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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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Sauf que le monde allait changer, d’une manière ou d’une autre… on ne pouvait l’en empêcher. Julian m’avait délivré cette homélie à Williams Ford, il y avait bien longtemps de cela… et les événements écoulés depuis n’avaient fait qu’en confirmer la vérité.

Des étoiles se sont couchées, d’autres se sont levées. J’ai regagné mon lit estival.

M. Hungerford avait voulu qu’Un garçon de l’Ouest sur l’Océan fût disponible le 4 Juillet, convaincu que les émotions patriotiques de cette fête universelle pourraient en stimuler les ventes. Ses imprimeurs ont atteint le but qu’il leur avait fixé : le bouquin a été fabriqué et livré le 1er du mois. J’ai assisté à une petite réception donnée dans les bureaux du Spark pour fêter cette publication.

À part M. Hungerford, je ne connaissais presque personne. Il y avait là les auteurs d’autres livres publiés dans la collection de Hungerford… en général assez minables (les auteurs, je veux dire, pas forcément leurs romans) : on lisait sans peine sur nombre d’entre eux les signes d’une vie dissipée. Étaient aussi présents certains hommes d’affaires de Manhattan qui distribuaient les livres et des commerçants qui les vendaient… des coquins là encore, mais moins éperdument ivres que les auteurs et plus sincèrement enthousiasmés par mon travail. J’ai adressé des paroles polies à tout ce petit monde en n’oubliant pas de sourire chaque fois que je discernais un trait d’esprit.

On avait empilé sur une table des exemplaires d’Un garçon de l’Ouest. C’était les premiers que je voyais sous leur forme définitive et je me souviens encore aujourd’hui du plaisir nerveux ressenti à en tenir un dans la main, à en inspecter les illustrations monochromes estampées à froid sur la couverture. L’illustration montrait mon protagoniste, le garçon de l’Ouest Isaiah Compass, une épée dans la main droite et un pistolet dans la gauche, en plein combat contre un Pirate au pied d’un rudimentaire Palmier, sous le regard d’une Pieuvre à l’air menaçant mystérieusement sortie de son élément naturel. N’en ayant pas inclus la moindre dans mon histoire, j’ai espéré que le lecteur moyen, une fois son intérêt éveillé par cette illustration, ne serait pas déçu par l’absence de l’animal dans le texte. J’ai fait part de mon inquiétude à M. Hungerford, qui m’a répondu que cela n’avait aucune importance. Il y avait bien mieux que des Pieuvres dans le roman, a-t-il affirmé, et celle-ci ne servait qu’à accrocher l’attention des clients potentiels, rôle dans lequel il faut reconnaître qu’elle se rendait utile. Je me suis néanmoins posé la question de glisser dans mon prochain roman une Pieuvre ou une autre forme de vie océanique excitante et meurtrière, afin de dédommager les lecteurs qui pourraient se sentir lésés par celui-là.

Un auteur new-yorkais qu’on n’a pas vu à cette réception (on ne l’y attendait d’ailleurs pas, vu qu’il n’était pas publié par Hungerford), c’est M. Charles Curtis Easton. J’ai demandé à M. Hungerford s’il avait déjà rencontré ce célèbre écrivain.

« Charles Easton ? Je l’ai croisé une fois ou deux. Un vieil homme plutôt convenable, qui a su rester humble malgré son succès. Il vit dans une maison à deux pas de la 82e Rue.

— J’ai toujours admiré son œuvre.

— Pourquoi n’allez-vous pas lui rendre visite, dans ce cas ? J’ai entendu dire qu’il aimait recevoir ses confrères, du moment qu’ils ne prenaient pas trop de son temps. »

Sa suggestion m’a intrigué et plongé dans le désarroi. « Il ne me connaît pas du tout… »

L’objection a paru insignifiante à Hungerford, qui a sorti une de ses cartes de visite au dos de laquelle il a écrit une petite présentation de ma personne et de mon travail. « Allez le voir avec ça… histoire de vous ouvrir sa porte.

— Je ne voudrais pas le déranger.

— Faites comme il vous chante. »

Je voulais bien entendu faire la connaissance de Charles Curtis Easton, mais je craignais de me rendre ridicule par trop de flagornerie, ou de trahir d’une manière ou d’une autre mon manque d’expérience. Je ne pourrais lui rendre visite, ai-je résolu, sans un meilleur prétexte qu’un premier roman ou une recommandation gribouillée sur un bristol.

Ce prétexte m’a en fait été fourni par Julian.

Je l’ai trouvé en compagnie de Calyxa quand je suis retourné au pavillon d’amis. Assise sur ses genoux, Flaxie essayait d’attraper sa barbe dans son poing minuscule. Elle portait un intérêt considérable à cette barbe, accrochée au menton de Julian comme un écheveau de ficelle blonde. Quand elle arrivait à la saisir, elle tirait dessus avec l’enthousiasme d’un capitaine de vapeur qui actionne son sifflet et riait des piaillements que laissait systématiquement échapper Julian. C’était un jeu qu’ils semblaient apprécier l’un et l’autre, même si Julian en sortait les larmes aux yeux.

J’ai exhibé mon nouveau livre, dont j’ai offert des exemplaires à Julian et à Calyxa. Ils l’ont admiré et en ont fait l’éloge, même s’il y a eu des questions gênantes sur l’illustration de couverture. Flaxie a fini par s’agiter et Calyxa l’a emmenée pour la nourrir.

Julian a profité de son absence pour me confier que son travail sur La Vie et les Aventures du grand naturaliste Charles Darwin n’avançait toujours pas. « J’ai toujours eu l’intention de faire ce film, a-t-il dit. Maintenant que j’en ai les moyens à portée de main, et qui sait pour combien de temps encore ?, il ne veut toujours pas se laisser coucher sur papier. Je ne plaisante pas, Adam. J’ai besoin d’aide… je l’admets. Toi qui es l’auteur d’un roman et qui as une certaine compréhension de ces choses, je veux te prier de venir à mon secours. »

Il avait apporté le manuscrit, une petite liasse de pages abîmées et cornées à force de manipulations. Il me l’a tendue d’un air penaud.

« Tu veux bien jeter un coup d’œil ? m’a-t-il demandé avec une humilité sincère. Et me donner ton avis, quel qu’il soit ?

— Je débute tout juste, ai-je répondu. Je ne suis pas sûr de pouvoir t’aider. »

Je pensais toutefois savoir à qui m’adresser pour cela.

J’ai attendu lundi, le troisième jour de juillet, pour aller sur la 82e Rue chercher la résidence de M. Charles Curtis Easton. Il vivait dans une maison distinctement numérotée et assez facile à identifier dans la lumière de l’été, mais je suis passé devant une fois, puis deux, puis trois avant de rassembler le courage de frapper à la porte.

Quand je l’ai enfin fait, d’un geste toutefois hésitant, m’a ouvert une femme sur la jupe de laquelle tirait un petit enfant. Je lui ai montré la carte de Hungerford avec sa recommandation. Elle l’a regardée et a souri. « Mon père fait en général un somme entre trois et cinq heures, mais je vais voir s’il peut vous recevoir. Entrez, je vous prie, monsieur Hazzard. »

Ainsi ai-je pénétré dans la demeure Easton, le Temple des Histoires, dans laquelle régnait un joyeux chahut et flottaient de riches odeurs issues d’une bonne nourriture ainsi que d’enfants peut-être moins bons. Au bout de quelques instants, au cours desquels trois de ces mêmes enfants n’ont cessé de me dévisager avec intérêt, la fille de M. Easton a redescendu l’escalier, en évitant les jouets à roulettes et autres obstacles, pour m’inviter à monter dans le bureau de son père. « Il sera très heureux de vous rencontrer. Allez-y, monsieur Hazzard, a-t-elle insisté en m’indiquant la porte ouverte. Ne soyez pas timide ! »

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