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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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— Peut-être, mais c’est ce que Julian Comstock aime demander, dès qu’il en a l’occasion ou presque.

— Ça lui attire des ennuis, j’imagine ?

— Assez souvent.

— Tu peux en tirer une leçon. De toute manière, tu connais la réponse. Ne t’ai-je pas lu les recueils du Dominion et raconté toutes les histoires qu’on trouve dans la Bible ?

— En tant que parent à son enfant. Pas en tant qu’adulte à un autre.

— Vos enfants ont beau devenir sans cesse plus vieux et plus sages, on reste parent toute sa vie, Adam… tu verras.

— Je n’en doute pas. Mais donc, tu crois en Dieu ou pas ? »

Elle m’a regardé comme pour évaluer mon sérieux. « Je crois en toutes sortes de choses, même si je ne les comprends pas forcément. Je crois à la lune et aux étoiles, pourtant je ne peux pas te dire de quoi elles sont faites ni d’où elles viennent. J’imagine que Dieu appartient à cette catégorie… assez réel pour être ressenti de temps en temps, mais mystérieux par Sa nature, et souvent déroutant.

— C’est une réponse subtile.

— J’aimerais en avoir une meilleure.

— Et le Paradis, alors ? Tu penses que nous allons au Paradis une fois morts ?

— On considère en général que le Paradis a des conditions d’admission très strictes, même si les religions n’arrivent jamais à se mettre d’accord sur les détails. Je n’en sais rien. C’est comme la Chine, je suppose : un endroit que tout le monde reconnaît comme réel, mais dans lequel presque personne ne va.

— Il y a des Chinois à New York, ai-je répliqué. Et beaucoup d’Égyptiens, d’ailleurs.

— Mais très peu d’anges, j’imagine.

— Presque aucun. »

Cela a été toute la Théologie qu’elle a tolérée, aussi avons-nous changé de sujet et passé notre dernière journée à discuter de sujets plus gais. Le lendemain matin, je lui ai fait mes adieux et suis parti de Williams Ford pour la seconde et dernière fois.

« Toi qui as beaucoup voyagé depuis notre dernière rencontre, m’a demandé Ben Kreel en me raccompagnant par la route du Fil jusqu’à Connaught, tu as déjà poussé jusqu’à Colorado Springs ?

— Non, monsieur. » C’était une autre journée ensoleillée. Les fils du télégraphe bourdonnaient dans une brise chaude. Le train qui m’emporterait loin de la ville de mon enfance et de tous ses souvenirs devait partir exactement trois heures plus tard. « On m’a surtout envoyé ici ou là au Labrador, très au nord et à l’est du Colorado.

— Je suis allé cinq fois à Colorado Springs suivre des formations ecclésiastiques. Ce n’est pas du tout comme sur les images des recueils du Dominion. Tu vois ce que je veux dire… elles ne montrent que l’institut du Dominion, avec ses colonnes blanches et ses grandes peintures de la Chute des Villes.

— C’est très impressionnant, ça vaut le coût de la photographier.

— Tout à fait, mais Colorado Springs ne se limite pas à l’institut, et le Dominion non plus.

— Je n’en doute pas, monsieur.

— Colorado Springs est une ville pleine d’hommes et de femmes pieux, prospères et loyaux à l’Union ainsi qu’à sa foi, et le Dominion n’est pas à proprement parler un bâtiment, ni même une organisation, mais une idée. Une idée très puissante et très ambitieuse, qui consiste à refaire à neuf le monde meurtri et imparfait dans lequel nous vivons… à le transformer en Royaume Céleste, assez pur pour que les anges eux-mêmes n’hésitent pas à s’y promener. »

À la différence de Manhattan, ai-je pensé. « Il semble que nous en soyons encore loin. Nous n’avons pas encore pris le Labrador, encore moins le reste du monde.

— C’est un travail pénible qui ne se fera pas en une seule génération. Mais nous ne pouvons communier directement avec le Paradis tant que nous n’aurons pas rendu le monde parfait, et il faut pour cela commencer par devenir parfaits nous-mêmes. Voilà en quoi consiste le travail du Dominion, Adam : à nous rendre tous davantage parfaits. Rude obligation, certes, mais qui résulte des instincts communs de la charité et de la bonne volonté. Ceux qu’elle irrite sont en général trop attachés à une de leurs imperfections, qu’ils aiment avec une opiniâtreté pécheresse.

— Oui, monsieur, c’est ce que vous nous disiez durant les offices de fête.

— Je suis content que tu t’en souviennes. Notre ennemi est quiconque se rebelle contre Dieu… tu te rappelles peut-être aussi cet aphorisme.

— Je m’en souviens.

— Quelle forme penses-tu que prend généralement cette rébellion, Adam ?

— Le péché, ai-je deviné.

— Tout à fait, et ce ne sont pas les péchés qui manquent. Mais ils ne font en général de mal qu’à celui qui les commet. Il en existe de plus insidieux, qui visent directement à empêcher le Dominion d’accomplir sa tâche.

— Je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous voulez dire. » Je nourrissais toutefois quelques soupçons.

« Vraiment ? Quand tu étais dans l’armée, n’y avait-il pas un Officier du Dominion au sein de ton régiment ?

— Si.

— Était-il aimé de tous ?

— Non, ce n’était pas un sentiment très partagé.

— Rien de plus normal puisque le travail de cet officier consistait à exalter la vertu et fustiger les actions fautives. Les voleurs n’aiment pas les prisons et les pécheurs n’aiment pas l’Église. Je veux dire que le Dominion est aux États-Unis ce que le pasteur est à ses troupes. Il ne cherche pas à être aimé pour lui-même, mais à pousser et conduire une population renégate dans le corral de l’amour divin. »

Pour une raison ou pour une autre, cela m’a rappelé Lymon Pugh et sa description de l’industrie du conditionnement de la viande.

« Le Dominion s’intéresse grandement au destin de cette nation, comme à celui de toutes les autres, a continué Ben Kreel. Comparés à cet intérêt institutionnel, les caprices présidentiels sont passagers.

— Cette conversation est trop sibylline, me suis-je plaint. C’est de Julian dont vous parlez ? Dites-le, dans ce cas.

— Qui suis-je pour porter un jugement sur le Président des États-Unis ? Je ne suis qu’un pasteur de campagne. Mais le Dominion veille, le Dominion juge et le Dominion est plus ancien, et en fin de compte plus puissant, que Julian Comstock.

— Julian n’a rien contre le Dominion, à part sur quelques points particuliers.

— J’espère bien, Adam, mais dans ce cas, pourquoi essaie-t-il de rompre l’ancienne et bénéfique relation entre le Dominion et les armées ?

— Quoi ! Il a fait ça ? »

Ben Kreel a eu un sourire désagréable. Pendant bien des années, cet homme m’avait semblé une divinité mineure et irréprochable. C’était une voix affable, un enseignant capable et un vigoureux conciliateur en cas de conflit à l’intérieur de la communauté. En le regardant à présent, je détectais toutefois quelque chose d’acerbe et de triomphant dans son caractère, comme s’il se délectait d’avoir coupé l’herbe sous le pied d’un garçon bailleur arriviste. « Eh bien, c’est exactement ce qu’il a fait, Adam, tu n’en savais rien ? La nouvelle est arrivée par télégraphe de Colorado Springs ce matin. Julian le Conquérant, comme on l’appelle, a ordonné au Dominion de retirer tous ses représentants dans les armées de la nation et de cesser de participer aux conseils militaires.

— Une mesure audacieuse, ai-je estimé avec une grimace.

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