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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Il se tourna vers la Compagnie. « Nous devons continuer sans l’espoir, dit-il. Tout au moins pouvons-nous encore être vengés. Fourbissons nos armes et ne pleurons plus ! Venez ! Nous avons une longue route et beaucoup à faire. »

Ils se levèrent et regardèrent autour d’eux. Au nord, le val se resserrait en un couloir ombreux et escarpé, sis entre deux grands éperons des montagnes au-dessus desquels s’élevaient trois cimes couronnées de neige : Celebdil, Fanuidhol, Caradhras, les Montagnes de la Moria. Du haut de ce couloir, un torrent s’épanchait en une succession de petites chutes d’eau, tel un liseré de dentelle blanche, et des gouttelettes d’écume flottaient dans l’air au pied des montagnes.

« C’est là l’Escalier de Ruisselombre, dit Aragorn, désignant les cascades. C’est par ce chemin encaissé qui grimpe le long du torrent que nous serions arrivés, si la fortune avait été plus clémente. »

« Ou le Caradhras moins cruel, dit Gimli. Regardez-le qui se dresse, souriant au soleil ! » Il brandit le poing en direction du plus éloigné des trois sommets enneigés, puis il se détourna.

À l’est, le bras étendu par les montagnes trouvait une fin soudaine, et des terres lointaines se discernaient au-delà, vastes et indécises. Au sud, les Montagnes de Brume s’éloignaient à perte de vue. À moins d’un mille devant eux et un peu en contrebas – car ils se trouvaient encore sur les hauteurs du côté ouest du val – s’étendait un petit lac. Il était long et ovale, comme un grand fer de lance profondément enfoncé dans le couloir au nord ; mais sa pointe sud se trouvait au-delà des ombres, sous le ciel ensoleillé. Néanmoins, ses eaux étaient foncées : d’un bleu profond, comme un ciel crépusculaire vu d’une pièce faiblement éclairée. Sa surface était calme, sans la moindre ride. Il était entouré d’une pelouse unie qui s’abaissait doucement jusqu’à sa rive, bande de terre dénudée et ininterrompue.

« Et là se trouve le Miralonde, le profond Kheled-zâram ! dit Gimli avec tristesse. Je me souviens qu’il m’avait dit : “Puisse cette vue vous apporter la joie ! Mais nous ne pouvons nous attarder là-bas.” Longtemps je devrai voyager désormais, avant de connaître de nouveau la joie. C’est moi qui dois me hâter de partir, et lui qui doit rester. »

La Compagnie suivit alors la route qui descendait des Portes. Elle était défoncée et largement effacée, réduite à un sentier sinueux entre bruyères et ajoncs s’immisçant parmi les dalles fendues. Mais on pouvait encore voir qu’une grande route pavée s’était trouvée jadis à cet endroit, montant des basses terres pour rejoindre le royaume des Nains. Des ouvrages de pierre en ruine s’élevaient par endroits en bordure du chemin, ainsi que des monticules verts surmontés de frêles bouleaux, parfois de sapins gémissant au vent. Un détour vers l’est les mena tout près de la pelouse du Miralonde, et là, non loin du bord de la route, se dressait une unique colonne tronquée.

« C’est la Pierre de Durin ! s’écria Gimli. Je ne peux passer par ici sans m’attarder un moment à contempler la merveille du val ! »

« Faites vite, dans ce cas ! dit Aragorn, jetant un regard vers les Portes. Le Soleil se couche tôt. Les Orques ne sortiront peut-être pas avant la nuit tombée, mais nous devrons alors être loin. La Lune est presque consumée : il fera nuit noire. »

« Venez avec moi, Frodo ! s’écria le nain, sautant en dehors de la route. Je ne voudrais pas que vous partiez sans avoir vu le Kheled-zâram. » Il s’élança tout courant sur la longue pente verte. Frodo le suivit lentement, attiré par la tranquille eau bleue malgré la fatigue et les blessures ; Sam lui emboîta le pas.

Gimli s’arrêta près de la pierre levée et l’examina de haut en bas. Elle était fissurée, usée par les intempéries, et les runes gravées sur ses flancs ne pouvaient être lues. « Cette colonne marque l’endroit où Durin regarda pour la première fois dans le Miralonde, dit le nain. Regardons-y nous-mêmes une fois, avant de partir ! »

Ils se penchèrent sur l’eau sombre. Au début, ils ne purent distinguer quoi que ce soit. Puis, peu à peu, ils virent les formes des montagnes environnantes se mirer dans un bleu profond : leurs cimes étaient comme des gerbes de flamme blanche ; et au-delà s’étendait un espace de ciel. Là, comme des gemmes reposant au fond, brillaient d’étincelantes étoiles, bien que le soleil fût dans le ciel. De leurs silhouettes à eux, nulle ombre ne se voyait.

« Ô beau et merveilleux Kheled-zâram ! dit Gimli. Ci-gît la Couronne de Durin jusqu’à ce qu’il se réveille ! Adieu ! » Il s’inclina, tourna les talons et se hâta de remonter le tapis de verdure jusqu’à la route.

« Qu’est-ce que tu as vu ? » demanda Pippin à Sam ; mais Sam était trop absorbé dans ses pensées pour répondre.

La route prit alors au sud et se mit à descendre rapidement, sortant d’entre les épaulements du val. À quelque distance en bas du lac, ils croisèrent une source profonde et claire comme le cristal, où un ruisselet se déversait d’un affleurement de pierre et se sauvait, miroitant et gargouillant, dans un lit abrupt et rocailleux.

« Voici la source où naît la rivière Argentine, dit Gimli. N’y buvez pas ! Elle est glaciale. »

« Elle devient bientôt un rapide cours d’eau, et rassemble à elle bien d’autres ruisseaux des montagnes, dit Aragorn. Nous aurons à la suivre sur de nombreux milles. Car je vous conduirai par la route que Gandalf avait choisie, et je compte d’abord arriver aux bois où l’Argentine se jette dans le Grand Fleuve : là-bas. » Suivant son index, ils virent que le cours d’eau dégringolait vers le creux de la vallée et poursuivait alors sa course dans les basses terres, jusqu’à se perdre enfin dans des lointains dorés.

« Ce sont là les bois de Lothlórien ! dit Legolas. La plus belle de toutes les demeures de mon peuple. Aucun arbre ne se compare à ceux de ce pays. Car en automne, leurs feuilles ne tombent pas, mais se changent en or. Elles ne tombent pas, que ne viennent le printemps et le vert nouveau ; alors leurs branches se chargent de fleurs jaunes, et le sol de la forêt se couvre d’or ; dorée est sa voûte, et ses piliers sont d’argent, car l’écorce de ces arbres est grise et lisse. C’est ce que nos chants disent encore à Grand’Peur. Comme j’aurais le cœur content, si j’étais à l’orée de ce bois et que nous étions au printemps ! »

« J’aurai le cœur content, même en hiver, dit Aragorn. Mais il se trouve à bien des milles encore. Hâtons-nous ! »

Frodo et Sam parvinrent à suivre les autres au début ; mais Aragon les conduisait à vive allure, et au bout d’un moment, ils se mirent à traîner. Ils n’avaient rien mangé depuis le début de la matinée. La coupure de Sam le brûlait comme du feu, et la tête lui tournait. Malgré le soleil éclatant, le vent lui semblait froid après la chaude obscurité de la Moria. Il frissonna. Frodo, cherchant son souffle, sentait la douleur augmenter à chaque pas.

Enfin, Legolas se retourna, et, les voyant à présent loin derrière lui, il avertit Aragorn. Tous s’arrêtèrent, et Aragorn s’empressa d’aller les trouver, appelant Boromir à le suivre.

« Je suis désolé, Frodo ! s’écria-t-il, plein de sollicitude. Tant de choses sont arrivées aujourd’hui, et il faut à ce point nous hâter que j’en ai oublié que vous étiez blessé ; et Sam aussi. Vous auriez dû nous le dire. Nous n’avons rien fait pour vous soulager comme nous le devrions, tous les orques de la Moria seraient-ils après nous. Mais courage ! Il y a non loin un endroit où nous pourrons nous reposer un moment. Quand nous y serons, je vous soignerai de mon mieux. Venez, Boromir ! Nous allons les porter. »

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