Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Et ce disant, de ses yeux elle les retint, et en silence elle les fouilla du regard chacun à son tour. Aucun d’entre eux, sauf Legolas et Aragorn, ne put soutenir son regard longtemps. Sam ne tarda pas à rougir et à baisser la tête.
Enfin, la dame Galadriel les libéra de ses yeux scrutateurs, et elle sourit. « Ne laissez pas vos cœurs se troubler, dit-elle. Cette nuit, vous dormirez en paix. » Alors ils soupirèrent et se sentirent soudain très las, comme s’ils venaient de subir un long et rigoureux interrogatoire, bien qu’aucune parole n’eût été prononcée.
« Allez vous reposer ! dit Celeborn. Vous êtes harassés de chagrin et d’un long labeur. Même si votre Quête ne nous concernait d’aussi près, vous trouveriez asile dans cette Cité, jusqu’à ce que vous soyez guéris et revigorés. Maintenant, délassez-vous, et nous nous garderons entre-temps de parler du chemin qui attend devant vous. »
Cette nuit-là, la Compagnie dormit au sol, à la grande satisfaction des hobbits. Les Elfes élevèrent pour eux un pavillon parmi les arbres non loin de la fontaine, et ils y installèrent de confortables couchettes ; puis, avec des mots apaisants prononcés de leurs belles voix elfiques, ils les quittèrent. Pendant un court moment, les voyageurs parlèrent de leur nuit au sommet des arbres, de leur marche de la journée et du Seigneur et de la Dame ; car ils n’avaient pas encore le cœur de se reporter plus loin en arrière.
« Pourquoi as-tu rougi, Sam ? dit Pippin. Tu n’as pas mis de temps à craquer. On aurait juré que tu avais mauvaise conscience. J’espère que ce n’était rien de pire qu’un vilain complot pour me chiper une couverture. »
« J’ai même jamais pensé une chose pareille, répondit Sam, qui n’était pas d’humeur à plaisanter. Si vous voulez le savoir, je me suis senti comme si j’avais plus rien sur le dos, et ça m’a pas plu. On aurait dit qu’elle regardait en dedans de moi, et qu’elle me demandait ce que je ferais si elle me donnait la chance de m’envoler jusque cheu nous dans le Comté, avec un joli petit trou et puis… et puis un petit coin de jardin à moi. »
« C’est drôle, ça, dit Merry. J’ai ressenti presque la même chose ; seulement, seulement… enfin, je pense que je vais m’arrêter là », acheva-t-il piteusement.
Tous semblaient avoir vécu la même chose : chacun s’était senti invité à choisir entre une ombre terrifiante devant lui, et une chose qu’il désirait plus que tout : elle se présentait clairement à son esprit et, pour l’avoir, il n’avait qu’à se détourner de la route, laissant la Quête et la guerre contre Sauron à d’autres.
« Et j’avais également l’impression, dit Gimli, que mon choix demeurerait secret et ne serait connu que de moi. »
« Pour moi, ce fut extrêmement étrange, dit Boromir. Peut-être était-ce seulement une épreuve, et songeait-elle à lire nos pensées dans un dessein tout à fait honorable ; mais j’aurais presque cru qu’elle nous tentait, et nous offrait ce qu’elle prétendait être en mesure de donner. Inutile de dire que je refusai d’écouter. Les Hommes de Minas Tirith sont fidèles à leur parole. » Mais ce qu’il pensait que la Dame lui avait offert, Boromir se garda bien de le dire.
Quant à Frodo, il ne voulut pas parler, même si Boromir le pressait de questions. « Elle vous a longuement tenu sous regard, Porteur de l’Anneau », dit-il.
« Oui, dit Frodo, mais qu’importe ce qui m’est venu à l’esprit à ce moment-là, je préfère l’y laisser. »
« Eh bien, méfiez-vous ! dit Boromir. Je ne sais trop quoi penser de cette Dame elfique et de ses intentions. »
« Ne dites pas de mal de la dame Galadriel ! dit sévèrement Aragorn. Vous ne savez pas ce que vous dites. Il n’y a en elle aucun mal, ni en ce pays, à moins qu’un homme ne l’y apporte avec lui. Alors, qu’il prenne garde ! Mais cette nuit, je dormirai sans crainte pour la première fois depuis que j’ai quitté Fendeval. Et puissé-je dormir profondément, et oublier un temps ma peine ! Je suis las de corps et de cœur. » Il se laissa choir sur sa couchette et sombra aussitôt dans un long sommeil.
Les autres l’imitèrent bientôt, et aucun son ni rêve ne vint troubler leur repos. Quand ils se réveillèrent, ils virent que la lumière du jour se déversait à plein sur la pelouse devant le pavillon ; et la fontaine jaillissait et retombait, miroitant au soleil.
Ils demeurèrent plusieurs jours en Lothlórien, pour autant qu’ils aient pu en juger ou s’en souvenir. Durant tout leur séjour là-bas, le soleil brilla de tous ses feux, n’était une douce averse qui tombait à l’occasion et qui rendait au monde toute sa fraîcheur et sa pureté. L’air était frais et doux, comme au début du printemps, mais ils sentaient autour d’eux le calme profond et recueilli de l’hiver. Ils avaient l’impression qu’ils ne faisaient guère que manger, boire et se reposer, et marcher parmi les arbres ; et cela leur suffisait.
Ils n’avaient pas revu le Seigneur et la Dame, et ils conversaient rarement avec les Elfes ; car peu d’entre eux connaissaient la langue occidentalienne ou voulaient la parler. Haldir leur avait fait ses adieux et était retourné aux barrières du Nord, où la surveillance était redoublée en raison des nouvelles de la Moria que la Compagnie avait apportées. Legolas allait souvent parmi les Galadhrim, et après le premier soir, il ne revint pas dormir avec les compagnons, même s’il les retrouvait pour manger et pour discuter. Il lui arrivait souvent d’emmener Gimli quand il partait en visite dans le pays, et les autres s’étonnèrent de ce changement.
Or, tandis que les compagnons se promenaient ou s’asseyaient ensemble, ils parlaient de Gandalf, et tout ce qu’ils avaient jamais su et vu du magicien leur revenait clairement à l’esprit. Et à mesure qu’ils se remettaient des blessures et de la fatigue du corps, la douleur de leur deuil se faisait plus vive. Souvent ils entendaient des voix elfiques chanter non loin d’eux, et ils savaient qu’elles pleuraient sa chute, car ils entendaient son nom parmi les mots suaves et tristes qu’ils ne pouvaient comprendre.
Mithrandir, Mithrandir chantaient les Elfes, ô Gris Pèlerin ! Car ils aimaient à l’appeler ainsi. Mais quand Legolas était auprès de la Compagnie, il refusait d’interpréter pour eux les chansons, disant qu’il n’en avait pas le talent, et que pour lui, la douleur était encore trop proche, pour l’heure un sujet de larmes, et non de chant.
Frodo fut le premier à vouloir traduire son chagrin en des mots hésitants. Il était rarement enclin à composer des chansons ou des vers ; même à Fendeval, il avait écouté sans jamais chanter, même si sa mémoire en recelait de nombreuses que d’autres avaient composées avant lui. Or comme il se tenait assis devant la fontaine en Lórien, entouré par les voix des Elfes, sa pensée prit la forme d’une chanson qui lui paraissait belle ; mais lorsqu’il voulut la répéter à Sam, il n’en restait plus que des bribes, fanées comme une poignée de feuilles flétries.
Au crépuscule gris dans le soir du Comté,
du haut de la Colline on l’entendait monter ;
et dès le point du jour reprenant son bagage,
sans un mot il partait pour un autre voyage.
De la Contrée Sauvage aux berges de la Mer,