Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Chez moi, tous les comptes sont à jour. Adressez la demande à mes bureaux.
– C’est là le tort, dit M. Lecoq en baissant la voix. C’est là le grand tort. Il ne faut pas mettre des comptes pareils dans ses bureaux, quand on veut dormir tranquille. Ce diable de Gaillardbois était bien renseigné. Il m’a dit tout uniment: «Le banquier des Habits Noirs est M. le baron Schwartz.»
– C’est une calomnie, répliqua le baron.
– Juste ma réponse à Gaillardbois! N’avez-vous pas un valet du nom de Domergue?
– Si fait, un vieux et fidèle serviteur.
– Il faut vous dire qu’avec l’affaire des Habits Noirs bien menée, Gaillardbois emporterait d’assaut la préfecture. Chacun va à son but comme il l’entend, n’est-ce pas vrai? Il y a des agents qui rôdent autour de vous; à Paris et à la campagne. Ce Domergue, un vieux et fidèle serviteur, joue au jeu de Fera-t-il jour demain?
La baronne laissa échapper un mouvement.
– Serait-ce pour votre compte, belle dame? demanda M. Lecoq.
– Oui, répondit-elle courageusement.
Sur le papier qui était devant lui, la main distraite de M. Mathieu venait de tracer ces mots:
«Une araignée qui tend sa toile…»
Elles vont de-ci, de-là, en effet, accrochant partout le fil gluant qui portera leur travail aérien. Au début, on ne devine pas la forme régulière de ce piège merveilleusement disposé. On dirait qu’elles travaillent au hasard. Mais bientôt la trame apparaît, laissant voir l’ingénieuse série de ses mailles concentriques. Et tout ce qui veut passer au travers reste captif.
M. Lecoq salua la baronne et se tourna vers son mari.
– Je ne sais pas tout, dit-il. On ne sait jamais tout dès qu’il y a des dames. Ma seule prétention est d’en savoir assez pour vous donner un bon conseil, bon pour vous, bon pour moi, car vous pensez bien que je ne travaille pas ici en faveur du roi de Prusse. Nous reviendrons peut-être à l’ami Gaillardbois qui est en passe d’arriver; allons de l’avant! Mme la baronne ayant un autre mari que vous, à votre connaissance, il ne vous étonnera pas d’apprendre qu’un fils existe.
– Michel? murmura M. Schwartz, dont le visage s’éclaira franchement.
Il ajouta, en se tournant vers sa femme et avec l’accent d’une véritable passion:
– Madame! Oh! Giovanna, que ne le disiez-vous?
Elle garda le silence. Les clairs de son voile laissaient voir ses yeux baissés sur la pâleur de sa joue. M. Lecoq eut un bon rire.
– Voilà ce qui manque dans cette vieillerie de pièce: La Femme à deux maris! poursuivit-il. C’est un luron comme moi, établissant une situation carrée! Eh bien! quoi! on ne peut donc pas s’expliquer, au lieu de filer les scènes interminables d’un mélodrame! Cette pièce-là, vous le savez, se joue chaque jour une douzaine de fois à Paris où la bigamie mène en cour d’assises. La cour d’assises a beau faire les gros yeux, elle n’empêche rien, hé? Plaisanterie à part, la femme a presque toujours de très bonnes raisons; il lui suffirait de causer la bouche ouverte; on s’embrasserait et tout serait fini. Êtes-vous de mon avis, Jean-Baptiste?
C’était la troisième fois que M. Lecoq employait ce prénom, et rien, dans ses rapports usuels avec le riche banquier, ne l’autorisait à cette familiarité qui, parmi tant de choses faites pour exciter l’étonnement, surprenait Julie au plus haut point. M. Schwartz ne protestait point. Il restait en quelque sorte écrasé sous l’étrangeté de la situation qui, selon ses pressentiments, allait démasquer bientôt de nouvelles menaces.
Le ton de M. Lecoq réveillait en lui, avec une vivacité singulière, des souvenirs déjà lointains. Il éprouvait, si l’on peut s’exprimer ainsi, dans sa mémoire, la saveur même de ses impressions lors de sa rencontre, sur le quai de l’Orne, avec l’effronté commis voyageur, le 14 juin 1825. Aussi, tressaillit-il comme si sa propre pensée eût parlé, quand Lecoq, le regardant en face et plongeant ses mains dans les poches de sa robe de chambre, reprit tout à coup:
– Le vin, le jeu, les belles, eh! bonhomme? Notre dîner à l’auberge du Coq hardi! Maman Brûlé faisait bien la cuisine! Et le mari, le fameux mari! car il y avait aussi un mari! Bien tapé, l’alibi d’amour! ma canne oubliée, ma canne à pomme d’argent. Et la leçon répétée au commissaire de police; un Schwartz encore: autant que de pavés! Nous n’étions pas fiers la nuit, sur la grande route? et dans le chemin creux! le billet de mille… En voilà un qui a fait des petits depuis le temps, Jean-Baptiste!
M. Schwartz avait de grosses gouttes de sueur aux tempes. Un soupir comprimé souleva la poitrine de l’estropié, qui plongeait son regard pensif dans le vide.
XXXII On dansera
M. Lecoq, lui, n’avait rien perdu de sa victorieuse bonhomie. Il clignait de l’œil en regardant M. Schwartz et adressait des signes d’amitié à Julie.
Ce fut celle-ci qui rompit le silence.
– Je n’ai pas compris tout ce qui vient d’être dit, dit-elle d’une voix altérée. Dois-je croire que M. Schwartz a trempé dans cette horrible affaire Bancelle?
– Heu! heu! fit M. Lecoq, chèvre et chou, chair et poisson… ça et ça!
Et comme le banquier protestait d’un geste énergique:
– Sans doute, sans doute, reprit-il, chère madame, M. le baron est innocent comme l’enfant qui vient de naître. Il n’a trempé dans rien du tout. Seulement, vous savez, on naît homme d’affaires. M. le baron était usurier avant d’avoir un sou vaillant. J’ai eu le plaisir de lui fournir le premier sou vaillant; il l’avait bien un peu gagné. Dès qu’il l’a eu, il l’a prêté à la petite semaine: image naïve et réduite de cette glorieuse chose qui s’appelle la banque. Voilà l’histoire. Il y a des vocations. Ce n’est pas la synagogue qui fait le juif.
Il prit la main de M. Schwartz et la secoua bon gré mal gré dans un élan de chaude cordialité, disant:
– Pas vrai, Jean-Baptiste? nous avons la conscience pour nous? C’est le principal. Mais ne nous égarons pas. Où en étions-nous? à Gaillardbois pour les Habits Noirs? Non, pas encore. Nous en étions aux raisons qui excusent Mme la baronne par rapport à la bigamie. Elle n’a aucun tort de son côté, entendez-vous, bonhomme. Elle croyait son mari mort, elle a pu convoler, c’est la loi divine et humaine, sauf chez les Bengalis, qui exigent la combustion de la veuve du Malabar. Elle aurait pu vous faire sa confession? Pas fort! Telle que vous la voyez, elle a sur les épaules… ah! de belles épaules!… une petite condamnation par contumace à vingt ans de travaux forcés pour dames. Ah! mais!
– Ma femme!… s’écria le baron éperdu.
– Pas davantage! répondit M. Lecoq. Et j’ai dans ma folle idée que le mariage était un peu pour elle un refuge, quoique vous méritiez bien d’être adoré pour vous-même, Jean-Baptiste… Vous devinez quel était le vrai nom de Giovanna Reni, n’est-ce pas?
– Je ne veux pas deviner! prononça M. Schwartz entre ses dents serrées.
– Ces choses-là, rectifia Lecoq tranquillement, c’est involontaire. On devine ou on ne devine pas. Si vous ne devinez pas, bonhomme, je vais vous aider. Le jour où vous reçûtes le divin billet de mille francs, quatre cents billets semblables furent piqués dans la caisse de M. Bancelle. André Maynotte qui fut condamné…