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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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L’enjouement de Cuthbert tomba d’un coup, comme soufflé, et ce dernier se retrouva à faire barrage une fois encore à un flot de récriminations, tournant toutes autour de deux thèmes majeurs : primo, que Roland manquait à ses obligations afin de pouvoir continuer à se goberger en jouissant des charmes d’une certaine jeune personne ; secundo — et plus capital —, que Roland avait perdu la raison au moment où l’Entre-Deux-Mondes en avait le plus besoin.

Sauf que : à quelles obligations Roland manquait-il ? Et d’autre part, qu’est-ce qui le rendait si sûr que Roland avait tort ? Sa logique ? Son intuition ? Ou simplement cette bonne vieille jalousie, puant la merde comme une caisse à chat ? Cuthbert se surprit à penser à la facilité avec laquelle Jonas avait éventré les rangs de l’armée de l’Adjoint Dave quand ce dernier avait bougé trop tôt. Mais la vie n’était pas une partie de Castels… Ah non ? Il n’en savait rien. Mais il songea que l’une de ses intuitions au moins était valable : Roland courait à la catastrophe. Et eux tous, par la même occasion.

Réveille-toi, se dit Cuthbert. Je t’en prie, Roland, réveille-toi avant qu’il ne soit trop tard.

CHAPITRE 3

Une partie de Castels

1

Suivit une semaine où le temps qu’il fit était du genre à encourager tout un chacun à se remettre au lit après le déjeuner pour une longue sieste et s’en extirper, déboussolé de se sentir aussi gourd. Sans aller jusqu’au déluge, les intempéries rendirent périlleuse la phase finale de la cueillette des pommes (on dénombra plusieurs fractures de la jambe et, dans le Verger des Sept Lieues, une jeune femme se brisa l’échine en tombant du haut d’une échelle) et ardu le travail dans les champs de patates ; on passait presque autant de temps à désembourber les chariots qu’au ramassage proprement dit. Au Cœur Vert, les décorations déjà installées pour la Fête de la Moisson, toutes détrempées, durent être démontées. Les volontaires pour cette tâche attendaient avec une nervosité croissante une éclaircie afin de les remettre en place.

C’était un sale temps pour les jeunes gens chargés de dresser l’inventaire, bien qu’ils fussent en mesure d’inspecter les écuries et d’en dénombrer les occupants. Mais, diriez-vous, il devait faire grand beau pour un jeune homme et une jeune femme qui venaient de découvrir les joies de l’amour charnel, sauf que Roland et Susan ne se rencontrèrent que deux fois pendant cette période de grisaille. Le danger de leur conduite était maintenant presque palpable.

La première fois, ce fut dans un hangar à bateaux abandonné, sur la Route Maritime. La seconde, tout au bout du bâtiment en ruine en contrebas et à l’est de Citgo — ils firent l’amour avec emportement et fureur sur l’une des couvertures de selle de Roland, étalée à même le sol de l’ancienne cafétéria de la raffinerie de pétrole. Au moment de l’orgasme, Susan cria son nom encore et encore, effrayant les pigeons qui emplirent salles et couloirs délabrés, pleins d’ombres, de leur doux vacarme.

2

Au moment même où il semblait que la bruine ne cesserait jamais et que le son de la tramée déchirant l’air immobile allait rendre fous tous les habitants d’Hambry, un vent fort souffla en tempête depuis l’océan et dissipa les nuages. La ville se réveilla un beau jour sous un ciel bleu et brillant comme l’acier, le soleil dorant la baie le matin et la chauffant à blanc l’après-midi. La sensation de léthargie généralisée avait disparu. Dans les champs de pommes de terre, les charrettes roulèrent avec une vigueur nouvelle. Au Cœur Vert, tout un bataillon de femmes se remit à tapisser de fleurs l’estrade où Jamie McCann et Susan Delgado seraient proclamés Gars et Fille de la Moisson de cette année.

Là-bas, sur la partie de l’Aplomb proche de la Maison du Maire, Roland, Cuthbert et Alain galopaient avec un regain d’enthousiasme, comptant les chevaux qui portaient la marque de la Baronnie sur leurs flancs. Les ciels éclatants et le vent vif les emplissaient d’énergie et de bonne humeur et pendant trois à quatre jours, ils chevauchèrent en bande, criant leur joie à tous les échos, riant aux éclats, ayant retrouvé leur camaraderie de toujours.

Par l’un de ces jours ensoleillés et vivifiants, Eldred Jonas sortit du bureau du Shérif et remonta Hill Street en direction du Cœur Vert. Ce matin-là, il s’était débarrassé de Depape et de Reynolds — qui s’étaient rendus à la Roche Suspendue, se portant au-devant des estafettes de Latigo, qui ne devraient plus tarder à présent ; le projet de Jonas était simple : boire un verre de bière au pavillon en observant les préparatifs en cours, à savoir le creusement des fosses à rôtir, l’entassement des fagots du Feu de Joie, les disputes concernant les emplacements des mortiers pour le lancement des fusées du feu d’artifice et les dames fleurissant l’estrade où le Gars et la Fille de l’année seraient offerts à l’adulation de la foule. Peut-être, songea Jonas, qu’il pourrait embarquer une de ces jolies et gaillardes fleuristes pour une heure ou deux de récréation. Subvenir aux besoins des putes du saloon, il laissait ce soin à Roy et à Clay. Mais une jeune et fraîche fleuriste de dix-sept ans, c’était une autre affaire.

La douleur de sa hanche s’était évanouie en même temps que l’atmosphère humide ; sa démarche pénible et titubante de la semaine passée était redevenue une légère claudication. Peut-être qu’une ou deux bières en plein air lui suffiraient, mais le désir d’une fille ne voulait pas le lâcher. Jeune, la peau claire, le sein ferme. Haleine fraîche et parfumée. Lèvres douces et fraîches…

— Messire Jonas ? Eldred ?

Il se retourna, tout sourire, vers la détentrice de cette voix. Ce n’était pas une fleuriste fraîche comme la rosée, aux grands yeux et aux lèvres humides et entrouvertes qui se tenait devant lui, mais une femme maigrichonne d’un âge plus que certain — poitrine et fesses plates, lèvres décolorées et pincées, le cheveu plaqué sur le crâne à l’extrême limite du hurlement. Seuls ses grands yeux correspondaient à la rêverie érotique de Jonas. M’est avis que j’ai fait une conquête, ricana-t-il intérieurement.

— Cordélia ! s’exclama-t-il, prenant sa main entre les deux siennes. Comme vous êtes ravissante ce matin !

Ses joues se colorèrent légèrement et elle partit d’un petit rire. Un court instant, elle eut l’air d’avoir quarante-cinq ans au lieu de soixante. Et soixante ans, elle ne les a pas, songea Jonas. Les petites rides autour de la bouche et ces cernes ombreux, sous les yeux… c’est nouveau.

— Vous êtes bien aimable, dit-elle, mais je sais à quoi m’en tenir. Je n’ai pas dormi de la nuit et quand une femme de mon âge ne ferme pas l’œil, elle vieillit à vue d’œil.

— Désolé d’apprendre que vous souffrez d’insomnie, fit-il. Mais avec le changement de temps, peut-être que…

— Ça n’a rien à voir avec le temps. Puis-je vous entretenir, Eldred ? J’ai tourné et retourné la chose dans ma tête et vous êtes la seule personne à laquelle je puisse demander conseil.

Le sourire de Jonas s’accentua. Plaçant la main de Cordélia sur son bras, il la recouvrit de la sienne. À présent, elle avait le visage en feu. Avec le sang qui lui était monté à la tête, elle serait capable de parler pendant des heures. Et Jonas avait dans l’idée que chaque mot serait intéressant.

3

Sur les femmes d’un certain âge et d’un certain tempérament, le thé était plus efficace que le vin pour leur délier la langue. Jonas renonça à la lager (et à la fleuriste, peut-être) sans y songer à deux fois. Il fit asseoir sai Delgado dans un coin ensoleillé du pavillon du Cœur Vert (pas très loin de certaine pierre rougeâtre que Roland et Susan connaissaient bien), et commanda du thé à profusion, plus des gâteaux. Ils regardèrent les préparatifs de la Fête de la Moisson se poursuivre en attendant le boire et le manger. Le parc baigné de lumière retentissait de coups de marteau, de bruits de scie, de cris et d’éclats de rire.

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