Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Tous les Jours de Fête sont plaisants, mais la Moisson nous fait tous retomber en enfance, vous ne trouvez point ? demanda Cordélia.
— Oui, en effet, confirma Jonas, qui, pour sa part, ne s’était jamais senti enfant, pas même quand il en était un.
— Ce que je préfère à tout, c’est le feu de joie, continua-t-elle, les yeux tournés vers le grand bûcher de planches et de branches qu’on édifiait au fond du parc, diagonalement opposé à la scène. Il avait des airs d’un tipi de bois.
— J’adore quand les gens de la ville viennent jeter dans les flammes leurs pantins de chiffon. C’est barbare, mais ça me donne toujours un frisson si agréable.
— Si fait, fit Jonas, se demandant in petto si elle frissonnerait tout aussi agréablement en sachant que trois desdits pantins qu’on lancerait dans le feu de joie, la Nuit de la Moisson, brûleraient avec une odeur de cochon grillé et des hurlements de harpie. Avec un peu de chance, celui qui crierait le plus longtemps serait celui aux yeux bleus.
On apporta le thé et les petits gâteaux et Jonas jeta à peine un coup d’œil à la poitrine généreuse de la serveuse. Il n’avait d’yeux que pour la fascinante sai Delgado, ses petits gestes secs et nerveux, et son regard bizarrement aux abois.
Une fois que la fille se fut éloignée, il fit le service, reposa la théière sur son trépied, puis prit la main de Cordélia dans la sienne.
— Cordélia, dit-il de son ton le plus chaleureux, je vois bien que quelque chose vous tracasse. Il faut soulager votre cœur. Confiez-vous à votre bon ami Eldred.
Elle serra si fort les lèvres qu’elles disparurent presque, mais, malgré cela, elle ne put mettre un terme à leur tremblement. Ses yeux s’emplirent de larmes, en furent bientôt noyés ; ils débordèrent. Il prit sa serviette et, se penchant à travers la table, essuya ses pleurs.
— Racontez-moi, dit-il tendrement.
— Si fait. Il faut que j’en parle à quelqu’un, sinon je vais devenir folle. Mais vous devez me faire une promesse, Eldred.
— Bien sûr, ma caille.
La voyant rougir plus fortement que jamais à ce vocable gentil et sans malice, il lui pressa la main.
— Tout ce que vous voudrez.
— Il ne faudra point en parler à Hart. Ni à ce cafard répugnant de Chancelier non plus, mais surtout pas au Maire. Si mes soupçons sont fondés et qu’il découvre le pot aux roses, il pourrait l’envoyer dans l’Ouest !
Elle faillit pousser un gémissement comme si de formuler la chose lui faisait prendre conscience de sa réalité pour la première fois.
— Il pourrait nous y expédier toutes les deux !
Sans se départir de son sourire compatissant, Jonas lui dit :
— Je ne soufflerai mot ni au Maire Thorin ni à Kimba Rimer. Promis.
Un instant, il songea qu’elle n’effectuerait pas le plongeon… ne pourrait pas, peut-être. Puis, à voix basse, le souffle entrecoupé, dans un bruit d’étoffe déchirée, elle prononça ce seul nom :
— Dearborn.
Il sentit son cœur cogner un grand coup dans sa poitrine quand le nom qui occupait tant ses pensées franchit les lèvres de Cordélia ; il n’en continua pas moins à sourire, mais ne put s’empêcher de lui serrer très fort les doigts, ce qui lui fit faire la grimace.
— Pardon, dit-il. C’est juste que vous m’avez fait sursauter. Dearborn… un garçon assez disert, mais je me demande si on peut lui faire entièrement confiance.
— Je crains qu’il ne soit allé avec ma Susan.
Maintenant, c’était son tour à elle de lui presser la main, mais Jonas ne s’en souciait guère. Il ne sentit rien, à vrai dire. Il continua à sourire, espérant que son ahurissement ne se voyait pas trop.
— J’ai peur qu’il ne soit allé avec elle… comme un homme avec une femme. Oh, comme tout ça est horrible !
Elle versait en silence des larmes amères, tout en jetant à la dérobée des coups d’œil autour d’elle pour s’assurer que personne ne les observait. Jonas avait vu des coyotes et des chiens parias faire de même pendant leurs infectes agapes. Il la laissa se purger le système autant que possible — il voulait qu’elle retrouve son calme ; un discours incohérent ne l’aiderait en rien —, aussi à peine vit-il ses pleurs diminuer qu’il lui tendit une tasse de thé.
— Buvez-moi ça.
— Oui, merci.
Le thé était encore fumant, mais Cordélia le but avec avidité. Elle doit avoir le gosier tapissé d’ardoise, la vieille, songea Jonas. Elle reposa la tasse et tandis qu’il la resservait, elle se briqua rageusement le visage avec son pañuelo en ruché pour effacer les dernières traces de larmes.
— Je ne l’aime point, dit-elle. Non seulement je ne l’aime point, mais je ne lui fais point confiance, ni d’ailleurs à ces deux autres avec leurs saluts à la mode de l’Intérieur, leurs regards insolents et leur drôle de façon de parler ; mais c’est à lui surtout que je ne me fie point. Toutefois, s’il y a quelque chose entre eux (comme j’ai bien peur que ce ne soit le cas), la faute lui incombe à elle, non ? Après tout, c’est à la femme de refréner les pulsions bestiales.
Il se pencha sur la table, la regardant avec sympathie et chaleur.
— Dites-moi tout, Cordélia.
Ce qu’elle fit.
Rhéa adorait en bloc la boule de cristal, mais ce qu’elle aimait tout particulièrement, c’était la manière infaillible qu’elle avait de lui montrer autrui, au comble de la vilenie. Jamais, dans ses roses confins, elle n’avait vu d’enfant en consoler un autre après qu’il était tombé en jouant, ou encore de mari, la tête dans le giron de sa femme, ni de vieilles personnes soupant paisiblement au soir tombant ; ces choses-là ne présentaient pas plus d’intérêt pour le cristal que pour elle.
Au lieu de ça, elle avait assisté à des incestes, vu des mères battre leurs enfants et des maris leurs femmes. Elle avait vu une bande de galopins des faubourgs ouest de la ville (cela aurait amusé Rhéa d’apprendre que ces fanfarons de huit ans se surnommaient Grands Chasseurs du Cercueil) attirer les chiens errants avec un os pour mieux s’amuser à leur trancher la queue. Elle avait assisté à des vols et au moins à un meurtre : un vagabond qui avait embroché son compagnon d’un coup de fourche à l’issue d’une banale altercation. Cela avait eu lieu la première nuit de crachin. Le cadavre pourrissait tranquillement dans un fossé, près de la Grand-Route de l’Ouest, recouvert de paille et de mauvaises herbes. Peut-être le découvrirait-on avant que les tempêtes d’automne ne viennent noyer une année de plus sous leur déluge, ou peut-être pas.
Elle entrevit aussi Cordélia Delgado et Jonas, ce drôle de pistolet, installés à une table en terrasse du Cœur Vert à parler de… pas moyen de le savoir, évidemment. Mais le regard de cette garce de vieille fille ne lui échappa point. Entichée de lui qu’elle était, la figure toute rose. Émoustillée, tout sucre tout miel, par un pistolero raté qui vous tirait dans le dos ! C’était du plus haut comique, si fait, et Rhéa se dit qu’elle leur jetterait un coup d’œil de temps à autre. Ce serait très divertissant, probablement.