Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Assez! dit M. Schwartz en passant son mouchoir sur son front.
– Est-ce vrai, demanda M. Lecoq, que ses cheveux étaient déjà tout blancs quand vous le rencontrâtes à l’île de Jersey, six ou huit mois après l’affaire?
– Assez! répéta le banquier avec détresse.
La respiration de Julie sifflait dans sa poitrine.
– En voilà un, poursuivit M. Lecoq, qui ne doit pas vous porter dans son cœur! Mais ne perdons pas le ficlass="underline" nous en sommes toujours aux raisons de madame. Bonhomme, vous allez m’accorder que quand il s’agit de la vie ou de la liberté, on ne se confie pas même à l’amour, hé!
Il appuya sur ce dernier mot avec une souriante ironie et continua:
– Julie Maynotte était précisément dans ce cas-là. La condamnation d’André Maynotte l’atteignait. Pouviez-vous exiger qu’elle vînt vous dire: «Bibi, je suis la veuve d’un forçat, et forçate moi-même, Voulez-vous épouser vingt ans de travaux forcés et le petit de mon premier hymen?» L’eussiez-vous fait à sa place, vous, Jean-Baptiste? Et vos peccadilles, à vous, les avez-vous confessées?
Son rire grinça parmi un silence de plomb. La baronne restait glacée et semblait une femme de bronze. M. Schwartz s’affaissait davantage à chaque coup de massue.
– Et qui a gagné à cette foire normande du mariage? reprit M. Lecoq en atteignant sa pipe qu’il repoussa aussitôt avec un salut à l’adresse de la baronne. Vous êtes resté pataud, mon bon, et vous avez une des femmes les plus distinguées de Paris. Voilà dix-sept ans que vous l’idolâtrez. Elle a satisfait à la fois votre cœur et votre vanité; vous êtes du reste, vous, l’homme de bourse, collé à la grande dame! Ne vous plaignez pas, on vous rirait au nez. Ne parlez pas de séparation; votre union est nulle, ce qui fait votre fille bâtarde depuis la racine de ses cheveux jusqu’à la pointe de son pied mignon.
– Tout cela est vrai, murmura le baron, tout cela doit être vrai, puisqu’elle ne proteste pas.
– Tout cela est vrai, dit la baronne.
La poitrine de M. Schwartz rendit un gémissement.
La plume de Trois-Pattes traça quelques mots sur le papier tandis qu’il grondait d’un accent étrange:
– Tu es témoin et greffier, et juge!
– Bilan général, reprit M. Lecoq en se mettant de plus en plus à son aise, tromperies partout. Première tromperie, côté du mari, seconde tromperie, côté des dames. Mêlons et passons à quelque chose de bien autrement sérieux, quoi qu’en puisse penser ce pauvre M. Schwartz, que je croyais un homme et qui s’aplatit comme un tampon de linge mouillé. Bonhomme! nous allons avoir besoin d’énergie, si nous voulons tirer notre épingle du jeu. Gaillardbois est un rude limier et il a le nez sur la piste. Il est capable de remonter jusqu’aux mille francs du chemin creux. Le colonel, votre commanditaire et votre client, était là-dedans jusqu’au cou. La comtesse Corona est l’héritière du colonel. Je ne veux pas vous énumérer ici les talents de cette charmante femme. Tout cela est grave. Et tout cela n’est rien. André Maynotte est à Paris.
– Ah!… fit la baronne en un cri involontaire.
M. Schwartz la regarda. Une angoisse nouvelle faisait diversion à sa détresse. La plume devint immobile entre les doigts de l’estropié.
– André Maynotte se porte comme un charme, poursuivit Lecoq, dont l’effronterie laissait percer une nuance d’embarras. Voilà le danger principal, le vrai danger, car André Maynotte est un scélérat.
– Vous mentez! coupa la baronne d’une voix nette.
À ce mot, Trois-Pattes tressaillit de la tête aux pieds comme s’il eût reçu la décharge d’une pile voltaïque. M. Lecoq s’inclina, remerciant avec ironie.
– Nul n’insultera devant moi André Maynotte, dit la baronne dont la noble taille s’était redressée.
Le baron balbutia dans l’excès de sa misère:
– Vous êtes donc toujours la femme de ce condamné?
– Oui, répondit-elle sans hésiter; dans mon cœur, toujours!
L’estropié prit à deux mains sa tête chevelue.
– L’idée ne m’était jamais venue de me brûler la cervelle, pensa le baron dont les yeux s’égaraient.
L’effet, médité par Lecoq, se produisait avec une effrayante violence. Le baron chancelait sous le choc trop brutal. Un grand éblouissement passait devant cet esprit formaliste et froid, habitué à des calculs, ne sortant jamais de ce cercle où l’algèbre de la Bourse parque ses ingénieuses équations. Une lueur de foudre établissait, parmi les menaces qui l’affolaient, une rapide et éclatante balance. Il voyait à la fois ce qui naissait de la fatalité et ce dont sa conscience lui reprochait la coupable origine.
Car il y avait de ceci et de cela dans le malheur de cet homme. Son premier pas sur la route de la fortune piquait son souvenir comme la pointe d’un couteau; la mémoire de l’acte qui l’avait lié à une femme aimée était un remords.
Il y avait en outre ses rapports avec le colonel. M. le baron Schwartz fut épouvanté par les paroles de M. Lecoq, parce qu’il n’était pas pur selon sa propre conscience.
Cet homme, qui n’était pas pur devant sa conscience, se croyait du moins, jusqu’à l’heure présente, net devant la loi. Mais la conscience seule est à l’abri de l’erreur. Tout le reste se trompe.
Quand ceux-là se sont trompés dans le bilan quasi loyal de leurs accommodements, la loi, leur fétiche, se dressant tout à coup en face d’eux, les change en pierre. Le baron Schwartz vit cette tête de Méduse: la loi qui l’abandonnait, la loi qui était contre lui!
Rien de pareil ne se passait dans l’esprit de la baronne: non point qu’il n’y eût au fond de son cœur une voix capable de faire entendre des reproches, mais au contraire parce que cette voix depuis longtemps parlait. Un jour, c’était peu de temps après la naissance de Blanche, le ménage allait paisiblement, quoique la jeune femme eût d’étranges mélancolies; l’élément affectueux ne manquait même pas tout à fait dans la maison, car il y a autour d’un berceau chéri je ne sais quelle atmosphère de tendresse; un jour, M. Schwartz s’absenta; c’était la première fois que Julie restait seule. Elle se rendit à Saint-Roch et commanda une messe mortuaire à laquelle nul ne fut invité; au retour de cette messe, où elle avait abondamment pleuré, elle se prépara pour un voyage. Nous savons le secret de cette mélancolie: l’autre enfant était loin, le cher enfant adopté par la nourrice Madeleine. Julie ne pouvait plus résister; il lui fallait un baiser de son fils. M. Schwartz n’était encore ni baron ni millionnaire; Julie se fit apporter une des malles de son mari pour voyager en poste.
La malle avait l’estampille du paquebot de Jersey.
Julie n’était ni jalouse ni espiègle. Le fond de son caractère était la réserve de ceux qui ont un secret à garder ou un souvenir à éteindre. Pourtant, elle ouvrit cette malle avec un mouvement de curiosité.
Dans cette malle il n’y avait rien, sinon une enveloppe poudreuse qui ne portait aucun timbre et qui était bourrée de papiers.
Mais le paquet avait une adresse qui sauta aux yeux de Mme Schwartz comme un éblouissement. Une défaillance la prit. Quand elle recouvra l’usage de ses sens, elle s’empara du paquet comme on fait d’une proie.