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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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Mon intuition était correcte. Le câble provenait de ma mère, à Williams Ford.

Cher Adam, disait-il. Ton père gravement malade. Morsure de serpent. Viens si tu peux.

J’ai aussitôt préparé mon départ et acheté une place dans un train express, mais mon père est mort avant mon arrivée en Athabaska.

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Le train m’a semblé traverser la moitié de l’Amérique, en ce 4 Juillet, passant près de petites villes florissantes et de beaucoup d’autres désertées, longeant de vastes Propriétés sur lesquelles des sous-contrats travaillaient torse nu ainsi que d’innombrables Dépotoirs, Décharges et ruines, pour s’enfoncer dans un crépuscule qui brûlait comme du charbon lent sur l’horizon et poursuivre son chemin dans la nuit de la Prairie. Il n’y a pas eu de feu d’artifice ce soir-là, mais des réjouissances impromptues dans le wagon-restaurant… je n’y ai pas participé. Je dormais au moment où la lune s’est levée. Le lendemain, en fin de journée, le train a franchi la frontière de l’Athabaska, marquée par un paysage d’énormes fosses aux endroits où les Profanes de l’Ancien Temps avaient autrefois contraint la terre bitumeuse à leur fournir du pétrole. J’ai vu les ruines d’une Machine grande comme une cathédrale et dont des croûtes de boue calcifiée recouvraient les chenilles rouillées. Chaque fois que notre train passait près d’une étendue d’eau, des volées d’oies et de corbeaux en décollaient pour nous saluer.

Julian avait annoncé par télégraphe mon arrivée à la Propriété Duncan-Crowley, ce qui a présenté une difficulté sociale pour ces Aristos. D’un certain point de vue, j’étais un garçon bailleur déloyal et sans importance revenu voir la tombe de son père analphabète ; d’un autre, le scribe et confident du nouveau Président, ce que Williams Ford recevrait donc sans doute jamais de plus ressemblant à un émissaire du Pouvoir Exécutif. Les Duncan et les Crowley, dont toute la fortune consistait en terres arables de l’Ohio et en mines du Nevada, n’avaient que des liens ténus avec New York. Ils ont résolu leur dilemme en expédiant Ben Kreel à ma rencontre. Celui-ci est descendu à Connaught dans la meilleure voiture de la Propriété, tirée par deux chevaux qui levaient haut les pieds.

Le train est arrivé avec l’aube. Je n’avais pas bien dormi, mais Ben Kreel, habitué à se lever tôt, m’a serré la main avec autant d’allégresse que le permettait la situation. « Adam Hazzard ! Ou devrais-je dire colonel Hazzard ? »

Il n’avait pas beaucoup changé, même si (me semblait-il) je le voyais d’un œil neuf. Il était toujours direct, corpulent, rouge de joues et d’une maîtrise de soi absolue. « Je ne suis plus dans l’armée… appelez-moi Adam, comme avant.

— Mais tu n’es plus comme avant. Nous avons tous pensé que Julian et toi aviez fui pour échapper à la conscription. Alors que vous vous êtes, entre autres, distingués au combat, pas vrai ?

— Ce qu’une personne fuit et ce vers quoi elle fuit ne sont pas toujours aussi différents qu’on l’espère.

— Et te voilà Écrivain, maintenant, ça s’entend à ta manière de parler, d’ailleurs.

— Je ne voulais pas me donner des airs, monsieur.

— Une fierté légitime n’est jamais déplacée. Absolument désolé pour ton père.

— Merci, monsieur.

— Le médecin de la Propriété a fait de son mieux, mais c’était une vilaine morsure et ton père n’était plus de première jeunesse. »

S’écartant du brouhaha et du désordre de la gare, la voiture est passée devant des hôtels à ossature de bois et les nombreux bars et boutiques de chanvre qualifiés de « malédiction de Connaught » par ma mère, puis s’est engagée sur la route de terre battue qui conduisait au nord jusqu’à Williams Ford. C’était une matinée tiède et sans vent, avec le soleil levant qui découpait au loin les sommets montagneux. Les épervières orangées poussaient en fourrés colorés le long de la route et le paysage peu boisé exhalait ses familières odeurs estivales.

« Les Duncan et les Crowley sont prêts à te souhaiter la bienvenue en ville, a dit Ben Kreel, et dans des circonstances moins malheureuses, ils auraient sûrement préparé une espèce de réception publique. Les choses étant ce qu’elles sont, ils t’ont réservé une chambre dans une des Grandes Maisons.

— Je les en remercie chaleureusement, mais je me suis toujours senti très bien chez ma mère et je pense qu’elle voudra que je dorme dans sa maison, ce qui est mon intention.

— Ça vaut sans doute mieux », a dit Ben Kreel avec ce qui pouvait être un soupir de soulagement étouffé.

Quand nous avons enfin traversé les champs où travaillaient les sous-contrats, puis pénétré dans les ondulantes collines qui longeaient la rivière Pine et atteint la périphérie de Williams Ford, j’ai dit que les feux d’artifice de la fête de l’Indépendance avaient dû être somptueux, cette année-là.

« En effet, a répondu Ben Kreel. Un colporteur nous a fourni une poignée de fusées chinoises venues de Seattle. Des Roues de Feu bleues et quelques Salamandres très colorées… comment le sais-tu ?

— L’air sent encore la poudre. » C’était une sensibilité que j’avais acquise à la guerre.

Je ne m’étendrais pas sur les détails de ma peine. Le lecteur comprend la délicatesse de ces douloureuses émotions[95].

Je suis passé brièvement à la Propriété, par politesse, et j’y ai été reçu avec politesse par les Duncan et les Crowley, mais je ne suis pas resté longtemps. Voir ma mère revêtait davantage d’importance à mes yeux. En repartant de la propriété pour me rendre aux logements à bail, j’ai longé les écuries et la tentation m’a pris d’aller voir si mes anciens bourreaux y travaillaient encore, s’ils me craignaient désormais à cause de mon nouveau rang, mais c’était une envie mesquine qui ne valait pas qu’on y cédât.

La petite maison de mon enfance n’avait pas changé de place. Le ruisseau derrière elle miroitait dans sa course joyeuse vers la Pine et la tombe de ma sœur Flaxie se trouvait toujours au même endroit, avec sa modeste inscription. Sauf qu’on y voyait à présent une seconde tombe, toute neuve, surmontée d’une croix en bois blanc avec le nom de mon père gravé au fer rouge dessus. Bien qu’analphabète, il avait appris à reconnaître son nom écrit et pouvait même fournir une signature plausible… il arriverait à lire sa propre inscription funéraire, ai-je supposé, si son fantôme se redressait en tendant le cou.

Mieux vaut se rendre sur des tombes à la lumière du soleil. Le temps chaud de juillet était réconfortant et avec les cris des oiseaux, le léger gloussement du ruisseau aidait à tolérer l’idée de la mort. Cela ne m’a pas plu du tout de penser aux neiges qui pèseraient durant l’hiver sur cette terre fraîchement retournée ou aux vents de janvier qui passeraient dessus. Mon père était toutefois à présent aux côtés de Flaxie, aussi ne serait-il pas seul, et il ne me semblait pas que les morts souffraient vraiment du froid. Les défunts sont immunisés contre les incommodités saisonnières… il y a au moins une petite portion de Paradis en ce monde.

Me voyant debout près de la tombe, ma mère est sortie par la porte de derrière pour me prendre sans un mot par le bras. Nous sommes alors rentrés dans la maison pleurer ensemble.

Je suis resté cinq jours. Ma mère était dans un état fragile, du fait à la fois de son chagrin et de son âge. Elle n’y voyait plus très bien et n’était plus utile comme couturière aux Aristos, mais elle appartenait à la classe bailleresse et avait fidèlement servi toute sa vie, si bien qu’on continuait à lui donner des reçus avec lesquels acheter de la nourriture au magasin-bailleur, et personne ne l’expulserait de sa maison.

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95

S’il ne la comprend pas pour le moment, il ne tardera pas à le faire. C’est le contrat passé par la Vie avec la Nature et le Temps, contrat auquel nous sommes tous soumis même si aucun de nous n’y a donné son assentiment.

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