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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Ils croisèrent bientôt un autre ruisseau qui descendait des hauteurs de l’ouest, joignant ses eaux bouillonnantes au cours impétueux de l’Argentine. Ils plongeaient ensemble dans une cascade de pierres verdâtres et partaient mousser au creux d’un vallon. Celui-ci était parsemé des sapins courbés et chétifs, et ses flancs abrupts étaient revêtus de langues de cerf et de buissons d’airelles. Au fond se trouvait un espace plane où le ruisseau courait bruyamment sur de luisants cailloux. Ils s’y arrêtèrent. Il était maintenant près de trois heures après midi, et ils étaient seulement à quelques milles des Portes. Le soleil passait déjà à l’ouest.

Pendant que Gimli et les deux plus jeunes hobbits allumaient un feu de broussailles et de sapin, et allaient puiser de l’eau, Aragorn s’occupa de soigner Sam et Frodo. La blessure de Sam était peu profonde, mais elle paraissait vilaine, et Aragorn prit un air grave en l’examinant. Au bout d’un moment, il leva des yeux soulagés.

« C’est une chance, Sam ! dit-il. Bien des guerriers ont reçu pire récompense pour avoir abattu leur premier orque. La plaie n’est pas empoisonnée, comme le sont trop souvent les blessures des lames orques. Elle devrait bien guérir une fois que je l’aurai pansée. Lavez-la quand Gimli aura fait chauffer de l’eau. »

Il ouvrit sa bourse et en tira quelques feuilles flétries. « Elles ont séché et perdu un peu de leurs vertus, dit-il, mais il me reste encore quelques-unes des feuilles d’athelas que j’ai cueillies près de Montauvent. Broyez-en une dans l’eau, lavez bien la blessure et je vais la bander. Maintenant, à votre tour, Frodo ! »

« Je vais bien, dit Frodo, hésitant à laisser toucher ses vêtements. J’avais seulement besoin d’un peu de nourriture et de repos. »

« Non ! dit Aragorn. Il faut regarder de plus près ce que le marteau et l’enclume vous ont fait. Je m’étonne encore que vous ayez même survécu. » Ôtant délicatement la vieille veste de Frodo et sa tunique usée, il ravala un cri de surprise. Puis il rit. Le corselet argent étincelait à ses yeux comme la clarté des astres sur une mer ondoyante. Il le retira soigneusement, et tandis qu’il la tenait à la lumière, ses gemmes scintillèrent comme des étoiles ; le son des anneaux secoués rappelait le tintement de la pluie dans l’étang.

« Regardez, mes amis ! s’écria-t-il. Voici une belle peau de hobbit pour apprêter un petit prince elfe ! S’il était connu que les hobbits ont un tel cuir, tous les chasseurs de la Terre du Milieu s’en courraient vers le Comté ! »

« Et toutes les flèches de tous les chasseurs du monde resteraient vaines, dit Gimli, contemplant l’armure avec émerveillement. C’est une chemise de mithril. De mithril ! Je n’avais pas idée qu’il y en eût de si belle. Est-ce là la cotte de mailles dont Gandalf parlait ? Alors il la sous-estimait. Mais elle fut donnée à bon escient ! »

« Je me suis souvent demandé ce que vous maniganciez, Bilbo et toi, enfermés dans sa petite chambre, dit Merry. Béni soit-il, le vieux hobbit ! Je l’aime plus que jamais. J’espère qu’on aura la chance de lui raconter ça ! »

Une meurtrissure sombre et noircie se voyait sur le côté droit de Frodo et sur sa poitrine. Il y avait sous les mailles une doublure de cuir moelleux, mais en un endroit, les anneaux étaient passés au travers, s’enfonçant dans la chair. Le côté gauche de Frodo était également éraflé et meurtri du fait d’avoir été projeté contre le mur. Pendant que les autres préparaient le repas, Aragorn lava les blessures avec une infusion d’athelas. Son odeur pénétrante emplit tout le vallon, et tous ceux qui se penchèrent sur l’eau fumante se sentirent rafraîchis et revigorés. Frodo sentit bientôt la douleur s’apaiser, et il respira mieux ; mais il demeura courbatu et endolori pendant de nombreux jours encore. Aragorn pansa son côté avec de douces pièces de linge.

« Ces mailles sont étonnamment légères, dit-il. Remettez-les, si elles ne vous gênent pas. Je me réjouis de savoir que vous portez une telle armure. Ne l’enlevez pas, même pour dormir, à moins que la fortune ne vous conduise en un lieu où vous serez un moment en sécurité ; et ces occurrences seront rares tant que durera votre quête. »

Une fois le repas terminé, la Compagnie s’apprêta au départ. Ils éteignirent le feu et en effacèrent toutes les traces. Puis, grimpant hors du vallon, ils reprirent la route. Ils n’étaient pas parvenus bien loin quand le soleil sombra derrière les hauteurs de l’ouest. De grandes ombres descendirent au flanc des montagnes. Le crépuscule voila leurs pieds, et la brume se leva dans les creux. Loin à l’est, la lueur du couchant s’étendait faiblement sur les plaines indécises et les bois lointains. Sam et Frodo, à présent soulagés et nettement revigorés, pouvaient marcher à bonne allure, et Aragorn, avec une courte pause seulement, mena la Compagnie pendant encore près de trois heures.

Il faisait noir. Une nuit profonde était tombée. Il y avait de nombreuses étoiles claires, mais la lune rapidement décroissante ne devait pas apparaître avant plusieurs heures. Gimli et Frodo fermaient la marche, silencieux et furtifs, guettant le moindre bruit derrière eux sur la route. Gimli brisa finalement le silence.

« Pas un son, mis à part celui du vent, dit-il. Il n’y a pas de gobelins dans les parages, ou mes oreilles sont en bois. Il faut espérer que les Orques se contenteront de nous avoir chassés de la Moria. Et peut-être était-ce leur seul but, sans qu’ils aient rien d’autre à voir avec nous – ni avec l’Anneau. Mais il n’est pas rare de voir des Orques poursuivre leurs adversaires sur de nombreuses lieues à travers la plaine, quand ils ont à venger un capitaine tombé. »

Frodo ne répondit pas. Il regarda Dard : sa lame était sans éclat. Pourtant, il avait bien entendu quelque chose, ou du moins le croyait-il. Sitôt que les ombres les avaient enveloppés et que la route derrière eux s’était obscurcie, il avait recommencé à entendre le doux tapotement de pieds pressés. Il l’entendait en ce moment même. Il se retourna brusquement. Deux minuscules points de lumière les suivaient, ou il crut les voir un moment ; mais ils s’esquivèrent aussitôt et disparurent.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » dit le nain.

« Je ne sais pas, répondit Frodo. J’ai cru entendre des pas, puis voir une lueur – comme des yeux. Je l’ai souvent cru depuis que nous sommes entrés en Moria. »

Gimli s’arrêta et se baissa jusqu’à terre. « Je n’entends rien que la rumeur nocturne des plantes et des pierres, dit-il. Allons ! Dépêchons-nous ! Les autres sont hors de vue. »

Le vent froid de la nuit soufflait sur la vallée, montant à leur rencontre. Une ombre se distinguait devant eux, vaste et grise, et un perpétuel bruissement de feuilles, comme des peupliers sous la brise.

« La Lothlórien ! s’écria Legolas. La Lothlórien ! Nous voici à la lisière du Bois Doré ! Quel dommage que ce soit l’hiver ! »

Dans la nuit, les arbres avaient un aspect imposant, formant un berceau au-dessus de la route et du cours d’eau qui plongeaient tout à coup sous leurs vastes ramures. À la lueur des étoiles, leurs fûts étaient gris, et leurs feuilles frémissantes jetaient des reflets d’or fauve.

« La Lothlórien ! dit Aragorn. Je suis content de réentendre le vent dans les arbres ! Nous sommes encore à moins de cinq lieues des Portes, mais il faut nous arrêter ici. Espérons que, pour cette nuit, la vertu des Elfes nous gardera du péril qui vient derrière nous. »

« S’il est vrai que des Elfes vivent encore ici dans un monde envahi de ténèbres », dit Gimli.

« Il y a longtemps qu’aucun des miens n’est revenu en ce pays que nous quittâmes au temps jadis, dit Legolas, mais on dit que la Lórien n’est pas encore déserte, car il y a ici un pouvoir secret qui tient le mal hors du pays. Néanmoins, ses habitants sont rarement aperçus : peut-être vivent-ils maintenant au fond des bois et loin de la lisière septentrionale. »

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