Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Elle soutint vaillamment le regard de sa tante, malgré l’effort qu’il lui en coûtait. Les mensonges allaient succéder aux semi-vérités, comme la nuit au crépuscule.
— Je les ai rencontrés tous les trois en ville. Vous voilà satisfaite ?
Oh que non, point du tout, constata Susan avec un désarroi grandissant.
— Me jurez-vous, Susan — sur le nom de votre père —, que vous n’avez jamais eu de rendez-vous avec ce Dearborn ?
Toutes mes chevauchées en fin d’après-midi, songea Susan. Toutes les excuses inventées, tout ce soin pris afin que personne ne nous voie. Tout cela réduit à néant à cause d’un geste insouciant de la main par un beau matin de pluie. Tout cela si facilement mis en péril. Pensions-nous qu’il pourrait en aller autrement ? Avons-nous été bêtes à ce point ?
Oui… et non. La vérité, c’est qu’ils avaient été fous. Et l’étaient encore.
Susan n’avait pas oublié le regard de son père les rares fois où il l’avait prise en flagrant délit de menterie. Son regard un peu étrange où se lisait de la déception. Et ce sentiment que ses menteries, si anodines qu’elles aient été, l’avaient blessé comme l’égratignure d’une ronce.
— Je ne jurerai sur rien ni sur personne, dit-elle. Vous n’avez point le droit de me le demander.
— Jure donc ! piailla Cordélia.
Elle chercha à nouveau la table, s’y agrippant comme si son équilibre était menacé.
— Jure-le ! Jure-le ! On ne joue pas à chat ou au furet ni à « à dada sur mon poney » ! Tu n’es plus une enfant ! Jure-le-moi ! Jure que tu es encore pure !
— Non, fit Susan, tournant les talons.
Son cœur battait la breloque, mais une terrible clarté d’esprit lui ouvrait les yeux sur le monde. Roland l’aurait reconnue pour ce qu’elle était : Susan avait la vision d’un pistolero. Une fenêtre vitrée, dans la cuisine, donnait sur l’Aplomb et elle y aperçut le reflet fantomatique de Tante Cord se précipiter sur elle, la menaçant du poing. Sans se retourner, Susan leva sa main pour lui intimer de faire halte.
— Ne portez pas la main sur moi, dit-elle. Ne me touchez point, sale garce.
Elle vit dans le reflet les yeux fantomatiques s’écarquiller de consternation sous le choc. Elle vit aussi le poing réfléchi s’ouvrir et la main retomber le long du flanc de la femme spectrale.
— Susan, fit Cordélia d’une petite voix peinée. Comment pouvez-vous me traiter aussi grossièrement ? Qu’est-ce qui a pu vous pousser à me retirer votre estime ?
Susan sortit sans lui répondre. Elle traversa la cour et entra dans l’écurie. Là, les odeurs qui lui étaient familières depuis l’enfance — celles des chevaux, du bois, du foin — lui montèrent à la tête et estompèrent cette lucidité terrible. Elle rebascula en enfance, errant à nouveau parmi les ombres de sa confusion. Pylône se retourna vers elle et poussa un hennissement. Et Susan, la tête enfouie dans sa crinière, se mit à pleurer.
— Et voilà ! s’exclama le Shérif Avery après le départ des sais Dearborn et Heath. Juste comme vous l’aviez dit — y sont lents, v’là tout ; rien d’autre que des larbins prudents.
Il brandit la liste méticuleusement rédigée, l’étudia un instant, puis éclata d’un rire caquetant et joyeux.
— Et regardez-moi ça ! Splendide ! Ah ouiche ! On peut s’déménager tout ce qu’on veut point qu’y voient plusieurs jours à l’avance, si fait.
— Ce sont de pauvres idiots, dit Reynolds… qui ne s’en languissait pas moins d’avoir une autre occasion de les affronter. Si Dearborn croyait qu’ils avaient passé l’éponge après la petite affaire du Repos des Voyageurs, il avait franchi le stade de l’imbécillité et campait sur les terres de la débilité profonde.
L’Adjoint Dave ne dit rien. Il examinait d’un œil désolé à travers son monocle le tableau des Castels, où son armée blanche avait été anéantie vite fait bien fait, en six coups. Les forces de Jonas s’étaient déversées autour de la Butte Rouge et leur flux avait balayé les espoirs de Dave comme un fétu de paille.
— J’suis tenté de m’harnacher bien au sec et d’aller à Front de Mer avec ceci, dit Avery.
Il dévorait toujours des yeux la feuille et sa liste bien propre de fermes, de ranches et des dates d’inspection prévues. Ça courait jusqu’au Terme de l’Année et au-delà ! Mes dieux !
— Pourquoi vous ne le faites pas ? dit Jonas en se levant.
La douleur lui élança la jambe comme une amertume éclair.
— Une autre partie, sai Jonas ? demanda Dave, commençant à redisposer les pièces.
— J’aimerais mieux jouer avec un bouffeur d’herbe, dit Jonas, qui prit un malin plaisir à voir la rougeur qui colora le cou et la face candide de cet imbécile.
Il traversa la pièce en claudiquant jusqu’à la porte, l’ouvrit et sortit sur le porche. La bruine s’était transformée en une pluie douce mais partie pour durer. Hill Street était déserte, ses pavés luisant d’humidité.
Reynolds l’avait suivi à l’extérieur.
— Eldred…
— Fous le camp, dit Jonas sans se retourner.
Clay hésita un instant, puis rentra et referma la porte.
Et merde, qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi ? se demanda Jonas à lui-même.
Il aurait dû se réjouir de la liste des deux morveux — autant qu’Avery, autant que Rimer le ferait quand il ouïrait parler de la visite de ce matin. Après tout, n’avait-il pas dit à Rimer, il n’y avait pas trois jours de ça, que les gamins seraient bientôt sur l’Aplomb, à compter tout leur soûl ? Si fait. Alors pourquoi cette inquiétude ? D’où lui venait cette putain de frousse ? Parce que Latigo, l’homme de Farson, ne l’avait toujours pas contacté ? Parce que Reynolds était revenu bredouille de la Roche Suspendue, un jour, et Depape idem, le suivant ? Sûrement pas. Latigo viendrait, escorté d’une troupe considérable, mais il était encore trop tôt, Jonas le savait. La Moisson était encore presque à un mois de là.
Alors, c’est seulement ce temps pourri qui te taquine la jambe, réveille cette vieille blessure et te fout en rogne ?
Non. La douleur était sévère, mais il avait connu pire. Le problème était dans sa tête. Jonas s’appuya à un pilier de l’avant-toit ; écoutant la pluie faire plic-ploc sur les tuiles, il songea comment parfois, dans une partie de Castels, un bon joueur jetait un œil de l’autre côté de sa Butte avant de se replier derrière. Voici ce que ça lui inspirait — c’était trop beau pour ne pas sentir vilain. Idée folle, mais pas si folle à la réflexion.
— T’essaierais pas de jouer aux Castels avec moi, face d’anchois ? murmura Jonas. Si c’est le cas, tu regretteras sous peu de pas être resté dans les jupes de ta maman. Si fait.
Roland et Cuthbert retournaient au Bar K en longeant l’Aplomb — il n’y aurait aucun décompte de fait, aujourd’hui. Au début, malgré la pluie et le ciel gris, Cuthbert avait retrouvé sa bonne humeur ou quasiment.
— Non, mais tu les as vus ? demanda-t-il dans un éclat de rire. Tu les as vus, Roland… Will, je veux dire ? Ils ont marché, non ? Ils ont avalé ça comme du petit-lait, si fait !
— Oui.
— Qu’est-ce qu’on fait ensuite ? C’est quoi notre prochain mouvement ?
Roland le fixa un instant d’un œil vide, comme s’il venait de le tirer de sa sieste.
— C’est à eux de bouger. Nous, on se contente de compter. Et d’attendre.