Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Elle resta tout ce jour enfermée dans sa chambre à lire et à relire. Le soir, elle partit pour le pays de Madeleine. À la voir, on eût dit qu’elle avait fait une longue maladie. L’enfant n’était plus chez Madeleine. On avait volé l’enfant deux semaines après le mariage de Mme Schwartz, que la nourrice appelait toujours Mme Maynotte. Julie eut chez Madeleine le récit de la visite d’André, revenant de Jersey.
De retour à Paris, elle garda la chambre plusieurs mois. Depuis lors, on la vit toujours pâle et triste.
Elle souffrait, disait-elle, et les habiles médecins qui avaient soin d’elle conseillèrent gravement à son mari de la distraire.
Le paquet contenait la série entière de ces pauvres lettres, confiées par André Maynotte à M. Schwartz, lors du voyage à Jersey entrepris par ce dernier à la poursuite d’un débiteur insolvable.
De la part de M. Schwartz, tel que nous le connaissons, y avait-il eu trahison ou seulement négligence égoïste? Nous savons qu’André, persécuté par la crainte de mettre la justice sur les traces de Julie, n’avait point livré son secret. En ceci, comme en toute chose, M. Schwartz, moitié chair, moitié poisson, ne devait être ni complètement innocent, ni tout à fait coupable…
Ce fut M. Lecoq qui reprit le premier la parole.
– Je ne suis pas de ceux qui méprisent inconsidérément ce moyen-là: se brûler la cervelle, dit-il. Quand le rouleau est à bout et qu’en se tâtant bien, on trouve de la tête aux pieds chair de poule mouillée, assurément, ma foi, un coup de pistolet peut arranger les choses… mais c’est bête.
Ce dernier mot fut prononcé avec solennité. La tête de M. Schwartz pendait sur sa poitrine.
– Aimez-vous votre femme? demanda Lecoq.
Le malheur attendrit ces cœurs d’affaires. M. Schwartz, tourna vers la baronne un regard suppliant et timide. Ses deux mains se joignirent et il répondit:
– Je l’aime de toutes les forces de mon âme!
– Si votre mari était contraint de s’expatrier, reprit M. Lecoq en s’adressant à Julie, j’entends le mari que voilà, le suivriez-vous?
– Oui, répliqua la baronne d’un ton ferme. Ce mot releva la tête de Trois-Pattes qui sembla sortir d’un sommeil. La pression de ses mains avait écarté à droite et à gauche les masses emmêlées de sa chevelure. Soit réalité, soit capricieux jeu de lumière, car la lampe l’éclairait à revers, son visage paraissait doué, en cet instant, d’une mâle et régulière beauté. Il avait les yeux fixés sur Julie, qui lui faisait face et dont la main rejetait son voile en arrière. Ses paupières eurent un battement comme si un éclat trop vif les eût soudain frappées. Elle était belle incomparablement. Son front d’Italienne, pur et noble comme un marbre, avait une auréole de grave tristesse.
– Ce n’est plus pour moi que vous viendrez, Giovanna! dit M. Schwartz d’un accent plaintif. C’est pour votre fille.
Elle ne répondit point, mais un splendide sourire, traduisant l’amère souffrance de son cœur, s’ébaucha sur ses lèvres.
– Pour sa fille! répéta M. Lecoq, c’est juste… mais pour elle aussi, un petit peu.
Le regard qu’elle lui jeta lui fit baisser les yeux.
– S’il se fût agi autrefois de l’échafaud, prononça-t-elle lentement et tout bas, mais de cet accent qui scande chaque syllabe mieux que ne ferait un cri, j’étais prête, je le jure, de mourir avec André. J’ai mérité pourtant d’être insultée par vous, car j’ai été lâche… lâche contre la pensée de la prison, plus dure que la mort même, lâche contre la pensée de vivre avec la honte!
Deux larmes s’échappèrent de ses yeux et roulèrent sur sa joue. La gorge de l’estropié eut un râle sourd.
M. Lecoq se frotta les mains tout à coup en homme qui a une bonne idée.
– Ma foi, dit-il, ce n’a pas été sans peine; mais il me semble que nous voilà tous d’accord!
Et comme les regards des époux l’interrogeaient, il ajouta:
– Nous sommes dimanche… je propose de fixer le départ à mercredi.
– Si tôt! balbutia le banquier.
– Je veux que la fortune de mon fils soit solidement assurée, stipula la baronne.
M. Schwartz reprit:
– J’ai d’immenses ressources. Je n’ai jamais fait de mal. Avant d’en arriver à une extrémité pareille…
– Allons! l’interrompit Lecoq avec résignation, il faut recommencer: voici derechef, et en réitérant, le bordereau de votre situation: cas de bigamie, qui demain peut être notoire, ceci, indivis entre vous deux. Du côté de Mme la baronne, treize ans à courir pour compléter la prescription de l’arrêt de la cour royale de Caen. Du côté de M. le baron, voyons… Allons-nous faire la chasse aux présomptions? Le gibier ne manquera pas, au moins… Comptons sur nos doigts: présence de M. J.-B. Schwartz à Caen la nuit du 14 juin 1825, mensonge glissé par ledit à l’oreille de son homonyme le commissaire de police, somme reçue dans le chemin creux, départ dans la même voiture que la femme du condamné Maynotte: une belle créature qui, si l’on en croit l’arrêt de la cour, dut emporter dans sa poche les quatre cent mille francs de la caisse Bancelle; mariage subséquent de ce monsieur et de cette dame. Reconnaissance par monsieur et madame de quatre cent mille francs. Le chiffre est grand et joli… hé?
Ici, Lecoq s’interrompit tout à coup, parce que le baron Schwartz avait un pâle et froid sourire. On l’attaquait à une place où sa conscience n’était point vulnérable.
– Oh! oh! fit Lecoq, temps, argent! nous faisons fausse route. Ce n’est pas ainsi qu’il faut parler à un gaillard de votre force! mettez que je n’aie rien dit et reprenons: du côté de M. le baron, morbleu! néant! Où diable avais-je l’esprit? Seulement, il y a la comtesse Corona et ce luron de Gaillardbois, sans me compter, et si on ne m’écoute pas, il faudra bien me compter. L’accusation au criminel tombera d’elle-même, parbleu! contre les gras millions; les présomptions sont de trop petites demoiselles. Et pour ce qui regarde le colonel, est-on forcé de savoir que les Habits Noirs ne sont pas des êtres fantastiques, et que le chef des Habits Noirs… Laissez donc… il n’y aurait plus d’affaires! N’importe quel banquier peut manier des fonds de n’importe quel voleur sans qu’il y ait l’ombre de délit ou de crime. L’argent n’a pas plus de signalement que d’odeur, mais… mais… mais… Mais voici la justice dans vos affaires, bonhomme! Hé, ce n’est pas drôle, Jean-Baptiste! Savez-vous pourquoi les chiens et les loups s’entre-mordent? C’est qu’ils sont cousins. Le chien est un loup manqué. Un homme négociant au cachet, chiffreur à vide, nourri de jalousie et de fiel, harcelé par les millions qu’il n’a pas, accusant les mansuétudes de la loi et les cruautés du sort, fruit sec de l’école qui prépare aux commandites le loup des chiens de l’usure et le chien des loups, cet homme vous guette. Vous êtes sa proie convoitée. Il est pauvre, il aimerait, lui aussi, le vice qui coûte et l’amour qui rapporte. Son stoïcisme est menteur ou forcé. Vous avez été sa fièvre, tant votre bonheur poigna souvent sa misère. Qu’on vous donne à lui, sous prétexte d’expertise, ses ongles s’allongeront pour fouiller votre chair. Il sait trouver le mal qui existe et créer le mal qui n’existe pas. Il est habile, haineux, clairvoyant; il invente à ses heures des roueries que vous n’auriez même pas soupçonnées, vous, le roué du genre, et il vous les prête généreusement. Il y va de tout cœur, comme un basset à la curée; ce qu’il ne dévore pas, il le souille. Et bien des gens, croyez-moi, des gens paisibles qui ne vous connaissent ni d’Ève ni d’Adam, applaudissent des pieds et des mains son orgie, car vous n’êtes pas aimés, vous autres millionnaires, Jean-Baptiste: dites le contraire, je vous en défie!