Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Après lui avoir montré Cordélia et Jonas, le cristal se voila une fois de plus. Rhéa le remit dans le coffret à la serrure en forme d’œil. La vision de Cordélia dans la boule de verre rappela à Rhéa qu’elle n’en avait point fini avec sa traînée de nièce. Que Rhéa n’en ait point terminé était ironique mais compréhensible — dès qu’elle eut vu comment régler son compte à la jeune sai, Rhéa avait retrouvé sa tranquillité d’esprit et les images étaient réapparues dans le cristal ; et la fascination qu’elle éprouvait pour elles avait fait temporairement oublier à Rhéa l’existence de Susan Delgado. À présent, cependant, elle se remémora son plan. Lâcher le chat dans le pigeonnier. Et quand on parlait du chat…
— Moisi ! You-hou, Moisi ! Où es-tu passé ?
Le chat sortit en rampant sur le ventre du tas de bois, les yeux luisant dans la pénombre crasseuse de la masure (quand le temps s’était remis au beau, Rhéa avait tiré à nouveau ses volets) ; balançant sa queue fourchue, il sauta sur ses genoux.
— J’ai une commission pour toi, dit-elle, se penchant pour lui lécher le poil.
Le goût enchanteur de la fourrure de Moisi lui emplit la bouche et la gorge.
Moisi fit le dos rond, ronronnant sous son coup de langue. Pour un chat muté à six pattes, c’était la belle vie.
Jonas se débarrassa de Cordélia le plus vite possible — mais pas assez vite à son goût, car il dut caresser la haridelle dans le sens du poil. Elle pourrait avoir son utilité, le moment venu. Pour finir, il l’avait embrassée au coin de la bouche (ce qui l’avait fait rougir si violemment qu’il craignit de lui avoir provoqué un coup de sang) en lui disant qu’il allait procéder à des vérifications dans l’affaire qui lui causait tant de souci.
— Mais discrètement ! dit-elle, alarmée.
Mais oui, il ferait preuve de discrétion, lui dit-il en la raccompagnant chez elle. Discret était son second prénom. Il savait bien que Cordélia ne serait pas — ne pourrait pas être — rassérénée tant qu’elle ne serait sûre de rien, mais il pressentait que toute l’affaire se résumerait à un simple fantasme. Les adolescentes adoraient dramatiser, non ? Et si la jeune fille voyait que sa tante avait peur de quelque chose, il se pouvait qu’elle fit tout pour alimenter les craintes de sa tantine au lieu de les dissiper.
Cordélia avait fait halte près de la palissade blanche qui séparait son jardin de la route. Le soulagement sublima son expression. Jonas lui trouva l’air d’une mule dont on gratte l’échine avec une brosse en chiendent.
— Ma foi, je n’y avais point pensé… pourtant, c’est probable, n’est-ce pas ?
— Plus que probable, avait renchéri Jonas. N’empêche que je vais examiner ça de près et avec tout le soin requis. Mieux vaut prévenir que guérir.
Il l’embrassa une fois encore au coin de la bouche.
— Et je ne soufflerai mot à ceux de Front de Mer. Pas le moindre.
— Merci à toi, Eldred ! Oh, grand merci à toi !
Et, avant d’entrer en hâte, elle l’avait serré contre elle, pressant ses minuscules seins, durs comme des cailloux, contre sa chemise.
— Peut-être que je dormirai bien cette nuit, après tout !
Elle, peut-être, mais Jonas se demanda si ce serait son cas.
Tête baissée et mains nouées derrière le dos, il gagna l’écurie d’Hookey qui hébergeait son cheval. Un troupeau de gosses remontait en courant l’autre côté de la rue ; deux d’entre eux brandissaient des queues de chien coupées, avec des caillots de sang à leur extrémité.
— Chasseurs du Cercueil ! On est des Grands Chasseurs du Cercueil, pareil que vous ! l’un d’eux apostropha-t-il Jonas avec impudence.
En un éclair, Jonas tira son arme et la braqua sur eux — et un instant, les gamins terrifiés le virent tel qu’en lui-même : l’œil flamboyant, la babine retroussée découvrant ses crocs, Jonas avait tout d’un loup blanc en habit d’homme.
— Circulez, petits salopards ! Circulez avant que je vous fasse sauter hors de vos godasses et que je donne des raisons à vos pères de faire la fête !
D’abord paralysée, la horde hurlante prit ses jambes à son cou. L’un des gamins avait abandonné son trophée derrière lui et la queue du chien gisait sur le trottoir en planches comme un sinistre éventail. Jonas fit la grimace en apercevant la chose, rengaina son arme et, les mains à nouveau dans le dos, continua d’avancer, ayant l’apparence d’un pasteur méditant sur la nature des dieux. Et aux noms de ces mêmes dieux, qu’est-ce qui lui avait pris de défourrailler et de menacer une bande de chenapans ?
La faute à l’énervement, se dit-il. La faute à l’inquiétude.
Il était inquiet, d’accord. Quant aux soupçons de la vieille bique, plate comme une limande, ils l’avaient passablement énervé. (La cause n’avait rien à voir avec Thorin — en ce qui concernait Jonas, Dearborn pouvait bien baiser la fille sur la place publique et à midi tapant, le Jour de la Fête de la Moisson —, mais parce que cela suggérait que Dearborn pouvait l’avoir roulé en d’autres matières.)
Une fois déjà, il s’est faufilé en douce dans ton dos et tu t’es juré qu’il ne t’y reprendrait plus. Mais s’il tringle cette fille, il t’y a repris. Tu ne crois pas ?
Si fait, comme on disait dans la région. Si le gamin avait eu l’impertinence d’entamer une liaison avec la future gueuse du Maire et l’incroyable habileté de ne pas se faire prendre, que devenait là-dedans l’image des trois blancs-becs de l’Intérieur bien embarrassés de situer leur postérieur avec leurs deux mains et une bougie, que Jonas avait complaisamment évoquée ?
On les a sous-estimés une fois déjà et ils nous ont tournés en bourrique devant tout le monde. Je veux pas que ça se reproduise, avait dit Clay.
Est-ce que ça s’était déjà reproduit ? Qu’est-ce que Dearborn et ses amis savaient, en réalité ? Qu’avaient-ils découvert ? Et à qui en avaient-ils parlé ? Si Dearborn avait pu troncher sans se faire prendre la promise du Maire… avait pu en faire accroire regardant quelque chose d’aussi gros à Eldred Jonas… comme à tout le monde…
— Bien le bonjour, sai Jonas, fit Brian Hookey, affichant un large sourire, toutes courbettes dehors devant Jonas, écrasant son sombrero contre son large poitrail de forgeron. Vous plairait-il de goûter le graf nouveau, sai ? Je viens juste d’en recevoir du pressoir et…
— Tout ce que je veux, c’est mon cheval, le coupa Jonas. Amenez-le-moi vite fait et arrêtez ce caquetage.
— Si fait, si fait, messire, trop heureux de vous obliger. Grand merci, sai.
Il s’empressa d’aller faire ce qu’on lui demandait mais ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil nerveux par-dessus son épaule pour s’assurer qu’il ne risquait pas de se faire descendre à l’improviste.
Dix minutes plus tard, Jonas chevauchait sur la Grand-Route en direction de l’ouest. Il était démangé par une ridicule, mais non moins forte, envie de lancer sa monture au galop et de laisser derrière lui tout ce fatras d’imbécillité : Thorin le bouc grisonnant, Roland et Susan et leur amour adolescent sans nul doute insipide, Roy et Clay à l’esprit obtus et à la gâchette facile, Rimer et ses ambitions, Cordélia Delgado et ses épouvantables fantasmes si prévisibles : eux deux au creux d’un quelconque vallon boisé où il lui réciterait des vers tandis qu’elle lui tresserait une couronne de fleurs.