Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Pourquoi faut-il que tu sois toujours le premier en tout ? cria-t-il à Roland intérieurement. Pourquoi faut-il que ce soit toujours toi ? Les dieux te maudissent, Roland ! Les dieux te maudissent !
— On est allés sur les quais, dit Cuthbert sur un ton qui n’était qu’une pâle imitation de son enjouement coutumier. Et on a compté des paires de bottes, des outils de marine et aussi ce qu’on appelle des tire-clams. On s’est bien amusés, pas vrai, Al ?
— Mon aide vous a manqué pour ce boulot ? demanda Roland.
Il retourna vers Flash et ôta sa couverture de selle.
— C’est pour ça que tu es si remonté contre moi ?
— Si je suis si remonté, c’est parce que les pêcheurs d’Hambry se moquent de nous dans notre dos. On n’arrête pas d’aller là-bas. Ils nous prennent pour des crétins, Roland.
Ce dernier opina.
— Tout ça sert nos affaires.
— Peut-être, dit tranquillement Alain. Mais Rimer, lui, n’est pas dupe — il n’y a qu’à le voir nous regarder quand on le croise. Jonas, idem. Et s’ils ne nous prennent pas pour des crétins, Roland, qu’ont-ils derrière la tête ?
Roland se tenait sur la seconde marche ; il avait oublié la couverture de selle, pliée sur son bras. Pour une fois, ils semblaient avoir réussi à capter son attention, se dit Cuthbert. Alléluia, que les miracles ne cessent jamais !
— Ils croient qu’on évite l’Aplomb parce qu’on sait déjà ce qui s’y trouve, fit Roland. Et s’ils ne le croient pas encore, ils ne vont pas tarder à s’y mettre.
— Cuthbert a un plan.
Le regard de Roland — moyennement intéressé, déjà prêt à s’absenter — s’orienta vers Cuthbert. Cuthbert le plaisantin. Cuthbert l’apprenti, qui n’avait en rien gagné l’arme qu’il avait apportée de l’est jusqu’au Croissant Extérieur. Cuthbert le puceau et l’éternel second. Mes dieux, je ne veux pas le détester. Je ne veux pas, mais c’est si facile à présent.
— On devrait aller voir tous les deux le Shérif Avery, demain, dit Cuthbert. On présentera la chose comme une visite de courtoisie. Nous avons déjà la réputation d’être trois jeunes gens polis, quoique légèrement stupides, n’est-ce pas ?
— À l’extrême, tomba d’accord Roland en souriant.
— On n’a qu’à dire qu’on en a finalement terminé avec la partie côtière d’Hambry et qu’on espère se montrer aussi scrupuleux dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage. Mais qu’on ne tient certes pas à déranger ni à se mettre dans les pattes de quiconque. C’est, après tout, le moment de l’année où l’activité est la plus grande — pour les rancheros comme pour les fermiers — et même des crétins de citadins invétérés tels que nous ne sauraient qu’en être conscients. Alors nous donnerons à ce bon Shérif une liste…
L’œil de Roland s’alluma. Il lança la couverture sur la balustrade du porche et, saisissant Cuthbert aux épaules, lui donna une accolade bourrue. Cuthbert flaira une odeur de lilas près du col de Roland et ressentit l’envie folle mais forte de le serrer à la gorge et de tenter de l’étrangler. Mais il se contenta de lui taper négligemment dans le dos en retour.
Roland se détacha de lui, un large sourire aux lèvres.
— Une liste des ranches qu’on se propose de visiter, dit-il. Si fait ! Et une fois prévenus, ils pourront transférer toutes les têtes de bétail qu’ils auront envie de nous cacher dans le ranch suivant ou le dernier de la liste. Même chose pour les articles de sellerie, le fourrage, le matériel… tu as eu une idée de génie, Cuthbert !
— Pas vraiment, fit Cuthbert. J’ai juste consacré un peu de temps de réflexion à un problème qui nous concerne tous autant que nous sommes. Et l’ensemble de l’Affiliation aussi, peut-être. C’est nécessaire de réfléchir. Tu n’es pas de mon avis ?
Alain fit la grimace, mais Roland parut ne rien remarquer. Il souriait toujours. Même à quatorze ans, une telle expression sur son visage ne laissait pas d’être inquiétante. À vrai dire, quand Roland souriait, il avait l’air légèrement fou.
— Tu sais, il se pourrait même qu’ils fassent rentrer dans leurs écuries un bon paquet de mutés et nous les mettent sous les yeux, rien que pour qu’on continue à croire aux mensonges qu’ils nous ont racontés sur l’impureté de leurs lignées.
Il marqua un temps, parut réfléchir avant d’ajouter :
— Pourquoi toi et Alain vous n’iriez pas trouver le Shérif, Bert ? Vous vous en tireriez très bien, je crois.
À ce moment-là, Cuthbert faillit se jeter sur Roland et lui crier en pleine figure : Oui, pourquoi pas ? Comme ça, demain, tu pourrais la tringler du matin au soir ! Espèce d’imbécile ! Espèce de frappé d’amour sans cervelle !
Al lui sauva la mise — la leur sauva à tous, peut-être.
— Ne sois pas bête, dit-il sèchement.
Et Roland se tourna vivement vers lui, sous le coup de la surprise. Il n’était pas habitué à se faire sonner les cloches de ce côté-là.
— Tu es notre chef, Roland — tu passes pour tel aux yeux de Thorin, Avery et des autres habitants de la ville, sans oublier les nôtres.
— Personne ne m’a nommé…
— Personne n’en a eu besoin ! s’écria Cuthbert. Tu as gagné tes armes ! Ces gens-là auraient du mal à le croire — moi-même, il y a peu, j’avais encore du mal —, mais tu es un pistolero. Il faut que ce soit toi qui y ailles ! Ça crève les yeux ! Peu importe lequel de nous t’accompagnera, mais toi, tu dois y aller !
Il aurait pu en dire plus, beaucoup plus, mais, s’il passait outre, qui sait jusqu’où il irait ? Jusqu’à ce que leur amitié soit en miettes, probablement. Aussi la boucla-t-il — pas la peine qu’Alain lui file un coup de pied, cette fois — et se prépara-t-il à nouveau à une explosion. Et une fois de plus, l’explosion ne vint pas.
— Très bien, fit Roland de cette façon détachée et lénifiante, genre « tout ça, c’est pas très important » qui était nouvelle chez lui et qui donnait envie à Cuthbert de le mordre jusqu’au sang, histoire de le réveiller.
— Va pour demain matin. Tu viendras avec moi, Bert. Huit heures, ça t’ira ?
— À merveille, fit Cuthbert.
À présent que la discussion était terminée et la décision prise, Bert s’aperçut que son cœur battait la chamade et que les muscles de ses cuisses étaient en coton. Il avait ressenti la même chose après leur affrontement avec les Grands Chasseurs du Cercueil.
— On va se mettre sur notre trente et un, dit Roland. Comme de gentils garçons des Baronnies Intérieures, pleins de bonnes intentions dans leurs cervelles de moineaux. Parfait.
Et il rentra. Son rictus avait cédé la place (quel soulagement) à un gentil sourire.
Cuthbert et Alain échangèrent un regard et soufflèrent comme un seul homme. Cuthbert désigna la cour de la tête et descendit les marches. Alain le suivit et les deux garçons se retrouvèrent au centre du rectangle de terre battue, avec le baraquement dans le dos. À l’est, la pleine lune montante se dissimulait derrière la cotonnade des nuages.