Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Des chariots remplis de courges obstruaient les routes ; des monceaux — orange brillant — de potirons et — magenta brillant — d’âpreraves s’entassaient le long des granges. Dans les champs roulaient de pleines charretées de pommes de terre, suivies de près par les ramasseurs. Devant le magasin général d’Hambry, les amulettes de la Moisson apparurent comme par magie, pendouillant des Gardiens sculptés tels des carillons éoliens.
Partout dans Mejis, les filles cousaient leurs costumes de la Nuit de la Moisson (et parfois pleuraient sur leur ouvrage, quand il n’avançait pas) tout en rêvant aux garçons avec lesquels elles danseraient au pavillon du Cœur Vert. Leurs petits frères avaient du mal à s’endormir à force de penser aux manèges, aux jeux et aux lots qu’ils pourraient gagner pendant ce carnaval. Même leurs aînés, en dépit de leurs dos douloureux et de leurs mains abîmées, restaient parfois éveillés tard dans la nuit à songer aux plaisirs de la Moisson.
L’été s’était éclipsé sur un dernier envol de sa robe de verdure ; l’heure de la moisson avait sonné.
Rhéa, qui se souciait comme d’une guigne des bals de la Moisson ou des jeux du carnaval, ne dormait pas mieux que ceux qui en rêvaient. La plupart des nuits, elle gisait sur son grabat puant, éveillée jusqu’à l’aube, son crâne lui cognant de rage. Un soir, peu après l’entretien de Jonas et du Chancelier Rimer, elle décida de boire pour tout oublier. Son humeur ne s’améliora guère quand elle découvrit que son tonneau de graf était presque vide ; elle infesta l’air de ses imprécations.
Elle reprenait son souffle pour en dévider un nouveau chapelet quand une idée lui vint. Une idée lumineuse. Une brillante idée. Elle avait voulu que Susan Delgado sacrifie sa chevelure. Ça n’avait pas marché et elle ignorait pourquoi… mais elle savait quelque chose sur cette fille, non ? Quelque chose d’intéressant, si fait, de très intéressant.
Rhéa n’avait aucune envie d’aller trouver Thorin avec ce qu’elle savait ; elle caressait l’espoir (chimérique, probablement) que le Maire avait tout oublié de sa boule de cristal merveilleuse. Mais à supposer que la tante de cette fille… que Cordélia Delgado découvre non seulement que sa nièce avait perdu sa virginité, mais encore que cette dernière était bien partie pour devenir une traînée expérimentée ? Rhéa ne croyait point que Cordélia s’en irait avertir le Maire — cette femme était une prude, pas une imbécile —, cependant, ça reviendrait à lâcher le chat dans le pigeonnier tout pareil, non ?
— Miaou !
Quand on parle du chat. Moisi se tenait sur le porche au clair de lune et la regardait avec un mélange d’espoir et de méfiance. Rhéa lui ouvrit les bras avec un hideux sourire.
— Viens, mon trésor ! Viens, mon zounet !
Moisi, comprenant que tout lui était pardonné, se précipita dans les bras de sa maîtresse où il se mit à ronronner haut et fort, tandis que Rhéa lui léchait les flancs de sa vieille langue jaunâtre. Cette nuit-là, tout dormit profondément sur le Cöos pour la première fois de la semaine ; et quand Rhéa prit le cristal dans ses bras le lendemain matin, ses brumes se dissipèrent immédiatement sous ses yeux. Elle y resta rivée toute la journée à épier des personnes détestées, sans boire ni manger. Au coucher du soleil, elle sortit de son état de transe, suffisamment du moins pour prendre conscience qu’elle n’avait encore rien fait concernant cette petite péronnelle si dévergondée. Mais c’était très bien comme ça ; elle voyait déjà comment s’y prendre… et pourrait assister au résultat dans le cristal ! À toutes les protestations, à tous les cris et grincements de dents ! Elle y verrait les pleurs de Susan. Voir ses pleurs, ce serait le meilleur de tout.
— Ma petite Moisson personnelle, dit-elle à Ermot, qui remontait en rampant le long de sa jambe pour aller se lover là où elle l’aimait le mieux. Peu d’hommes pouvaient vous faire reluire comme Ermot, ah ça non. Assise, le serpent sur les genoux, Rhéa se mit à rire.
— Souviens-toi de ta promesse, dit Alain avec une certaine nervosité, entendant les sabots de Flash. Ne t’emporte pas.
— N’aie crainte, fit Cuthbert, qui doutait d’y parvenir.
Roland contourna l’aile du baraquement, puis entra à cheval dans la cour, son ombre projetée par le soleil couchant à la traîne, et Cuthbert serra les poings convulsivement. Il se força à les rouvrir. Puis regardant Roland descendre de sa monture, il les serra à nouveau, les ongles enfoncés dans ses paumes.
Encore une engueulade, songea Cuthbert. Mes dieux, que j’en ai marre. Plus que marre.
La veille au soir, il avait été question des pigeons voyageurs — une fois de plus. Cuthbert voulait en envoyer un dans l’ouest, nanti d’un message au sujet des citernes de pétrole ; Roland ne voulait toujours pas en entendre parler. Alors, ils s’étaient disputés. Sauf que (encore une chose qui l’exaspérait, qui lui portait sur les nerfs comme le son de la tramée) Roland ne s’était pas à proprement parler disputé avec lui. Roland, ces jours, ne daignait pas se disputer. Son regard demeurait obstinément lointain, comme si son corps seul était présent. Le reste — cœur, esprit, âme, ka — était près de Susan Delgado.
— Non, s’était-il contenté de répondre. C’est trop tard pour ça.
— Tu n’en sais rien, lui avait opposé Cuthbert. Et même si c’est trop tard pour recevoir de l’aide de Gilead, ça ne l’est pas pour en recevoir des conseils. Es-tu devenu aveugle au point de ne pas le voir ?
— Quels conseils peut-on nous donner ? fit Roland, qui parut ne pas remarquer l’âpreté du ton de Cuthbert.
Le sien, raisonnable, était empreint de calme. Et complètement déconnecté de l’urgence de la situation, songea Cuthbert.
— Si nous le savions, Roland, avait-il rétorqué, nous n’aurions pas à en demander, non ?
— Il n’y a qu’une chose à faire : attendre et les arrêter quand ils passeront à l’action. C’est du réconfort que tu cherches, Cuthbert, pas des conseils.
Tu veux dire attendre pendant que tu la baises de toutes les façons et dans tous les endroits imaginables, avait songé Cuthbert. Dehors, dedans, en large et en travers.
— Tu n’as pas une vue très claire de ces choses, avait froidement conclu Cuthbert.
Il avait entendu Alain hoqueter de surprise. Aucun des deux n’avait jamais de la vie fait une sortie pareille à Roland ; gêné et inquiet, il avait attendu l’explosion qui ne tarderait pas.
Et qui ne vint pas.
— Si, répondit Roland, qui était entré là-dessus dans le baraquement, sans ajouter un seul mot.
Et maintenant, observant Roland défaire Flash de ses sangles et lui ôter sa selle, Cuthbert se disait : Non, tu sais. Mais il vaudrait mieux que tu aies une vue claire de ces choses. Par tous les dieux, tu ferais mieux.
— Aïle, dit-il à Roland qui, portant la selle jusqu’au porche, la déposa sur les marches. Ton après-midi a été bien rempli ? ajouta-t-il, ignorant le coup de pied dans les tibias que lui décocha Alain.
— J’étais avec Susan, dit Roland.
Rien pour sa défense, ni hésitation ni objection, aucune excuse invoquée. Et un bref instant, Cuthbert eut devant les yeux une image d’une netteté choquante : il les vit tous les deux quelque part dans une cabane, leurs corps nus tachetés par le soleil de fin d’après-midi qui filtrait par les trous de la toiture. Elle était à califourchon sur lui. Cuthbert vit ses genoux posés sur le vieux plancher spongieux et la tension de ses longues cuisses. Il vit combien ses bras étaient hâlés et combien son ventre était blanc. Il vit les mains de Roland enserrer les globes de ses seins et les presser, tandis qu’elle se livrait à son va-et-vient sur lui. Il vit le soleil incendier sa chevelure finement tressée.