Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Ici, la Celebrant est déjà un fort cours d’eau, comme vous pouvez le constater, dit Haldir. Elle est rapide et profonde, mais aussi très froide. Nous n’y mettons pas les pieds aussi loin au nord, à moins d’y être obligés. Mais en ces jours de vigilance, nous ne construisons pas de ponts. Voici comment nous traversons ! Suivez-moi ! » Il fixa son bout de la corde à un autre arbre, puis il courut légèrement le long de celle-ci, traversant la rivière et revenant, comme s’il marchait sur une route.
« Je puis suivre ce chemin, dit Legolas ; mais les autres n’ont pas cette adresse. Doivent-ils nager ? »
« Non ! dit Haldir. Nous avons encore deux cordes, que nous attacherons au-dessus de l’autre, l’une à hauteur d’épaule, la seconde à mi-hauteur : les étrangers devraient pouvoir traverser en prenant bien soin de s’y accrocher. »
Une fois tendu ce pont précaire, les membres de la Compagnie passèrent un à un, certains avec lenteur et prudence, d’autres plus aisément. Des quatre hobbits, Pippin se révéla le plus habile, car il avait le pied sûr : il traversa rapidement et en se tenant d’une seule main ; mais il fixait l’autre rive et ne regardait jamais en bas. Sam se traîna maladroitement, les poings crispés sur la corde et les yeux rivés sur l’eau pâle et tourbillonnante comme s’il s’agissait d’un haut précipice.
Parvenu de l’autre côté, sain et sauf, il poussa un soupir de soulagement. « Jamais trop tard pour apprendre ! comme disait mon vieil ancêtre. Quoiqu’il pensait surtout au jardinage, pas à jouer les oiseaux percheurs, ou les araignées dans leurs toiles. Même mon oncle Andy a jamais essayé un truc pareil ! »
Quand toute la Compagnie se trouva rassemblée sur la berge orientale de l’Argentine, les Elfes détachèrent les cordes et roulèrent deux d’entre elles. Rúmil, qui était resté sur l’autre rive, ramena la dernière, la passa sur son épaule et, avec un geste de la main, s’en retourna monter la garde près de la Nimrodel.
« Maintenant, mes amis, dit Haldir, vous voici dans la Naith de Lórien : la Pointe, diriez-vous, car c’est la parcelle de terre qui s’étend tel un fer de lance entre les bras de l’Argentine et d’Anduin le Grand. Aucun étranger n’est autorisé à espionner les secrets de la Naith. Rares sont ceux qui ont même la permission d’y mettre les pieds.
« Comme convenu, je vais bander ici les yeux de Gimli le Nain. Les autres peuvent continuer à marcher librement, jusqu’à ce que nous approchions de nos habitations, à Egladil, dans l’Angle entre les eaux. »
Gimli ne l’entendait pas du tout de cette oreille. « Cet accord a été pris sans mon consentement, dit-il. Je n’irai pas les yeux bandés, comme un mendiant ou un prisonnier. Et je ne suis pas un espion. Les miens n’ont jamais eu commerce avec aucun des serviteurs de l’Ennemi. Et nous n’avons jamais causé de tort aux Elfes. Je ne suis pas plus susceptible de vous trahir que Legolas, ou un quelconque de mes compagnons. »
« Je ne doute pas de vous, dit Haldir. Mais c’est notre loi. Je ne suis pas maître de la loi, et ne puis simplement l’ignorer. J’ai déjà fait beaucoup en vous laissant fouler l’autre rive de la Celebrant. »
Gimli n’en démordit pas. Il se tint fermement sur ses jambes écartées et posa la main sur le manche de sa hache. « Je continuerai librement ma route, ou je ferai demi-tour pour regagner mon pays, où l’on me sait digne de foi, dussé-je périr seul dans les terres sauvages. »
« Vous ne pouvez faire demi-tour, dit Haldir d’un ton sévère. Maintenant que vous êtes ici, il faut vous emmener devant le Seigneur et la Dame. Ce sont eux qui jugeront de vous, de vous détenir ou de vous libérer, comme bon leur semblera. Vous ne pouvez retraverser les rivières, et derrière vous se tiennent maintenant des sentinelles secrètes que vous ne pouvez passer. Vous seriez tué avant de les apercevoir. »
Gimli sortit sa hache de sa ceinture. Haldir et son compagnon bandèrent leur arc. « Peste soit des Nains au cou raide ! » dit Legolas.
« Allons ! dit Aragorn. Si je dois encore vous conduire, vous devez faire ce que je vous demande. Il est difficile pour le Nain d’être ainsi pris à partie. Nous aurons tous les yeux bandés, même Legolas. C’est le meilleur moyen, bien que notre voyage risque d’être long et ennuyeux. »
Gimli eut un rire soudain. « Nous aurons l’air d’une joyeuse bande de fous ! Haldir nous mènera-t-il tous sur une corde, comme des mendiants aveugles derrière un même chien ? Mais je m’estimerai satisfait si seulement Legolas partage ma cécité. »
« Je suis un Elfe, et qui plus est, apparenté aux gens de ce pays » dit Legolas, se mettant en colère à son tour.
« À nous maintenant de nous écrier : “Peste soit du cou raide des Elfes !” dit Aragorn. Mais nous subirons tous le même sort. Allons, bandez-nous les yeux, Haldir ! »
« Je demanderai entière réparation pour toute chute et tout orteil cogné, si vous ne nous conduisez pas bien », dit Gimli, comme on lui plaçait une bande de tissu sur les yeux.
« Je ne vous en donnerai aucun motif, dit Haldir. Je vous conduirai bien, et les chemins sont droits et unis. »
« Voilà bien la folie de notre époque ! dit Legolas. Tous ici sont des ennemis de l’Ennemi suprême, pourtant je dois marcher comme un aveugle, pendant que le soleil égaie les bois sous un feuillage d’or ! »
« Ce peut sembler folie, dit Haldir. Et il est vrai que la puissance du Seigneur Sombre ne se manifeste nulle part plus clairement que dans la désunion entre tous ceux qui s’opposent encore à lui. Mais la confiance et la loyauté sont devenues si rares au-delà des frontières de la Lothlórien, sauf peut-être à Fendeval, que nous n’osons nous-mêmes, par excès de confiance, mettre notre pays en danger. Nous vivons désormais sur une île cernée de nombreux périls, et nos doigts pincent plus souvent la corde de l’arc que celles de la harpe.
« Les rivières nous ont longtemps sauvegardés, mais d’ores et déjà elles ne sont plus une défense sûre ; car l’Ombre s’est étendue au nord et nous entoure. Certains envisagent de partir, mais il semble déjà trop tard pour cela. Le mal gagne les montagnes à l’ouest, tandis qu’à l’est, les terres sont désolées et fourmillent des créatures de Sauron ; et l’on raconte qu’il n’est désormais plus possible de gagner le Sud par le Rohan, et que les bouches du Grand Fleuve sont surveillées par l’Ennemi. Même si nous pouvions atteindre les rivages de la Mer, nous n’y trouverions plus aucun refuge. On dit qu’il existe encore des havres des Hauts Elfes, mais ils seraient loin au nord et à l’ouest, par-delà le pays des Demi-Hommes. À quel endroit cela se trouve, bien que le Seigneur et la Dame puissent le savoir, je l’ignore. »
« Vous devriez au moins le deviner, puisque vous nous avez vus, dit Merry. Il y a des havres d’Elfes à l’ouest de mon pays, le Comté, où vivent les Hobbits. »
« Que les Hobbits sont fortunés de vivre près des rivages de la mer ! dit Haldir. Il y a bien longtemps qu’aucun des miens ne l’a contemplée, mais nos chants en gardent le souvenir. Parlez-moi de ces havres tandis que nous marchons. »
« Je ne peux pas, dit Merry. Je ne les ai jamais vus. C’est la première fois que je quitte mon propre pays. Et si j’avais su à quoi ressemble le monde extérieur, je crois que je n’aurais pas eu le cœur d’en sortir. »
« Pas même pour voir la belle Lothlórien ? dit Haldir. Le monde est certes périlleux et compte bien des endroits sinistres, mais il n’en regorge pas moins de beautés ; et bien que de nos jours, l’amour soit partout mêlé de chagrin, il n’en est peut-être que plus florissant.
« Il en est parmi nous qui chantent que l’Ombre se retirera, que la paix reviendra. Mais pour moi, je crois que le monde qui nous entoure ne sera jamais plus comme au temps jadis, ou la lumière du Soleil comme autrefois. Pour les Elfes ce sera, je le crains, tout au plus une trêve, pendant laquelle ils pourront gagner la Mer sans encombre et quitter pour toujours la Terre du Milieu. Hélas pour la Lothlórien que j’aime ! Comme la vie serait triste dans un pays où ne pousserait aucun mallorn. Mais s’il y a des mellyrn au-delà de la Grande Mer, personne ne l’a jamais mentionné. »