Quelqu'un marchait sur ma tombe
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1963
- Язык: французский
- Год: Fleuve noir
- ISBN: 978-2265056541
- Жанр: Криминальные детективы
Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
Frank approuva.
— Et Paris ? demanda-t-il.
— Quoi, Paris ?
— Quand je pensais aux arbres, c’étaient à ceux de Paris.
— Il y en a de moins en moins.
— Ah oui, le béton, murmura-t-il. Là-bas, comme ailleurs… Tu ne peux pas savoir le nombre de rues de Paris que j’ai découvertes dans cette prison de Hambourg. Des rues dont j’ignore les noms et où je ne suis passé qu’une fois, mais qui se mettaient à revivre dans ma mémoire, avec leurs petites boutiques et leurs volets gris. Des rues de Montparnasse, des rues de Neuilly, des rues d’Asnières, et puis des bars, des squares, le Parc des Princes. Même la Seine, comme sur les cartes postales. Quand on quitte Paris, on a des souvenirs de touriste.
— Comme c’est bon de t’écouter, dit-elle, transportée. Vois-tu, Frank, même si nous nous faisons prendre, je crois que le moment que nous vivons… Tu comprends ?
— Oui, dit Frank, je comprends. Il faut savoir faire tenir toute sa vie à l’intérieur de quelques minutes.
— Tous les jours, fit-elle, j’allais rôder autour du pénitencier. Je te l’ai dit dans mes lettres.
— Oui, tu me l’as dit. Je crois même qu’un jour je t’ai aperçue !
— C’est vrai !
— J’étais allé à l’infirmerie pour une blessure que je m’étais faite au doigt. Les vitres de l’infirmerie sont dépolies, mais il y avait une fente dans le carreau.
Il rêvassa.
— Oui, je crois que c’était toi. Tu as un manteau vert ?
— Non, dit Lisa.
— Alors ce n’était pas toi. C’est bête d’avoir charrié cette silhouette pendant des mois en lui donnant ton visage, Lisa…
Il la regarda et chuchota :
— Ton beau visage…
8
Le préposé de l’ascenseur serra la main de son collègue et s’en fut chercher sa bicyclette dans le cagibi réservé au personnel. Il enfila un long imperméable noir, mit ses gants de laine tricotés, et retourna à l’ascenseur, mais en qualité d’usager cette fois.
— À demain, lui lança son collègue.
Le préposé qui venait de quitter son service était un vieil homme bouffi. Il lui manquait une jambe depuis la dernière guerre et il se servait d’un vélo spécial, à roue fixe, qui ne comportait qu’une seule pédale. Il descendit avec les ouvriers, sagement entassés sur les trottoirs de l’ascenseur, le centre de la cabine étant occupé par les véhicules à moteur.
Une fois en bas, il laissa sortir tout le monde, car c’était un homme consciencieux qui se sentait toujours en service. Lorsqu’il fut seul, il s’avança vers la grille béante, et c’est à cet instant qu’il découvrit les deux motocyclettes noires alignées sur l’un des trottoirs. Surpris, il regarda autour de lui, ne vit personne et s’approcha des deux machines. Ces dernières étaient des motos d’occasion fraîchement repeintes. Le vieil homme sortit enfin de l’ascenseur et traversa le tunnel en pédalant laborieusement. Lorsqu’il émergea du second ascenseur, au lieu de s’éloigner, il gagna le bureau où les employés se chauffaient autour d’un gros poêle de faïence.
— Il y a deux motocyclettes abandonnées dans l’ascenseur de la rive gauche, annonça-t-il.
Ses collègues cessèrent de parler et le considérèrent avec des yeux incrédules. Il arrivait tous les jours qu’on ramenât au bureau des objets perdus, mais ceux-ci étaient de faibles dimensions. Il s’agissait de gants, de pompes à vélo, de sac ou d’écharpes. Jamais encore on n’avait découvert deux motocyclettes.
— Dites, père Kutz, vous avez des visions ! ricana le chef.
Le mutilé haussa les épaules.
— Deux motocyclettes noires, fit-il. Allez-y voir.
Et il repartit en refermant doucement la porte vitrée. Sa pauvre silhouette s’anéantit derrière l’écran de buée. Les employés en service considérèrent leur chef avec incertitude. Ce dernier décrocha le téléphone et appela l’autre rive pour demander confirmation.
9
— Ça a dû coûter cher, non ? questionna Frank.
— Quoi donc ? demanda Lisa.
— Mon évasion. Ils sont gourmands, les mercenaires allemands ?
— Cent mille marks, dit Lisa d’un ton négligent.
Frank émit un léger sifflement. Puis il attendit un peu avant de demander avec une certaine gêne :
— Que tu t’es procurée comment ?
Lisa eut un hochement de menton :
— Paulo et Freddy, expliqua-t-elle laconiquement.
Frank faillit répondre quelque chose, mais un certain remue-ménage en provenance de l’entrepôt l’en empêcha.
Il y eut quelques exclamations en allemand, puis des pas nombreux retentirent dans l’escalier conduisant au bureau. Paulo, Freddy, Baum et Walker débouchèrent à la queue leu leu. Freddy et Baum portaient leurs uniformes de motards : longs cirés noirs et casquettes plates.
— Fin du deuxième épisode ! annonça Freddy.
— Tout s’est bien passé ? hasarda Lisa.
— Ce fourgon avait si peu d’ouvertures qu’il n’en finissait pas de flotter, expliqua Freddy. Alors on a attendu. Figurez-vous que M. Ducon (il montra Baum) a oublié d’éteindre les phares avant la culbute. Ils continuent de briller sous l’eau, c’est féerique.
— Mince, déplora Paulo, ça ne risque pas d’attirer l’attention ?
— Il faudrait que quelqu’un aille vadrouiller au bord du chenal, y a aucune raison pour. Et puis, ils ne vont pas briller jusqu’à la saint Trou !
Tout en parlant, Freddy s’était débarrassé de son ciré luisant. Il s’approcha de Frank, rayonnant de joie et d’orgueil.
— Je suis rudement content de te revoir, Franky, dit-il.
— Pareillement, répondit Frank.
Lisa devina à sa voix que ses rapports avec Freddy étaient moins chauds que ceux qu’il entretenait avec Paulo.
— Freddy, balbutia Lisa.
— Yes, Madame ?
— Et les gardiens ?
Freddy sourit.
— Ils font des bulles.
Paulo lui toucha le bras et, désignant les menottes de Frank à son camarade, il sollicita :
— Toi qui a des dons.
…Freddy prit une expression quasi professionnelle et examina les menottes comme un médecin examine une blessure.
— Il me faudrait un tournevis, dit-il.
Paulo inventoria les tiroirs du bureau.
— Alors, Frank, comment te sens-tu ? murmura Freddy, surpris par le mutisme de l’évadé.
— Admirablement, répondit Frank.
L’acier froid des menottes ne s’était pas réchauffé et lui cisaillait les poignets. Il les avait bien supportées jusqu’alors, mais soudain ces cabriolets lui devenaient intolérables. Cela relevait de la claustrophobie. Ils représentaient encore les quatre murs de sa cellule.
— Tu ne t’attendais pas à celle-là, hein ? insista Freddy.
— Non, admit Frank, c’a été une bonne surprise.
— Ça t’irait, ça ? fit Paulo en revenant avec un couteau et une petite clé à molette.
— Donne toujours, répondit dédaigneusement Freddy.
Il s’empara des outils et s’assit sur une chaise face à Frank. Leurs jambes étaient emmêlées. Les deux Allemands, intéressés, se rapprochèrent pour suivre l’opération.
— Louis XVI enfant ! gouailla Paulo à l’intention de Lisa.
Mais Lisa ne rit pas. Elle avait hâte d’embarquer à bord du cargo. Les périls n’étaient pas encore conjurés et elle sentait dans l’air les prémices d’une menace.
— Vous n’avez rien remarqué d’anormal dans le voisinage ? demanda-t-elle à Freddy.