Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Oui, ils vivent tout au fond du bois, dit Aragorn avec un soupir, comme si un souvenir remuait en lui. Il faudra nous débrouiller seuls, ce soir. Nous allons continuer un peu, jusqu’à ce que les arbres nous entourent, puis nous nous écarterons du chemin pour chercher un endroit où dormir. »
Il fit quelques pas en avant ; mais Boromir, hésitant, ne le suivit pas. « N’y a-t-il aucune autre route ? » dit-il.
« Quelle autre route plus belle encore souhaiteriez-vous ? » dit Aragorn.
« Une route ordinaire, dût-elle traverser une forêt d’épées, répondit Boromir. Cette Compagnie a été menée par d’étranges chemins, pour son plus grand malheur. Nous sommes descendus dans les ombres de la Moria, bien contre mon gré, et quelle ne fut pas notre perte ! Maintenant il nous faudrait entrer au Bois Doré, dites-vous. Mais cette périlleuse contrée ne nous est pas inconnue au Gondor ; et l’on dit que bien peu en ressortent une fois entrés, et que, de ceux-là, aucun n’est revenu indemne. »
« Ne dites pas indemne, mais inchangé : peut-être alors serez-vous dans le vrai, dit Aragorn. Mais la tradition se perd au Gondor, Boromir, si dans la cité de ceux qui étaient sages autrefois, on parle désormais en mal de la Lothlórien. Quoi que vous en pensiez, aucune autre route ne s’offre à nous – à moins que vous ne vouliez regagner les Portes de la Moria, escalader les montagnes vierges, ou traverser seul le Grand Fleuve à la nage. »
« Après vous, dans ce cas ! dit Boromir. Mais c’est un endroit périlleux. »
« Périlleux, certes, dit Aragorn : beau et périlleux ; mais seul le mal doit le craindre, ou ceux qui apportent quelque mal avec eux. Suivez-moi ! »
Ils n’avaient guère parcouru plus d’un mille dans la forêt lorsqu’ils croisèrent un autre cours d’eau, dévalant les pentes boisées qui grimpaient à l’ouest, vers les montagnes. Ils l’entendaient ruisseler au-dessus d’une cascade quelque part parmi les ombres sur leur droite. Ses eaux noires et fougueuses passaient devant eux en travers du sentier, rejoignant l’Argentine en un tourbillon de mares sombres parmi les racines des arbres.
« Voici la Nimrodel ! dit Legolas. Les Elfes sylvains en ont fait de nombreux chants il y a bien longtemps, et nous les chantons encore dans le Nord, nous souvenant de l’arc-en-ciel de ses chutes, et des fleurs d’or flottant sur son écume. Tout est sombre à présent, et le Pont de la Nimrodel est détruit. Je vais m’y baigner les pieds, car on dit que cette eau guérit toute lassitude. » Il descendit la berge escarpée et s’avança dans la rivière.
« Suivez-moi ! cria-t-il. L’eau n’est pas profonde. Il n’y a qu’à la passer à gué ! Nous pourrons nous reposer sur l’autre rive, et trouver le sommeil au son des chutes d’eau, et l’oubli de ce qui nous afflige. »
Ils descendirent un à un et suivirent Legolas. Frodo se tint un moment près du bord et laissa l’eau couler sur ses pieds fourbus. Elle était froide, mais son toucher était pur, et tandis qu’il avançait et la voyait monter à ses genoux, il sentit ses membres lavés de toute salissure et de toute fatigue.
Quand la toute Compagnie eut traversé, ils s’assirent et prirent à manger ; et Legolas leur conta des histoires de la Lothlórien que les Elfes de Grand’Peur gardaient encore dans leurs cœurs, racontant la lumière du soleil des étoiles sur les prés, au bord du Grand Fleuve, avant que le monde ne soit devenu gris.
Enfin, un silence tomba, et ils prêtèrent l’oreille à la musique de la chute coulant mélodieusement parmi les ombres. Frodo eut presque l’impression d’entendre une voix chanter, comme mêlée au gazouillis de l’eau.
« Entendez-vous la voix de Nimrodel ? demanda Legolas. Je vais vous chanter une chanson de la jeune Nimrodel, nommée du même nom que la rivière où elle vivait jadis. C’est une belle chanson dans notre langue forestière ; mais la voici traduite dans le parler occidentalien, comme d’aucuns la chantent aujourd’hui à Fendeval. » D’une voix douce, à peine audible parmi le bruissement des feuilles au-dessus d’eux, il entonna :
Une jeune Elfe était jadis,
Une étoile en journée,
Son manteau blanc comme le lys,
De gris-argent chaussée.
Brillait une étoile à son front
Dans l’ombre de ses yeux ;
L’éclat doré des frondaisons
Luisait dans ses cheveux.
Souvent au bois de Lórien
Elle errait libre et seule ;
Aussi légère et aérienne
Que feuille de tilleul.
Aux chutes du vivant torrent
Qu’on nomma Nimrodel,
Sa voix tel un filet d’argent
Ruisselait claire et belle.
Nul ne sait plus où Nimrodel
Se promène aujourd’hui ;
Dans les montagnes sous le ciel
Sa beauté se perdit.
Le navire elfe au havre gris
Niché sous le versant
Des jours et des nuits l’attendit
Près des flots rugissants.
Du Nord, par une nuit tardive,
Il vint un vent sauvage
Qui mit le navire en dérive,
L’arrachant au rivage.
L’aube indécise se levant,
L’on vit sombrer les monts
Delà les vagues soulevant
Leurs amples plumets blonds.
Le bel Amroth qui s’éloignait
Sur une mer cruelle
Maudit la nef qui l’emportait
Loin de sa Nimrodel.
Un roi des elfes il était,
Un seigneur forestier,
Quand d’or les rameaux se paraient
Jadis au Bois Doré.
Sautant de la barre à la mer,
Filant comme une flèche,
Il plongea sous les flots amers
Comme mouette à la pêche.
Ses longs cheveux volant dans l’air,
Son maintien fier et digne,
On le vit glisser sur son erre,
S’éloignant tel un cygne.
Mais chez les Elfes jamais plus
N’a-t-on eu vent de lui,
Et depuis l’Ouest il n’est venu
Qu’un silence infini.
La voix de Legolas défaillit, et le chant cessa. « Je ne puis chanter plus longuement, dit-il. Ce n’était que le début, car j’en ai oublié une bonne partie. La suite est longue et triste, car elle raconte comment le chagrin arriva en Lothlórien, la Lórien de la Fleur, quand les Nains éveillèrent le mal au cœur des montagnes. »
« Mais les Nains n’ont pas créé le mal », dit Gimli.
« Je n’ai pas dit cela ; mais le mal est venu tout de même, répondit Legolas avec tristesse. Alors nombre des parents de Nimrodel quittèrent leurs demeures et s’en furent, et elle se perdit loin dans le Sud, parmi les cols des Montagnes Blanches ; et elle ne vint jamais au navire où Amroth son amant l’attendait. Mais au printemps, quand le vent remue les feuilles nouvelles, on entend encore l’écho de sa voix près des chutes qui portent son nom. Et quand le vent est au sud, la voix d’Amroth remonte depuis la mer ; car la Nimrodel se jette dans l’Argentine, que les Elfes nomment Celebrant, et la Celebrant rejoint Anduin le Grand, qui se jette à son tour dans la baie du Belfalas, d’où les Elfes de Lothlórien prirent la mer. Mais ni la jeune Nimrodel ni Amroth ne revinrent jamais ici.