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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Elle s’avança près du feu, et le rougeoiement se voila comme si un nuage s’était penché dessus. Puis, d’un formidable élan, elle bondit par-dessus la faille. Les flammes rugirent, s’élevant à sa rencontre et se lovant autour d’elle ; une fumée noire tournoya dans l’air. Sa longue crinière s’embrasa et flamba derrière elle. À sa main droite était une lame pointue semblable à une langue de feu ; sa main gauche tenait un fouet aux multiples lanières.

« Aï ! aï ! gémit Legolas. Un Balrog ! Un Balrog arrive ! » Gimli écarquilla les yeux. « Le Fléau de Durin ! » s’écria-t-il, et laissant tomber sa hache, il se couvrit le visage.

« Un Balrog, murmura Gandalf. Je comprends, maintenant. » Chancelant, il s’appuya lourdement sur son bâton. « Quelle mauvaise fortune ! Et je suis déjà fatigué. »

La forme noire, ruisselante de feu, s’élança vers eux. Les orques hurlèrent, se déversant par les passerelles de pierre. Boromir saisit alors son cor et sonna. Un puissant mugissement s’éleva en manière de défi, comme le cri d’une armée sous la voûte caverneuse. Pendant un moment, les orques vacillèrent et l’ombre de feu s’arrêta. Puis les échos moururent, aussi subitement qu’une flamme soufflée par un vent noir, et l’ennemi poursuivit son avancée.

« Par le pont ! cria Gandalf, se ressaisissant. Fuyez ! Cet adversaire est au-dessus de vos forces. Je dois tenir le passage étroit. Fuyez ! » Aragorn et Boromir n’en firent rien, se tenant côte à côte derrière Gandalf, de l’autre côté du pont. Les autres s’arrêtèrent sous la porte au fond de la salle et se retournèrent, incapables de laisser leur chef affronter l’ennemi seul.

Le Balrog arriva près du pont. Gandalf se dressait au milieu de la travée, appuyé sur le bâton qu’il tenait dans main sa gauche ; mais dans sa droite luisait Glamdring, froide et blanche. Son ennemi s’arrêta de nouveau, face à lui, et l’ombre qui l’entourait se déploya comme deux ailes immenses. Il brandit son fouet : les lanières gémirent et claquèrent. Ses narines exhalèrent du feu. Mais Gandalf tint bon.

« Tu ne passeras pas », dit-il. Les orques se tinrent immobiles, et un silence de mort tomba. « Je suis un serviteur du Feu Secret, détenteur de la flamme d’Anor. Tu ne passeras pas. Le feu noir ne te servira de rien, flamme d’Udûn. Retourne au domaine de l’Ombre ! Tu ne passeras pas. »

Le Balrog ne fit aucune réponse. Le feu sembla mourir en lui, mais les ténèbres redoublèrent. S’avançant lentement sur le pont, il se dressa soudain à hauteur vertigineuse, et ses ailes s’étendirent d’un mur à l’autre ; mais la lueur de Gandalf se voyait encore, brasillant dans l’ombre ; il paraissait minuscule et entièrement seul : gris et courbé, comme un arbre rabougri avant l’assaut d’une tempête.

De l’ombre surgit une épée rouge feu. Glamdring brilla blanche en retour. Il y eut un choc retentissant et un jet de flammèches blanches. Le Balrog recula, et son épée vola en éclats fondus. Sur le pont, le magicien chancela, fit un pas en arrière et se tint de nouveau immobile.

« Tu ne passeras pas ! » dit-il.

D’un bond, le Balrog s’élança vers le milieu de la travée. Son fouet sifflait et tournoyait.

« Il ne peut résister seul ! s’exclama soudain Aragorn, accourant sur le pont. Elendil ! cria-t-il. Je suis avec vous, Gandalf ! »

« Le Gondor ! » cria Boromir, se lançant à sa suite. À ce moment, Gandalf éleva son bâton et, avec un grand cri, frappa le pont devant lui. Le bâton se fracassa et tomba de sa main. Des flammes blanches jaillirent en un éblouissant rideau. Le pont se lézarda. Il se brisa sous les pieds du Balrog, et la pierre qui lui servait d’appui disparut dans le gouffre, tandis que le reste de l’arc demeurait en équilibre, frémissant comme une langue de pierre au-dessus du vide.

Le Balrog tomba en avant avec un terrible cri ; son ombre plongea dans le gouffre et s’évanouit. Mais dans sa chute, il fit claquer son fouet, et ses lanières fouettèrent les jambes du magicien et s’enroulèrent autour de ses genoux, l’entraînant jusqu’au bord. Il trébucha et tomba, tenta vainement de s’agripper, puis glissa dans l’abîme. « Fuyez, pauvres fous ! » cria-t-il, avant de disparaître.

Les feux s’éteignirent, remplacés par des ténèbres vides. La Compagnie resta pétrifiée d’horreur, les yeux rivés sur la fosse. Au moment même où Aragorn et Boromir revenaient en courant, le reste du pont se fissura et s’écroula. Aragorn secoua les autres d’une voix forte.

« Venez ! C’est moi qui vais vous conduire, à présent ! cria-t-il. Il faut respecter sa dernière injonction ! Suivez-moi ! »

Ils se jetèrent à corps perdu dans le grand escalier derrière la porte, Aragorn en tête, Boromir à l’arrière. Au sommet se trouvait un large passage rempli d’échos. Ils fuirent de ce côté. Frodo entendit Sam pleurer tout près de lui, et s’aperçut qu’il pleurait lui aussi en courant. Poum, poum, poum résonnaient les battements de tambour, maintenant lugubres et lents ; poum !

Ils poursuivirent leur course. La lumière allait en grandissant : le plafond était ajouré de puits. Ils forcèrent l’allure. Puis ils débouchèrent dans une autre salle, baignée de la lumière grâce à de hautes fenêtres à l’est. Ils filèrent à travers. Son portail était détruit ; ils le passèrent, et les Grandes Portes s’ouvrirent tout à coup devant eux telle une arche de lumière resplendissante.

Une garde d’orques était tapie dans les ombres, derrière les hauts montants qui se dressaient de chaque côté ; mais les portes étaient fracassées et jetées à terre. Aragorn terrassa le capitaine qui s’était mis en travers de sa route, et les autres fuirent devant son terrible courroux. La Compagnie passa en coup de vent sans même se soucier d’eux. Ils coururent au-dehors des Portes et dévalèrent les grandes marches rongées par les siècles, le seuil de la Moria.

Ainsi, contre toute espérance, ils retrouvèrent enfin le ciel et sentirent le vent sur leurs visages.

Ils ne s’arrêtèrent pas avant d’être hors de portée des archers qui gardaient peut-être les murs. Le Val de Ruisselombre s’étendait autour d’eux. L’ombre des Montagnes de Brume le recouvrait, mais à l’est, une lumière dorée s’étendait sur le pays. Il était seulement une heure passé midi. Le soleil brillait ; les nuages étaient blancs et hauts.

Ils regardèrent en arrière. La grande arche des Portes béait dans l’ombre des montagnes. Sous terre, faibles et distants, roulaient les lents battements de tambour : poum. Un mince ruban de fumée noire s’échappait par la sombre ouverture. Rien d’autre ne se voyait ; toute la vallée était déserte. Poum. Alors le chagrin les submergea entièrement ; et ils pleurèrent longuement, certains debout et silencieux, les autres étendus à terre. Poum, poum. Les battements de tambour s’évanouirent.

6En Lothlórien

« Hélas ! Je crains que nous ne puissions rester ici plus longtemps », dit Aragorn. Il regarda vers les montagnes et leva son épée. « Adieu, Gandalf ! dit-il à haute voix. Ne vous avais-je pas dit : si vous passez les portes de la Moria, prenez garde ? Las ! je disais vrai ! Quel espoir nous reste-t-il sans vous ? »

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