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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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Charles Curtis Easton était à l’intérieur. Je l’ai aussitôt reconnu grâce au portrait gaufré au dos de tous ses livres. Il se tenait assis à un bureau encombré, sous une fenêtre lumineuse tachetée par l’ombre d’un ailante, le portrait même de l’écrivain à l’œuvre. Ce n’était pas un jeune homme. Ses cheveux, d’un blanc neigeux, avaient déserté son front pour se replier sur une position défensive à l’arrière de son crâne. Il portait une grande barbe, blanche elle aussi, et ses yeux, enfouis dans d’aimables réseaux de rides, m’ont regardé à l’abri de sourcils ivoire. Il n’était pas gras à proprement parler, mais avait le physique d’un homme qui travaille assis et mange à satiété.

« Entrez, monsieur Hazzard, a-t-il dit en jetant un coup d’œil à la carte remise par sa fille. C’est toujours un plaisir de faire la connaissance d’un jeune auteur. On vous doit Les Aventures du capitaine Commongold, je crois ?

— Oui », ai-je répondu, ravi qu’il en ait entendu parler.

« Un bon livre, malgré sa ponctuation quelque peu excentrique. Et vous en avez publié un nouveau ? »

Je tenais à la main l’exemplaire dédicacé que j’avais apporté en cadeau. Je le lui ai tendu en bredouillant.

« Un garçon de l’Ouest sur l’Océan, a-t-il lu sur la couverture. Et il y a une Pieuvre dedans !

— En fait, non… la Pieuvre est un trait d’esprit de l’illustrateur.

— Ah ? Dommage. Mais l’épée et le pistolet ?

— Ils apparaissent à plusieurs reprises. » Mon embarras m’était presque douloureux. Mais pourquoi n’avais-je pas inclus de Pieuvre dans l’histoire ? Cela n’aurait pas été difficile. J’aurais dû y penser à l’avance.

« Très bien », a dit M. Charles Curtis Easton en dissimulant toute déception qu’il pourrait ressentir. Il a mis le livre de côté. « Asseyez-vous. Vous avez rencontré ma fille ? Et mes petits-enfants ? »

Je me suis installé sur une chaise rembourrée. « Nous n’avons pas vraiment été présentés, mais ils m’ont l’air très gentils. »

Ce modeste compliment l’a enchanté. « Parlez-moi donc de vous, monsieur Hazzard. Vous ne me semblez pas un Eupatridien de haut rang, sans vouloir vous offenser, vous fréquentez pourtant le Président actuel, je crois ? »

Je lui ai raconté aussi brièvement que possible mes origines dans l’Ouest boréal et les événements inattendus qui m’avaient conduit à habiter le domaine palatin. Je lui ai raconté l’importance qu’avaient eue ses livres pour le garçon bailleur avide de lectures que j’avais été, et combien je restais loyal à son œuvre, que je recommandais souvent autour de moi. Il a accueilli ces éloges avec grâce et m’a interrogé plus avant sur la guerre, le Labrador et autres sujets analogues. Mes réponses ont semblé sincèrement l’intéresser et en une demi-heure, nous sommes devenus « vieux amis ».

Je n’avais pas toutefois pour seule intention de le flatter, même s’il le méritait sans doute. Je n’ai pas tardé à mentionner l’intérêt que portait Julian Comstock au cinéma et son intention d’écrire un script sur un sujet qui lui tenait à cœur.

« Voilà une ambition peu commune pour un Président, a fait observer M. Easton.

— En effet, monsieur, mais Julian n’est pas un Président comme les autres. Il porte au cinéma un amour fervent et sincère. Mais il est tombé sur une difficulté que ses capacités narratives ne lui permettent pas de surmonter. » J’ai poursuivi en décrivant dans ses grandes lignes La Vie et les Aventures du grand naturaliste Charles Darwin.

« Darwin et l’évolution biologique sont des sujets difficiles à adapter, a dit M. Easton. Ne craint-il pas de surcroît que le résultat n’obtienne pas l’approbation du Dominion ? M. Charles Darwin n’enthousiasme pas les personnes très religieuses, si j’ai bien retenu mes leçons.

— Vous les avez bien retenues. Mais Julian ne compte pas parmi les admirateurs du pouvoir terrestre du Dominion et a l’intention, en l’occurrence, de ne tenir aucun compte de ses objections.

— Il en a le pouvoir ?

— Il l’affirme. Mais le problème, c’est le script, qu’il n’arrive pas à faire venir à lui comme il le désire. Il m’a demandé mon avis, mais je ne suis qu’un auteur débutant. J’ai pensé… bien entendu, je n’ai pas l’intention d’abuser de votre générosité…

— En temps ordinaire, je ne me pencherais pas sur le scénario d’un débutant, mais une commande d’un Président des États-Unis en exercice n’est pas chose ordinaire. Il m’est arrivé par le passé de travailler sur quelques adaptations cinématographiques de mes propres histoires. J’imagine que je pourrais examiner le texte du président Comstock et lui prodiguer quelques conseils, si c’est ce qu’on attend de moi.

— C’est tout à fait ce qu’on attend de vous et je ne doute pas que Julian vous sera aussi reconnaissant que moi-même de tout ce que vous pourrez lui dire.

— Avez-vous apporté le script ?

— Oui, ai-je répondu en tirant les pages pliées de la poche de ma veste. Manuscrit, j’en ai bien peur », ai-je ajouté, car je voyais que M. Easton possédait une machine à écrire encore plus belle que celle cédée par Theodore Dornwood, « mais Julian écrit lisiblement, en général.

— J’aimerais l’examiner. Voudriez-vous m’attendre en bas ?

— Vous comptez le lire maintenant, monsieur ?

— Si vous me le permettez. »

Je le lui ai assuré avant de descendre bavarder un peu avec sa fille, Mme Robson. Elle partageait la maison avec son père pendant que son mari commandait un régiment à Québec. Durant cette conversation, les quatre enfants (si j’ai bien compté) de Mme Robson ont traversé la pièce à intervalles réguliers en criant pour attirer l’attention et en s’essuyant le nez sur diverses choses. Je leur souriais à chacun de leur passage, même s’ils se contentaient la plupart du temps de me répondre par des grimaces ou des bruits irrévérencieux.

M. Easton a ensuite descendu en personne l’escalier, une canne dans une main, car il boitillait, Charles Darwin dans l’autre. Son âge l’avait un peu handicapé et Mme Robson s’est précipitée en lui reprochant d’avoir entrepris sans aide la descente.

« Cesse tes jérémiades, a-t-il répliqué à sa fille, je suis en mission présidentielle. Monsieur Hazzard, votre évaluation du travail de votre ami était tout à fait correcte. Il est manifestement sincère et bien documenté, mais il lui manque certains éléments indispensables à toute production cinématographique vraiment réussie.

— Lesquels ? ai-je demandé.

— Des chansons, a-t-il répondu sans hésiter. Et un traître. Et dans l’idéal, des pirates. »

J’avais hâte de faire part de ces nouvelles à Julian… de lui apprendre que M. Charles Curtis Easton, le célèbre écrivain, acceptait de l’aider à écrire son script, mais un télégramme m’attendait quand je suis rentré retrouver Calyxa.

Je n’en avais encore jamais reçu, aussi me suis-je inquiété et ai-je tout de suite deviné qu’il annonçait de mauvaises nouvelles.

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