Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
du Sud ensoleillé au Nord triste et désert,
par l’antre de dragon et la porte cachée
et les bois ténébreux il allait à son gré.
Mortels et immortels, Hommes et Elfes sages,
le Nain et le Hobbit, il était leur ami ;
de l’oiseau voyageur, de la bête tapie
et de tous autres gens il parlait le langage.
Une épée redoutable, une main guérisseuse,
un dos qui se courbait sous le poids du souci ;
une flamme irascible, une voix chaleureuse ;
sur une longue route, un vieux pèlerin gris.
Un maître de sagesse aux sourcils hérissés,
de la colère au rire, vif et impétueux ;
un vieil homme chenu au chapeau cabossé,
qui toujours se tenait sur un bâton noueux.
Seul sur le pont étroit, brillant de hardiesse,
debout il défia l’Ombre et le Feu unis ;
son bâton se brisa sur la pierre noircie,
mourut à Khazad-dûm sa vivante sagesse.
« Ma foi, vous allez battre M. Bilbo si ça continue ! » dit Sam.
« J’ai bien peur que non, dit Frodo. Mais c’est le mieux que je puis faire pour l’instant. »
« Eh bien, monsieur Frodo, si jamais vous remettez ça, j’espère que vous glisserez un mot sur ses feux d’artifice, dit Sam. Quelque chose comme ça :
Les plus belles fusées que l’on ait vues sur terre :
d’éblouissants éclairs de toutes les couleurs,
ou des averses d’or juste après le tonnerre
soudain tombées du ciel comme une pluie de fleurs.
Même si c’est loin de leur rendre justice. »
« Non, je te laisse t’en charger, Sam. Ou peut-être Bilbo. Mais… non, je n’ai plus le cœur d’en parler. Je ne supporte pas l’idée de lui annoncer la nouvelle. »
Un soir, Frodo et Sam se promenaient ensemble dans la fraîcheur du crépuscule. Tous deux étaient de nouveau agités. Frodo s’était soudain senti étreint par l’ombre d’une séparation : étrangement, il savait que l’heure était très proche où il devrait quitter la Lothlórien.
« Que penses-tu des Elfes à présent, Sam ? dit-il. Je t’ai déjà posé la même question une fois – cela me semble faire une éternité ; mais tu en as vu souvent depuis. »
« Et comment ! dit Sam. Et je dirais qu’il y a Elfes et Elfes. Tous aussi elfiques les uns que les autres, mais pas tous pareils. Les gens d’ici sont pas des vagabonds et des sans foyer, ils nous ressemblent un peu plus à nous : on dirait qu’ils sont à leur place ici, même plus que nous autres dans le Comté. Difficile de dire si c’est eux qui ont fait le pays ou si c’est le pays qui les a faits – si vous voyez ce que je veux dire. C’est merveilleux comme c’est calme, ici. On dirait qu’il se passe jamais rien, et personne a l’air de s’en plaindre. S’il y a de la magie quelque part, elle est bien cachée, là où j’arrive pas à mettre la main dessus, pour ainsi dire. »
« On peut la voir et la sentir partout », dit Frodo.
« N’empêche, dit Sam, on voit personne en faire. Pas de feux d’artifice, comme ce pauvre vieux Gandalf nous en montrait. Je me demande bien pourquoi qu’on n’a pas vu le Seigneur ni la Dame pendant tout ce temps. J’ai idée qu’elle pourrait faire des choses merveilleuses, elle, si elle voulait. Ce que j’aimerais voir ça, de la magie elfe, monsieur Frodo ! »
« Pas moi, dit Frodo. Je suis satisfait. Et ce ne sont pas les feux d’artifice de Gandalf qui me manquent, mais ses sourcils broussailleux, et ses colères, et sa voix. »
« Vous avez raison, dit Sam. Et c’est pas moi qui trouverais quelque chose à redire, vous le savez bien. J’ai souvent eu envie de voir un peu de magie comme c’est dit dans les vieux contes, mais j’ai jamais entendu parler d’un pays comme ç’ui-là. C’est comme être à la maison et en vacances en même temps, si vous me comprenez. J’ai pas envie de partir. Mais je commence tout de même à me dire que, s’il faut continuer, alors autant en finir tout de suite.
« C’est l’ouvrage qu’on commence jamais qu’est le plus long à achever, comme disait mon vieil ancêtre. Et j’ai pas l’impression que ces gens-là peuvent faire grand-chose d’autre pour nous aider, avec ou sans magie. C’est quand qu’on va sortir d’ici que Gandalf va nous manquer le plus, que je me dis. »
« Ce n’est que trop vrai, Sam, j’en ai peur, dit Frodo. Mais j’espère vraiment qu’avant de partir, on pourra revoir la Dame des Elfes. »
Et c’est alors qu’ils virent, comme en réponse à ses paroles, la dame Galadriel s’approcher. Grande, et belle, et blanche elle était, avançant sous les arbres. Elle ne dit mot mais les appela à elle.
Prenant une autre direction, elle les mena vers les pentes sud de Caras Galadhon, après quoi ils passèrent une haute haie verdoyante et entrèrent dans un jardin fermé. Aucun arbre n’y poussait, et il s’étendait à ciel ouvert. L’étoile du soir s’était levée, et elle brillait d’un feu blanc au-dessus des bois de l’ouest. Empruntant un long escalier, la Dame descendit dans le profond vallon vert, au fond duquel murmurait le ruisseau argent qui sortait de la fontaine, sur la colline. En bas, sur un court piédestal taillé comme un arbre aux multiples rameaux, était posée une vasque d’argent, large et peu profonde, près de laquelle se trouvait une aiguière argentée.
Ayant puisé de l’eau au ruisseau, Galadriel remplit la vasque jusqu’au bord et souffla dessus ; et quand l’eau fut de nouveau calme, elle parla. « Voici le Miroir de Galadriel, dit-elle. Je vous ai amenés ici pour que vous puissiez y regarder, si le cœur vous en dit. »
L’air était parfaitement immobile, le vallon plongé dans l’ombre ; et à ses côtés, la Dame elfe était grande et pâle. « Que devons-nous chercher, et qu’allons-nous y voir ? » demanda Frodo, plein de révérence.
« Il est bien des choses que je puis commander au Miroir de révéler, répondit-elle, et à certains je puis montrer ce qu’ils désirent voir. Mais le Miroir montre aussi des choses de sa propre initiative, souvent plus étranges et plus profitables que celles que nous souhaitons voir. Je ne puis dire ce que tu verras, si tu laisses le Miroir opérer à sa guise. Car il montre ce qui fut, ce qui est, et ce qui pourrait être. Mais lequel des trois leur est montré, même les plus grands sages ne peuvent toujours le dire. Désires-tu y regarder ? »
Frodo ne répondit pas.
« Et toi ? dit-elle, se tournant vers Sam. Car c’est, je crois, ce que les tiens appellent de la magie, même si je ne vois pas bien ce qu’ils veulent dire ; et je crois savoir qu’ils usent du même mot pour décrire les artifices de l’Ennemi. Mais ceci, dirons-nous, est la magie de Galadriel. N’as-tu pas dit que tu souhaitais voir de la magie elfe ? »
« Oui, oui, répondit Sam, tremblant un peu, entre la peur et la curiosité. Je vais y jeter un œil, madame, si vous permettez.
« Et je serais pas fâché de voir un peu ce qui se passe cheu nous, dit-il à Frodo en aparté. J’ai l’impression d’être parti depuis bien trop longtemps. Mais si ça se trouve, je verrai rien que les étoiles, ou quelque chose que je comprendrai pas. »
« Si cela se trouve, fit la Dame avec un doux rire. Mais allons, tu regarderas, et tu verras ce que tu pourras bien voir. Ne touche pas à l’eau ! »
Sam monta sur la base du piédestal et se pencha sur la vasque. L’eau paraissait dure et sombre. Des étoiles s’y reflétaient.
« Y a rien que des étoiles, comme je pensais », dit-il. Puis il retint son souffle, car les étoiles s’éteignirent. Comme si un voile sombre venait d’être retiré, le Miroir devint gris, avant de s’éclaircir complètement. Un soleil brillait, et des branches d’arbres ondoyaient et s’agitaient au vent. Mais avant que Sam ait pu se faire une idée de ce qu’il voyait, la lumière s’évanouit ; et à présent il crut voir Frodo le visage blême, profondément endormi au pied d’une haute falaise noire. Puis il sembla se voir lui-même avancer dans un passage sombre, et grimper un interminable escalier en colimaçon. Soudain il se rendit compte qu’il cherchait quelque chose de toute urgence, sans savoir toutefois ce que c’était. Comme un rêve, la vision changea, se répétant, et il vit de nouveau les arbres. Mais cette fois, ils n’étaient pas aussi proches, et il pouvait voir ce qui se passait : ils ne se balançaient pas au vent, ils tombaient et s’écrasaient au sol.