Severo marqua un temps avant de répondre. C’était le premier point litigieux. Le premier acte de commandement qu’on allait lui reprocher.
« Revenir sur nos pas jusqu’à l’ouverture de la faille la plus courte aurait signifié prendre plusieurs heures de retard supplémentaires sur les ordres que j’avais reçus. Cela impliquait, presque à coup sûr, l’annulation de la mission et le retour à la Nouvelle-Jérusalem. Pour moi, c’était la dernière option à envisager. On ne m’avait pas confié les rênes de cette mission pour que je renonce au premier obstacle.
— Alors, c’était juste une question d’orgueil ? » persifla le colonel des Dragons.