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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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« C’est le début d’une nouvelle ère ! » se dit-il gaiement, reprenant l’expression préférée d’Arty.

Bill pénétra dans l’hôtel, prit l’ascenseur et monta au cinquième étage. Il ouvrit les deux fenêtres de la pièce, fit un brin de ménage, se rafraîchit le visage et alla vérifier quelque chose dans le meuble de la salle de bain, sous le lavabo : c’était bien là. Lester avait tenu parole et lui avait trouvé une bouteille de whisky. Pas l’habituelle tequila mexicaine. Pas un quelconque rhum. Bill prit la bouteille et deux verres, et les posa sur la table du salon. Il attendait de la visite. Il sourit. Il ouvrit la bouteille et se versa deux doigts de whisky. Arty croyait avoir été simplement invité pour boire un coup. Il ne se doutait pas que, ce soir-là, ils allaient discuter affaires. Gros sous. Bill avait fait ses calculs : il en voulait plus.

On frappa. De l’autre côté de la porte, les rires de deux filles lui parvinrent. Arty était venu accompagné.

« Merde ! » jura Bill à mi-voix. Puis il ouvrit la porte, sourire éclatant aux lèvres :

« Entre, Arty ! lança-t-il.

— Coucou, Punisher ! » firent les deux jeunes femmes à l’unisson, s’invitant dans la pièce pour embrasser Bill.

Bill les repoussa, agacé :

« Je pensais que tu viendrais seul, fit-il à Arty.

— Ah ah ! Tu voulais me faire la fête ? » s’écria Arty, posant une main sur ses fesses, comme pour se protéger.

Les filles se mirent à rire. La première était blonde et plantureuse, presque grassouillette. L’autre était brune et très maigre. Bill les connaissait. On les appelait « les Jumelles » et elles étaient spécialisées dans les rôles saphiques. Arty raffolait des lesbiennes. Il aimait les reluquer, et après se les faire.

« Je voulais parler affaires, expliqua Bill.

— Eh ben moi, j’voudrais m’en servir, d’mon affaire ! » s’amusa Arty.

Les filles gloussèrent et puis s’embrassèrent sur les lèvres.

« Je parle sérieusement, insista Bill.

— Moi aussi, tu peux me croire ! Demande un peu à Lola ! » Arty prit la main de la blonde et la plaça à hauteur de son membre.

La fille miaula de feinte stupeur et puis s’esclaffa, de concert avec sa compagne. La brune passa derrière Bill et lui glissa entre les jambes une main, qu’elle fit remonter sur sa braguette.

« Casse-toi ! lança Bill en la poussant en arrière.

— Qu’est-ce qu’il y a de tellement important ? demanda Arty, soudain sérieux.

— Je veux parler affaires, répéta Bill. (Puis il regarda les filles). Mais pas devant elles. »

Arty soupira et jeta un coup d’œil à la pièce :

« Filez dans la salle de bain, ordonna-t-il. Enfermez-vous et ne sortez que lorsqu’on vous appelle.

— OK, Arty ! firent-elles.

— Et soyez sages, les enfants ! » plaisanta Arty en palpant les fesses de la blonde.

Les filles allèrent s’enfermer dans la salle de bain en riant.

« Alors ? demanda Arty.

— Assieds-toi » fit Bill.

Il versa deux généreuses rasades de whisky. Il leva son verre et le fit tinter contre celui du réalisateur.

« Combien de films est-ce qu’on a déjà tournés, Arty ?

— Huit.

— Neuf avec celui d’aujourd’hui, c’est ça ?

— C’est ça.

— Toi et moi, on inaugure une nouvelle ère. C’est ça ? poursuivit Bill, fixant le réalisateur droit dans les yeux.

— Avec celui d’aujourd’hui, c’est sûr ! rit Arty avec satisfaction. J’ai commencé à regarder les rushes. C’est un matériel exceptionnel. (Il but une gorgée). Tu te rappelles ce que j’ai t’ai dit, le jour où je t’ai chopé ?

— Je ferai de toi une star.

— Et j’ai pas maintenu ma promesse ? »

Bill sourit et reconnut : « Si ».

Dans le milieu des riches vicelards de Hollywood, le Punisher était d’ores et déjà une icône. Une icône sauvage pour ce monde sauvage. Le masque en cuir noir que Bill avait voulu mettre par peur d’être reconnu et de devoir payer pour les crimes commis à New York s’était révélé une idée en or. Le Punisher n’avait pas de visage. Ainsi, chaque spectateur pouvait s’imaginer derrière ce masque. Et chaque spectateur pouvait imaginer avoir les tripes pour violer une femme. Pour la frapper. Pour la traiter comme du poisson pourri. Comme une esclave. Au-delà de la loi, au-delà des règles. Par delà toute morale. Le Punisher était la voix et le corps de toute la violence présente en chaque homme. En chaque mâle. « Si » répéta Bill.

« Et ce n’est encore rien, crois-moi ! » poursuivit Arty, finissant son whisky avant de s’en verser un deuxième.

Les huit films précédents avaient été tournés de manière traditionnelle. Prise de vues, cut, pause, prise de vues et ainsi de suite. Les victimes du Punisher étaient des actrices professionnelles, des visages — et des corps — déjà bien connus dans le monde de la pornographie. Elles faisaient semblant d’être violées. Pour de l’argent. Cependant, Bill les frappait pour de vrai, mais pas comme il l’aurait fait dans la vie réelle. C’était de la fiction. Entre une prise de vues et une autre, une fille devait s’arranger pour que l’excitation de Bill ne diminue pas, tandis que la maquilleuse mettait du rouge sur les fausses blessures des victimes. Au début, Hollywood avait accueilli avec grand enthousiasme les prouesses du Punisher. Les spectateurs s’étaient satisfaits de cette mise en scène. Jusqu’alors, nul n’était allé aussi loin dans le domaine de la pornographie. Par comparaison, les autres films en circulation étaient bien fades. Mais ensuite, le public s’était habitué à ça aussi. Quelques acteurs et réalisateurs qui achetaient toujours les films du Punisher pour leurs fêtes privées avaient commencé à dire qu’ils étaient las de voir toujours les mêmes actrices. D’autres s’étaient plaints sous prétexte qu’on voyait qu’elles faisaient semblant. C’est alors qu’Arty avait eu cette idée. Tout allait être vrai. Réaliste. Sans cuts, sans pauses, sans actrices professionnelles. Il fallait de vraies filles. De vraies victimes. Et tout devait être comme le jour où il avait épié Bill, dans le hangar désert, en train de violer son actrice fétiche, Frida la Mexicaine.

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