Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Afin d’éviter que tous les ingénieurs présents ne voient leurs capacités intellectuelles diminuées par les vapeurs narcotiques libérées par les Uk’tis, seules quelques feuilles furent allumées dans une coupelle disposée juste devant Tan’hem. De cette manière, personne d’autre n’inhalait directement de fumée. Le vieux sage se laissa aller dans le fauteuil en tâchant de se détendre. Au bout d’une minute, un bruit étrange attira mon attention. En en cherchant la source, je compris soudain que c’était Tan’hem lui-même qui émettait une douce mélopée gutturale, pratiquement sur le mode infra-vocal, donc très difficile à entendre.
Percevant ma curiosité, il m’expliqua qu’il cherchait ainsi à plonger dans un état semi-cataleptique qui, l’espérait-il, diminuerait encore son acuité mentale. Bien entendu, le silence total fut imposé dans le Chaudron.
Ainsi, grâce à toutes ces dispositions, nous parvînmes à faire chuter le cycle d’oscillation des ondes bêta du vieux sage atamide à une quarantaine de hertz en signal sortant. C’était encore beaucoup – l’équivalent de ce l’on mesurerait sur un type sous amphétamines à qui on essaierait d’expliquer un problème complexe – mais cela valait la peine d’essayer. Je relançai donc la demande de connexion.
L’écran devant moi afficha le processus d’identification, clignota plusieurs fois, puis vira au bleu en annonçant laconiquement : « Utilisateur accrédité : session démarrée ». Je poussai un profond soupir de soulagement tandis que quelques inermes dans la salle se laissèrent aller à pousser des cris de joie étouffés ou à applaudir, aussitôt réprimandés par Silvio qui, veillant à la qualité du signal comme une chienne sur ses chiots, ne voulait pas qu’on dérange Tan’hem.
L’écran se subdivisa en longues bandes horizontales qui tournoyèrent sur elles-mêmes un instant avant de laisser place à un noir total. Le fameux noir absolu qui survient dès que le Nod2 prend le contrôle de vos perceptions. Pour moi, ce n’était qu’un écran vide ; pour Tan’hem, cela signifiait la disparition de toute lumière naturelle. Puis des irisations fractales complexes envahirent les plaques vidéo, tissant une trame abstraite dans toutes les directions avant d’adopter progressivement une forme lisible et cohérente, celle d’arborescences élégantes composées de sphères blanches de tailles diverses reliées par des fils lumineux transportant des trains d’information visibles sous la forme de pulsations énergétiques lancées à grande vitesse d’une structure à l’autre.
Des gouttelettes de sueur froide descendirent lentement le long de mon épine dorsale.
Je suis dans l’Infocosme.
Certes, je n’étais pas réellement dedans puisque je devais me contenter d’une visualisation sur écran, mais bon sang, c’était tellement proche !
Pour la première fois depuis plusieurs mois, j’étais à nouveau connecté. Je sentis mon pouls battre violemment dans mes tempes. Il fallait que je garde mon sang-froid.
« Tout va bien, Tan’hem ? » demandai-je en atamide au vieux sage, d’une voix mal assurée.
— C’est… déconcertant, répondit celui-ci. C’est très beau. » J’entendis la voix de Silvio derrière moi.
« Le rythme EEG augmente, son attention s’accentue ! Nous frôlons les quarante-cinq hertz ! »
Pour un esprit curieux comme celui de Tan’hem, une telle expérience devait être excitante au plus haut degré. Conserver un état d’esprit détaché lui demandait probablement un effort important. J’ignorais à partir de quelle fréquence exactement le Nod2 nous débrancherait autoritairement.
Je sélectionnai rapidement pour lui un avatar anonyme, puis nous nous laissâmes flotter jusqu’à l’Arbre principal en cherchant un pseudo-vent. Dès que Tan’hem m’informa qu’il sentait comme une étrange « caresse tiède », je sus que nous avions trouvé un courant descendant. Je nous confiai alors à ce vent imaginaire qui soufflait vers le « bas » afin qu’il nous porte plus loin.
À la base de l’Arbre, je laissai Tan’hem admirer les énormes racines des différents secteurs mémoriels du bioStruct qui plongeaient dans des lacs de lumière laiteuse et miroitante, tandis que des brins de données allongés à l’extrême venaient de toutes les directions s’y connecter afin de récupérer ou d’envoyer des informations. Nous remontâmes ensuite vers les premiers champs de données pupitres en temps réel. Il y avait beaucoup moins de monde ici depuis que le Saint-Michel avait procédé à sa mitose colossale, et je craignis un moment qu’on ne nous remarque à cause de cela. Heureusement, personne ne prêta la moindre attention à ce drôle de pupitreur désœuvré qui errait tel un cerf-volant perdu.
Quelle expérience étrange ce fut pour moi de pupitrer à plat, c’est-à-dire sur un écran, en visualisant par dérivation la projection encéphalique formée dans le cerveau d’un autre ! J’avais l’impression de ne pas être tout à fait libre de mes mouvements, de ne pas pouvoir réellement regarder où je le souhaitais. C’était comme de progresser à cheval sur le dos de quelqu’un, une minerve sur le cou vous empêchant de tourner la tête.
Nous ne travaillâmes qu’une demi-heure. Pour cette première tentative, il n’était pas question de lancer des actions audacieuses, au risque de se faire remarquer. Il s’agissait simplement de vérifier que nous pouvions nous connecter, puis agir à l’intérieur du système sans être bloqués par les protocoles de sécurité. Et sur ce point, nous étions rassurés. Le hack produit par notre équipe nous permettait effectivement de pénétrer dans l’Infocosme du bioStruct alors que nous devions nous passer de toute la surcouche logicielle d’accréditation fournie automatiquement lorsque l’on pupitre directement depuis le Diamant.
Un véritable petit exploit.
Pourtant, même si c’était déjà un gros morceau, ce n’était pas suffisant. Une fois dans la place, nous allions être confrontés aux mêmes difficultés que lorsque nous exécutions de force notre travail au Nod2 ; dans I’Infocosme, impossible de faire un pas hors des sentiers balisés sans être automatiquement repérés. Ce serait là notre défi pour les semaines à venir : rééditer, à grande échelle, la performance qui m’avait permis de pénétrer une zone noire l’année dernière.
Lorsque Tancrède fut de retour de son entrevue secrète avec le duc de Basse-Lorraine, je pus partager avec lui la joie de cette percée décisive. Ce n’était qu’un début, bien sûr, et nous étions encore loin d’avoir trouvé les preuves fondamentales qui gisaient peut-être dans les méandres infinis du bioStruct, toutefois, il s’agissait d’une étape incontournable.
Tancrède en fut ravi, d’autant que les nouvelles qu’il rapportait n’étaient pas bonnes. L’opération « Cercle de feu », ainsi que l’état-major avait baptisé le grand front concentrique ouvert de part et d’autre de la Nouvelle-Jérusalem, était la seule tentative envisagée d’annexion de la planète. Si, pour quelque raison que ce soit, elle devait échouer, alors des frappes énergétiques orbitales seraient ordonnées, qui, outre les millions de morts qu’elles provoqueraient, rendraient les régions frappées inhabitables pour des décennies.
À défaut d’avoir Akya du Centaure pour eux seuls, les humains en feraient un enfer.
Lorsque Clorinde di Severo entra dans le badinent adossé au Palais de justice, elle se sentait si mal qu’elle en avait presque la nausée. C’était ici, à l’ombre de l’éminence rocheuse surnommée par les troupes la Tour de contrôle, que la cour martiale de la Nouvelle-Jérusalem rendait ses jugements.