Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
La pièce était baignée d’une douce lumière : ses murs étaient vert et argent et son plafond était d’or. Une multitude d’Elfes y prenaient place. Sur deux fauteuils adossés contre le tronc et surmontés d’une branche vivante en guise de dais, étaient assis, côte à côte, Celeborn et Galadriel. Ils se levèrent pour accueillir leurs hôtes, à la manière des Elfes, même ceux qui étaient considérés de puissants rois. Ils étaient très grands, la Dame non moins grande que le Seigneur ; et leurs visages étaient graves et beaux. Tous deux étaient vêtus de blanc ; et la chevelure de la Dame était d’or foncé, et celle du seigneur Celeborn était d’argent, longue et brillante ; mais ils n’avaient pas d’âge, sinon dans la profondeur de leurs yeux ; car ceux-ci étaient vifs comme des lances sous les étoiles, mais aussi insondables que les puits d’une longue mémoire.
Haldir amena Frodo devant eux, et le Seigneur lui souhaita la bienvenue dans sa propre langue. La dame Galadriel ne dit mot mais observa longuement son visage.
« Asseyez-vous maintenant près de mon fauteuil, Frodo du Comté ! dit Celeborn. Nous converserons quand tous seront arrivés. »
Il accueillit gracieusement chacun des compagnons, les appelant par leur nom à mesure qu’ils entraient. « Bienvenue, Aragorn fils d’Arathorn ! dit-il. Trente et huit années ont passé dans le monde extérieur depuis ta venue ici ; et ces années pèsent lourdement sur toi. Mais la fin est proche, pour le meilleur ou pour le pire. Défais-toi ici de ton fardeau pour un temps ! »
« Bienvenue, fils de Thranduil ! Trop rares sont les visites de mes parents du Nord. »
« Bienvenue, Gimli fils de Glóin ! Il y a bien longtemps en vérité qu’aucun des gens de Durin a été vu à Caras Galadhon. Mais voilà qu’aujourd’hui, nous faisons entorse à notre loi statuée de longue date. Puisse cela être un présage que, malgré les ténèbres, des jours meilleurs viendront, et qu’alors l’amitié sera renouvelée entre nos deux peuples. » Gimli s’inclina bien bas.
Quand tous les invités se furent assis devant lui, le Seigneur les considéra de nouveau. « Je vois ici huit compagnons, dit-il. Neuf devaient prendre la route, selon les messages. Mais peut-être a-t-on pris quelque nouveau conseil sans que cela ne vienne à nos oreilles. Elrond est loin, et les ténèbres s’épaississent entre nous ; et tout au long de cette année, les ombres se sont allongées. »
« Non, il n’y a pas eu d’autre conseil », dit la dame Galadriel, parlant pour la première fois. Sa voix était claire et mélodieuse, mais plus profonde qu’elle ne l’est d’ordinaire chez les femmes. « Gandalf le Gris est parti avec la Compagnie, mais il n’a pas passé les frontières de ce pays. Dites-nous maintenant où il se trouve ; car j’avais grand désir de lui reparler. Mais je ne puis le voir de loin, à moins qu’il ne passe les barrières de la Lothlórien : une brume grise l’entoure, et le chemin de ses pas et de sa pensée est caché à ma vue. »
« Hélas ! dit Aragorn. Gandalf le Gris est tombé dans l’ombre. Il est resté en Moria et n’a pu s’échapper. »
À ces mots, tous les Elfes de la salle s’exclamèrent de chagrin et d’étonnement. « Voilà une bien mauvaise nouvelle, dit Celeborn, la pire que j’aie eu à entendre en maintes longues années remplies de terribles drames. » Il se tourna vers Haldir. « Pourquoi ne m’avait-on encore rien dit à ce sujet ? » demanda-t-il dans la langue elfique.
« Nous n’avons pas informé Haldir de nos faits et gestes ou de notre but, dit Legolas. Dans un premier temps, nous étions fatigués et le danger nous suivait de trop près ; puis nous avons presque oublié notre peine, tandis que nous marchions dans la joie sur les beaux sentiers de Lórien. »
« Pourtant, notre peine est grande, et notre perte irrémédiable, dit Frodo. Gandalf était notre guide : il nous a conduits à travers la Moria, et alors que n’avions plus espoir d’en réchapper, il nous a sauvés et il est tombé. »
« Racontez-nous toute l’histoire ! » dit Celeborn.
Aragorn leur rapporta alors tout ce qui s’était passé sur le col du Caradhras et dans les jours suivants ; il évoqua Balin et son livre, le combat dans la Chambre de Mazarbul, le feu, le pont étroit, et la venue de la Terreur. « On aurait dit un mal de l’Ancien Monde ; je n’avais jamais vu rien de semblable, dit Aragorn. Il était flamme et ombre à la fois, fort et redoutable. »
« C’était un Balrog de Morgoth, dit Legolas ; de tous les fléaux des Elfes, le plus mortel, sauf Celui qui siège dans la Tour Sombre. »
« Oui, j’ai vu sur le pont ce qui hante nos rêves les plus sombres : j’ai vu le Fléau de Durin », dit Gimli à voix basse, et la peur se lisait dans ses yeux.
« Hélas ! dit Celeborn. Nous redoutions depuis longtemps qu’une terreur dormît sous le Caradhras. Mais si j’avais su que les Nains avaient de nouveau réveillé ce mal en Moria, je vous aurais interdit de passer la lisière septentrionale, à vous et à tous ceux qui vont avec vous. Et l’on pourrait croire, si la chose était possible, que Gandalf a fini par déchoir de la sagesse pour sombrer dans la folie, en se jetant sans raison dans le piège de la Moria. »
« Qui croirait une telle chose serait certes inconsidéré, dit Galadriel d’un ton grave. Jamais de sa vie Gandalf n’a agi sans raison. Ceux qui le suivaient ne connaissaient pas sa pensée et ne peuvent rendre compte de son dessein ultime. Mais quoi qu’il en soit du guide, ses suivants sont irréprochables. Nul besoin de vous repentir de l’accueil réservé au Nain. Si nos gens avaient souffert un long exil à mille lieues de la Lothlórien, qui d’entre les Galadhrim, même Celeborn le Sage, ne voudrait contempler en passant leur ancienne demeure, fût-elle devenue un repaire de dragons ?
« Sombres sont les eaux du Kheled-zâram, et froides sont les sources de la Kibil-nâla, et belles étaient les galeries et colonnades de Khazad-dûm, aux Jours Anciens d’avant la chute de rois puissants dessous la pierre. » Elle posa les yeux sur Gimli, au regard triste et noir, et lui sourit. Et le Nain, entendant les noms donnés dans sa propre langue ancestrale, releva la tête et croisa ses yeux ; et il lui sembla qu’il regardait soudain dans le cœur d’un ennemi et y trouvait amour et compréhension. Son visage, émerveillé, s’illumina, et il sourit à son tour.
Il se releva maladroitement et s’inclina à la manière des nains, disant : « Mais plus beau encore est le vivant pays de Lórien, et la dame Galadriel surpasse tous les joyaux qui gisent dessous la terre ! »
Il y eut un silence. Enfin, Celeborn parla de nouveau. « Je ne pensais pas que votre sort fût si cruel, dit-il. Que Gimli oublie mes dures paroles : c’est mon cœur qui parlait dans son inquiétude. Je ferai tout en mon pouvoir pour vous aider, chacun selon ses attentes et ses besoins, mais en particulier celui des petites gens qui porte le fardeau. »
« Votre quête nous est connue, dit Galadriel en regardant Frodo. Nous n’en parlerons pas ici plus ouvertement. Mais ce n’est peut-être pas en vain si vous êtes venus chercher de l’aide en ce pays, comme Gandalf lui-même se proposait de le faire, de toute évidence. Car le Seigneur des Galadhrim est réputé le plus sage des Elfes de la Terre du Milieu, et un donneur de présents qui surpassent l’opulence des rois. Il réside dans l’Ouest depuis l’aube des jours, et j’ai vécu avec lui un nombre incalculable d’années ; car j’ai traversé les montagnes avant la chute de Nargothrond et de Gondolin, et ensemble, à travers les âges du monde, nous avons combattu dans la longue défaite.
« C’est moi qui, en premier, ai réuni le Conseil Blanc. Et si mes desseins n’avaient été déjoués, il eût été dirigé par Gandalf le Gris, et peut-être alors les choses se seraient-elles passées autrement. Mais aujourd’hui encore, l’espoir demeure. Il n’est pas dans mon intention de vous conseiller, vous disant de faire ceci ou cela. Car ce n’est pas dans l’action et le stratagème, ni dans le choix entre telle et telle ligne de conduite que je puis vous être utile ; mais seulement dans la connaissance de ce qui fut et de ce qui est, et aussi en partie de ce qui sera. Et je vous dirai ceci : votre Quête tient sur le fil du rasoir. Le moindre écart la fera échouer, pour la ruine de tous. Mais l’espoir demeure tant que toute la Compagnie reste loyale. »