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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Tandis qu’ils conversaient de la sorte, la Compagnie défilait lentement sur les chemins du bois, conduite par Haldir ; l’autre Elfe fermait la marche. Le sol sous leurs pieds paraissait lisse et moelleux, et au bout d’un moment, ils marchèrent plus librement, sans craindre de tomber ou de se faire mal. Privé de sa vue, Frodo sentit son ouïe et ses autres sens aiguisés. Il percevait l’odeur des arbres et de l’herbe piétinée. Il saisissait une variété de notes dans le bruissement des feuilles au-dessus de lui, dans la rivière qui murmurait quelque part à sa droite, dans la voix claire et ténue des oiseaux, haut dans le ciel. Il sentait le soleil sur son visage et ses mains, lorsqu’ils traversaient une clairière.

Dès qu’il avait posé le pied sur l’autre rive de l’Argentine, un sentiment étrange s’était emparé de lui, et cette impression s’accentuait à mesure qu’il entrait dans la Naith : il lui semblait avoir franchi un pont de temps jusque dans les Jours Anciens, et marcher dans un monde depuis longtemps révolu. À Fendeval subsistait la mémoire de choses anciennes ; en Lórien, ces choses vivaient encore dans le monde de l’éveil. Le mal y avait été vu et entendu, le chagrin était chose connue ; les Elfes redoutaient le monde extérieur et s’en méfiaient : les loups hurlaient aux confins des bois ; mais nulle ombre ne s’étendait sur le pays de Lórien.

Toute cette journée, la Compagnie poursuivit sa marche, jusqu’à ce qu’elle sente la fraîcheur du soir et les premiers chuchotements du vent nocturne parmi les feuilles innombrables. Alors, tous se reposèrent et dormirent sans crainte sur le sol ; car leurs guides ne les laissèrent pas découvrir leurs yeux, et il leur était impossible de grimper. Au matin, ils se remirent en route, marchant sans se presser. Ils s’arrêtèrent à midi, et Frodo sut qu’ils étaient passés sous les chauds rayons du Soleil. Soudain, la rumeur de nombreuses voix monta tout autour de lui.

Une troupe d’Elfes en marche était arrivée en silence : ils se hâtaient vers la lisière septentrionale afin de contrer toute attaque venant de la Moria ; et ils apportaient des nouvelles, dont quelques-unes leur furent transmises par Haldir. Les orques intrus avaient été assaillis à l’improviste et presque tous tués ; les survivants avaient fui vers l’ouest, vers les montagnes, et ils étaient activement pourchassés. Une créature étrange avait aussi été vue, courant le dos courbé et les mains près du sol, comme une bête, sans pourtant en avoir la forme. Toute tentative de l’attraper était restée vaine ; mais ils avaient retenu leurs flèches, ne sachant pas si elle était bonne ou mauvaise, et elle était disparue vers le sud, suivant le cours de l’Argentine.

« Enfin, dit Haldir, ils m’apportent un message du Seigneur et de la Dame des Galadhrim. Nous avons ordre de vous laisser marcher librement, même le nain Gimli. La Dame semble savoir qui et ce que vous êtes dans votre Compagnie. De nouveaux messages sont peut-être arrivés de Fendeval. »

Il retira le bandeau des yeux de Gimli en premier. « Pardon ! dit-il en s’inclinant profondément. Regardez-nous maintenant d’un œil amical ! Regardez et réjouissez-vous, car vous êtes le premier nain à contempler les arbres de la Naith de Lórien depuis l’Ère de Durin ! »

Quand ses yeux furent dévoilés à leur tour, Frodo leva la tête et retint son souffle. Ils se tenaient dans un espace découvert. À gauche s’élevait un grand monticule, couvert d’une pelouse aussi verte que le Printemps aux Jours Anciens. Deux cercles d’arbres y poussaient, comme une double couronne : ceux du dehors, dont l’écorce était blanche comme neige, étaient dénués de feuilles, mais gracieux dans leur nudité ; ceux du dedans étaient des mellyrn de grande taille, encore revêtus d’or pâle. Haut dans les branches d’un arbre immense qui poussait au milieu de tous, brillait un flet blanc. Au pied des arbres, et partout sur les flancs verdoyants de la colline, l’herbe était parsemée de petites fleurs dorées en forme d’étoile. Et parmi celles-ci se trouvaient d’autres fleurs, leurs têtes blanches ou teintées de vert dodelinant sur de frêles tiges : elles chatoyaient comme une brume sur le riche coloris de verdure. Un ciel bleu couronnait le tout, et le soleil de l’après-midi inondait la colline de lumière et jetait de longues ombres vertes sous les arbres.

« Voyez ! Vous voici au Cerin Amroth, dit Haldir. Car c’est le cœur de l’ancien royaume tel qu’il existait il y a bien longtemps ; et voici le tertre d’Amroth, où s’élevait sa haute maison en des jours plus heureux. Les fleurs d’hiver fleurissent toujours ici dans l’herbe impérissable : l’elanor jaune et la pâle niphredil. Nous allons rester ici quelque temps, et gagnerons la cité des Galadhrim au crépuscule. »

Les autres se laissèrent choir dans l’herbe odorante, mais Frodo s’émerveilla pendant un temps encore. Il lui semblait être passé à travers une fenêtre haute qui regardait sur un monde disparu. Ce monde était baigné d’une lumière qui n’avait aucun nom dans sa langue. Toutes choses y étaient belles, mais leurs contours paraissaient neufs, comme s’ils avaient été conçus et tracés à l’instant même du dévoilement de ses yeux, et anciens à la fois, comme s’ils subsistaient de toute éternité. Il ne voyait d’autres couleurs que celles qu’il connaissait, or et blanc et vert et bleu, mais elles étaient fraîches et émouvantes, comme s’il les percevait alors pour la première fois, en leur donnant des noms nouveaux et merveilleux. Ici, en hiver, les cœurs ne pleuraient pas l’été ou le printemps. Nulle flétrissure, maladie ou difformité ne paraissait sur les fruits de la terre. Le pays de Lórien ne portait aucune souillure.

Se retournant, il vit que Sam se tenait maintenant à ses côtés et regardait autour de lui d’un air perplexe, se frottant les yeux comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas. « C’est bien le soleil que je vois, clair comme le jour, dit-il. Je pensais que les Elfes, ils en avaient que pour la lune et les étoiles ; mais ici, c’est plus elfique que tout ce que j’ai jamais entendu raconter. Je me sens comme si j’étais dans une chanson, si vous saisissez. »

Haldir les regardait, et il semblait en effet saisir ce qu’ils exprimaient en pensées et en paroles. Il sourit. « Vous sentez le pouvoir de la Dame des Galadhrim, dit-il. Vous plairait-il de gravir le Cerin Amroth en ma compagnie ? »

Ils le suivirent tandis qu’il s’élançait avec légèreté sur les pentes couvertes d’herbe. S’il marchait et respirait, et si autour de lui toutes fleurs et feuilles vivantes remuaient dans cette brise fraîche qui éventait son visage, Frodo ne se sentait pas moins dans un pays intemporel qui jamais ne se fanait, jamais ne changeait, jamais ne sombrait dans l’oubli. Une fois qu’il aurait regagné le monde extérieur, Frodo le voyageur du lointain Comté marcherait encore là-bas, dans l’herbe semée d’elanor et de niphredil, en Lothlórien la belle.

Ils entrèrent dans le cercle d’arbres blancs. À ce moment, le Vent du Sud souffla sur le Cerin Amroth, soupirant parmi les branches. Frodo se tint immobile, percevant l’écho de grandes mers se brisant sur des plages de longtemps emportées, et les cris d’oiseaux de mer dont la race avait disparu de la terre.

Haldir ne s’était pas arrêté, et il grimpait maintenant vers le haut flet. Frodo, s’apprêtant à le suivre, posa sa main sur l’arbre près de l’échelle : jamais il n’avait eu un ressenti aussi soudain et vif de la texture d’un arbre, de l’écorce qui l’enveloppe et de la vie qui l’anime. Le bois et son contact le remplirent d’une joie – non celle du forestier ou du charpentier : c’était la joie de l’arbre même.

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