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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Au cul l’Affiliation ! chuchota-t-elle. Un tiens vaut mieux…

Mais tenait-elle vraiment quelque chose ? Un seul d’entre eux était-il dans ce cas de figure ? Farson tiendrait-il ses promesses — promesses faites par un dénommé Latigo et transmises par l’impayable Kimba Rimer ? Coraline nourrissait des doutes ; les despotes savaient fort à propos oublier leurs promesses et ce que vous teniez dans la main avait une fâcheuse propension à vous becqueter les doigts et à vous chier dans la paume avant de s’envoler au loin[9]. Bien que cela n’eût plus aucune importance à présent, elle avait creusé son trou. D’ailleurs, les gens auraient toujours envie de boire, de jouer et de baiser, sans se soucier plus que ça devant qui ils pliaient le genou ou au nom de qui on percevait l’impôt.

Toutefois, quand ce vieux démon de la conscience élevait la voix, quelques verres aidaient à lui couper le sifflet.

Elle fit halte devant le Salon de Pompes Funèbres Craven et regarda au bout de la rue les gamins juchés sur leurs échelles accrocher en riant des lanternes de papier à de hauts mâts ou aux avant-toits des maisons. Allumées la nuit de la Fête de la Moisson, elles barioleraient la Grand-Rue d’Hambry d’une centaine de douces taches de lumière qui entreraient en conflit entre elles.

Un instant, Coraline se souvint de l’enfant qu’elle avait été, celle qui regardait, émerveillée, les lampions de couleur, qui écoutait les cris et le fracas du feu d’artifice, les flonflons du bal qui s’échappaient du Cœur Vert, tandis que son père lui tenait la main, d’un côté… et son grand frère Hart, de l’autre. Hart qui, dans sa mémoire, portait fièrement sa première paire de pantalons, ce jour-là.

La nostalgie l’envahit : de douceur d’abord, d’amertume ensuite. L’enfant était devenue en grandissant une femme au teint jaunâtre, patronne de saloon et de bordel (pour ne rien dire de la propriété d’un grand nombre de terres le long de l’Aplomb), une femme dont le dernier compagnon de lit n’était autre que le Chancelier de son frère, une femme, ces jours, dont le principal objectif sitôt levée était d’écluser un petit remontant le plus tôt possible, histoire de soigner le mal par le mal. Comment, exactement, les choses avaient-elles tourné ainsi ? Cette femme, par les yeux de laquelle elle se voyait, était la dernière personne que la fillette qu’elle avait été aurait rêvé de devenir.

— Où ai-je fait fausse route ? se demanda-t-elle, avant d’éclater de rire. Oh, cher homme appelé Jésus, où donc cette agnelle égarée a-t-elle pris le mauvais chemin ? Faut-il dire alléluia ?

En entendant sa voix si semblable à celle de la prédicatrice itinérante qui avait traversé la ville l’année passée — Pittston, c’était son nom, Sylvia Pittston —, elle éclata de rire de plus belle, mais cette fois presque de bon cœur. Elle repartit vers le Repos de meilleur gré.

Sheemie était dehors, soignant ce qui restait de ses dauphinelles. Il lui fit signe de la main en lui criant une salutation. Elle lui rendit salutation et signe de la main. Un brave garçon, ce Sheemie, et bien qu’elle eût trouvé facilement à le remplacer, elle était contente que Depape ne l’ait pas tué.

Le bar quasiment vide était brillamment éclairé, tous les brûleurs à gaz flamboyaient comme un seul. L’endroit était aussi propre qu’un sou neuf. Sheemie avait dû vider les crachoirs, mais Coraline pressentait que c’était la femme rondelette derrière le bar qui s’était chargée de tout le reste. Le maquillage n’arrivait plus à dissimuler la complexion cireuse de cette femme ni ses orbites creuses ni son cou se fripant à vue d’œil (observer cette peau de lézard sur le cou d’une femme avait toujours fait frissonner Coraline intérieurement).

Pettie le Trottin tenait le bar sous le regard vitreux du Gai Luron et, si on l’y autorisait, elle camperait à cette place jusqu’à l’arrivée de Stanley qui l’en chasserait. Si Pettie n’avait point formulé à haute voix ses desiderata à Coraline — pas folle, la guêpe —, elle les avait laissé clairement entendre. Ses jours de putasserie étant comptés, elle désirait désespérément se reconvertir en barmaid. Il y avait eu un précédent, Coraline le savait — une femme avait tenu le bar des Arbres de la Forêt à Passage du Fleuve et une autre, celui du Glencove, à Tavares, plus haut sur la côte, jusqu’à ce qu’elle meure de la vérole. Ce que Pettie refusait de voir, c’était que Stanley Ruiz avait quinze ans de moins qu’elle et était en bien meilleure santé. Il servirait encore des verres sous le Gai Luron que Pettie pourrirait (et ne trottinerait plus) dans la fosse commune depuis une paie.

— Bonne nuitée, sai Thorin, dit Pettie.

Et, avant que Coraline ait eu le temps d’ouvrir la bouche, la pute avait posé un petit verre sur le bar et l’avait rempli à ras bord de whiskey. Coraline le fixa d’un air chagrin. Tout le monde était donc au courant ?

— J’ai pas envie de ça, fit-elle d’un ton sec. Pourquoi, au nom de l’Aîné, en aurais-je envie ? Le soleil n’est même pas couché ! Reverse-le dans la bouteille, au nom de ton père, et puis sors d’ici. À qui espères-tu donner à boire à cinq heures de l’après-midi ? Aux fantômes ?

Pettie fit une figure d’un pied de long ; son épaisse couche de fard parut se craqueler pour le coup. Elle s’empara de l’entonnoir derrière le bar, l’introduisit dans le col de la bouteille et y reversa le whiskey qu’elle venait de servir. Une partie, malgré l’entonnoir, se répandit sur le bar ; ses mains boudinées (dépouillées de bagues à présent, elle les avait troquées contre de la nourriture dans le magasin général d’en face, depuis longtemps) avaient la tremblote.

— Excusez-moi, sai. Si fait. Je voulais seulement…

— Je me moque de ce que tu voulais seulement, dit Coraline, avant de tourner ses yeux injectés de sang vers Sheb qui, assis devant le piano, n’avait cessé de feuilleter une vieille partition. Il regardait maintenant en direction du bar, bouche bée.

— Et toi, qu’est-ce que tu fixes comme ça, espèce de crapaud ?

— Rien, sai Thorin. Je…

— Alors va voir ailleurs si j’y suis. Et emmène cette truie avec toi. Pourquoi tu la ferais pas reluire un peu ? Ça lui ferait du bien à la peau, et à la tienne aussi par-dessus le marché.

— Je…

— Du vent ! Z’êtes sourds ou quoi ? Tous les deux !

Pettie et Sheb se replièrent vers la cuisine au lieu des logettes du premier étage. Mais ça ne faisait aucune différence pour Coraline. Pour sa part, ils pouvaient bien aller au diable. N’importe où, loin de sa migraine.

Elle passa derrière le bar et jaugea la situation. Deux hommes jouaient aux cartes là-bas dans le coin, sous l’œil de cette carne de Reynolds qui sirotait une bière. Un autre client se tenait à l’extrémité du bar, le regard vague, perdu dans son univers intérieur. Personne ne faisait particulièrement attention à sai Coraline Thorin. Et même si c’était le cas, quelle importance ? Si Pettie était au courant, ils l’étaient tous.

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9

En anglais, « Un tiens vaut mieux, etc. » se dit : A bird in the hand is worth two in the bush (Vaut mieux un oiseau dans la main que deux dans le buisson), d’où l’image du texte. (N.d.T.)

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